COLLECTIF, Ardeurs de tram, Murmure des soirs, 2025, 184 p., 17 €, ISBN : 782931235317
« Pendant longtemps, les deux amants ont vécu une relation folle, dévorante. C’était la passion brute, sans frein. Un amour à la fois fusionnel et destructeur », telle est la love story de la Cité ardente et du tram, mise en mots par Hélène Delhamende dans « Psychotram ». Les tourtereaux s’aiment « moi non plus » et alimentent l’un pour l’autre un sentiment ambivalent. Le tramway, amoureux éconduit et reséduit, marque alors une halte au Petit Bourgogne afin de faire le point sur cette relation toxique. Les Liégeois, eux, assistent en spectateurs impuissants aux soubresauts de cette histoire de couple peu harmonieuse aux embellies magnifiques.
Arrêt « Pont d’Avroy », Christian Libens faire dire à un de ses personnages : « Le tram, c’est bien une des rares choses que je n’attends plus ! » Combien d’habitants de la Cité des Princes-Évêques auraient pu reprendre à leur compte cette exclamation de « François, dit Tchantchès par sa Mère-Grand et Françwès par son petit Bon-Papa » lors des travaux nécessaires à la réapparition du véhicule urbain ? Pendant d’interminables années, le spectacle de son déploiement a été abracadabrant, éreintant, désolant, et les riverains auraient pu remplir des cahiers de doléances aussi longs que les 11,7 kilomètres de son réseau. Le doute planait quant à son entrée en service qui aurait lieu un jour, à la Saint-Glinglin, la semaine des quatre jeudis, quand les poules auront des dents, et certains pensaient même ne jamais le (re)voir de leur vivant. Et pourtant, il roule, depuis le 28 avril 2025 ! Bien sûr, il a connu des maladies de jeunesse (grève, accidents, etc.) et a provoqué des chamboulements collatéraux dans le quotidien des habitants (notamment par la réorganisation du tracé et de la numérotation des lignes de bus). Cependant, l’être humain possédant une capacité d’oubli salvatrice, les Valeureux chantent à présent sa beauté, sa rapidité et son efficacité. Pleins d’espoir, ils souhaitent que la Ville-Phénix s’embarque sur des rails prometteurs, en route vers un renouveau dynamisé. Ce qui explique certainement le titre et le projet du recueil Ardeurs de tram, publié chez Murmure des soirs.
Animé par un enthousiasme très liégeois, Guy Delhasse, « expert wattman aux commandes du présent ouvrage » (selon les termes d’Armel Job qui signe la préface), a sollicité des auteurs du cru, avant la mise en circulation de l’engin, avec une consigne simple : écrire une courte nouvelle, lisible entre deux arrêts de « ce beau lombric de verre et de métal brillant », avec pour thématique le nom d’une des 23 stations reliant Sclessin à Coronmeuse. Les nouvelles des artistes (dont Laurent Demoulin, Karel Logist, Rose-Marie François, Bernadette De Rache et Dominique Warfa) qui se sont prêtés au jeu sont autant d’occasions de revisiter des coins de l’histoire de la Principauté à travers l’onomastique et l’étymologie, les statues et les édifices, les paysages d’hier, d’aujourd’hui et de demain ; de caresser des souvenirs personnels, titiller des regrets et s’absorber dans une certaine nostalgie (arrêt « La Batte » de Line Alexandre) ; de provoquer des rencontres de personnes et de personnages, impossibles ou improbables (arrêts « Pont Atlas » de Frédéric Saenen et « Place Ferrer » de Jean-Pierre Balfroid) ; d’inventer des « et si » et d’être aspiré par des rêves, bercé par le mouvement du « tram de la vie » (comme le formule Julien Moës dans un bonus à la fin du recueil)… Une lecture sympathique qui divertira les usagers, qu’ils soient du coin ou de passage !
Samia Hammami