Archives par étiquette : Peter Lang

La Littérature belge d’une apocalypse l’autre

Un coup de cœur du Carnet

Marc QUAGHEBEUR, Histoire, forme et sens en littérature. La Belgique francophone. Tome 2 – L’ébranlement (1914-1944), Peter Lang, coll. « Documents pour l’Histoire des Francophonies », 2017, 420 p., 46.62 €, ISBN : 978-2-8076-0457-5

quaghebeur 2.jpgQue reste-t-il à apprendre de la « littérature belge » ? Bien des choses, voire tout. À commencer par la précarité même de cette appellation d’origine incontrôlable, peu protégée des ébranlements et des effondrements du pays dont elle est censée émaner. Au sortir des tranchées de la Grande Guerre, l’adjectif « belge » n’aura plus guère de sens pour certains, et il s’agira de s’interroger sur les périphrases qui lui tiendront lieu de substitut. « Francophones » ou « françaises », nos Lettres ? Et situées où, « en » ou « de » Belgique ? L’épineux débat et la susceptibilité que suscite la problématique va jusqu’à se loger dans une préposition… Une seule certitude : quiconque voudra comprendre les lignes de fracture, les tensions internes et les courants d’énergie qui les ont marquées, ne pourra faire l’économie du travail que mène avec patience et passion Marc Quaghebeur. Continuer la lecture

Maeterlinck, entre littérature et cinéma

Christian JANSSENS, Maurice Maeterlinck, un auteur dans le cinéma des années dix et vingt, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, coll. « Repenser le cinéma », 2016, 271 p., 36 €   ISBN 978-2-87574-349-7

janssensChristian Janssens étudie de manière fouillée l’adaptation filmique des œuvres de Maeterlinck entre 1910 et 1929. Fortement arc-bouté sur le système conceptuel de Pierre Bourdieu, cet ouvrage savant envisage l’écrivain non comme un « créateur » plus ou moins doué, mais comme un agent de production en relation avec d’autres agents : critiques littéraires, directeurs de théâtre, cinéastes, musiciens, etc. Chacune de ses œuvres, à son tour, entre en relation avec d’autres œuvres, tant de lui-même que d’adaptateurs ou d’écrivains tiers. « Ces rapports sont des rapports de concurrence, de compétition » affirme clairement C. Janssens, pour qui la position objective de l’écrivain dans le champ culturel s’explique non par l’influence du milieu ou le génie créateur, mais par les rapports de force entre les différents agents concernés. Ainsi conçue, l’approche sociologique ne pouvait que comporter une dimension historienne, car les rapports de force précités évoluent constamment, mais aussi une forte composante économique : diffusion primaire des textes, rôle de la presse et de la notoriété, apparition de produits dérivés (mises en scène, traductions, partitions musicales, adaptations filmiques), puissance des « centres » internationaux (maisons d’édition, compagnies cinématographiques), phénomènes de mode, etc. Continuer la lecture

Jean Muno, l’ironie en bandoulière

Isabelle MOREELS, Jean Muno. La subversion souriante de l’ironie, 2015, Bruxelles, Peter Lang, 418 p., 48 € 

munoC’est avec l’ironie pour fil conducteur qu’Isabelle Moreels étudie en profondeur l’œuvre de Jean Muno dans son essai Jean Muno. La subversion souriante de l’ironie. Un choix qui semble aller de soi, tant cette liberté moqueuse, discrètement rebelle, de regard et de ton imprègne les romans, contes et nouvelles de l’écrivain qui nous a quittés trop tôt, et nous manque. Continuer la lecture

Du rapport entre littérature et histoire

Marc QUAGHEBEUR, Histoire, forme et sens en littérature. La Belgique francophone. Tome 1 – L’engendrement (1815-1914), P.I.E. Peter Lang, coll. « Documents pour l’Histoire des Francophonies », 2015, 433 p., 44 €

Dans la collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies » qu’il dirige aux éditions Peter Lang, Marc Quaghebeur publie le premier volume d’une somme qui en comptera cinq : Histoire, Forme et Sens en littérature. La Belgique francophone. Si l’auteur y rassemble – encouragé par le regretté Jean Louvet – une série d’articles publiés depuis 1990, il ne s’agit pas d’une simple réédition : sélectionnés avec soin, les textes ont été retravaillés parfois en profondeur, ré-intitulés, ordonnés à la fois selon la chronologie des périodes traitées et selon le point de vue adopté. Ces coups de projecteur mettent en relief avec une grande précision la diversité et la complexité des relations entre histoire générale et œuvres littéraires – car tel est le fil conducteur de l’entreprise. Sans s’attarder aux micro-structures textuelles – de minimis non curat praetor –, l’auteur parcourt à grandes enjambées les siècles et les règnes, le champ international de préférence aux terroirs, les mythes nationaux et les idéologies officielles, le romanesque et le théâtral davantage que la poésie, les récits extravertis plutôt que les introvertis. Ainsi traque-t-il obstinément « l’enracinement et l’articulation des faits littéraires dans et à l’Histoire », ses recherches l’ayant progressivement convaincu qu’il existe un « lien génétique entre l’Histoire et les Formes ». Continuer la lecture

Nougé/Magritte : une poésie « lucide et nécessaire »

Valentina BIANCHI, Nougé et Magritte. Les objets bouleversants, Peter Lang, coll. « Documents pour l’Histoire des Francophonies / Europe », 2015, 300 p.

bianchiLes surréalistes, français ou belges, n’ont jamais lésiné sur les moyens quand il s’agissait de malmener le public dans ses habitudes et ses conventions. Chahuts, irrévérences, coups d’éclat ou de poing, pamphlets, scandales, tout cela fait partie d’un arsenal de moments forts, volontiers inventorié par les historiens de la littérature. Mais lorsqu’il s’agit d’étudier en profondeur les mécanismes réels des processus sous-jacents à la subversion des images, il ne se trouve plus grand monde… Continuer la lecture