Manon HOUTART et Florence HUYBRECHTS (sous la dir. de), Littérature et radio, Textyles n°65, Ker, 2023, 176 p., 18 €, ISBN : 9782875864697
À l’occasion du centenaire de la première station de radiodiffusion belge, la revue Textyles se penche sur les liens entre la littérature et la radio en Belgique francophone, sonde d’une part les émissions consacrées à la médiatisation des écrivains, d’autre part l’évolution de la radio comme espace de créations radiophoniques. Qu’est-ce que les ondes font à la littérature quand elles s’en emparent (pour donner la parole aux écrivains ou générer des œuvres radiophoniques) ? Quelles sont les mutations en profondeur, les métamorphoses que subit la littérature lorsqu’elle se voit confrontée à un nouveau médium ? Quelles noces, quels nouveaux possibles se tissent entre deux espaces régis par des spécificités qui leur sont propres ? Dirigé par Manon Houtart et Florence Huybrechts, réunissant les interventions de Philippe Caufriez, Céline Rase, Christian Janssens, Manon Houtart, Florence Huybrechts, Clément Dessy, Daniel Charneux, Guillaume Abgrall, Sébastien Schmitz ainsi qu’un entretien avec Mélanie Godin, ce volume riche et passionnant donne à penser les interfaces entre la page et le micro, questionne la conservation des archives audiovisuelles avec la Sonuma, l’incidence de « la fréquentation des micros » ou de « la mise en ondes » sur le parcours d’une femme ou d’une homme de lettres. Continuer la lecture
Une conférence, puis un film : la Cinematek consacre sa soirée du 15 mai aux liens entre littérature et cinéma. Plus précisément, ce seront Maurice Maeterlinck et ses adaptations cinématographiques qui seront mises à l’honneur, au cours d’une soirée intitulée “Maeterlinck et le cinéma des années dix : Stratégies autour de l’adaptation cinématographique”.
Christian Janssens étudie de manière fouillée l’adaptation filmique des œuvres de Maeterlinck entre 1910 et 1929. Fortement arc-bouté sur le système conceptuel de Pierre Bourdieu, cet ouvrage savant envisage l’écrivain non comme un “créateur” plus ou moins doué, mais comme un agent de production en relation avec d’autres agents : critiques littéraires, directeurs de théâtre, cinéastes, musiciens, etc. Chacune de ses œuvres, à son tour, entre en relation avec d’autres œuvres, tant de lui-même que d’adaptateurs ou d’écrivains tiers. « Ces rapports sont des rapports de concurrence, de compétition » affirme clairement C. Janssens, pour qui la position objective de l’écrivain dans le champ culturel s’explique non par l’influence du milieu ou le génie créateur, mais par les rapports de force entre les différents agents concernés. Ainsi conçue, l’approche sociologique ne pouvait que comporter une dimension historienne, car les rapports de force précités évoluent constamment, mais aussi une forte composante économique : diffusion primaire des textes, rôle de la presse et de la notoriété, apparition de produits dérivés (mises en scène, traductions, partitions musicales, adaptations filmiques), puissance des “centres” internationaux (maisons d’édition, compagnies cinématographiques), phénomènes de mode, etc.