Archives par étiquette : Peter Lang

La fiction et ses modalités plurielles d’engagement

Marie GIRAUD-CLAUDE-LAFONTAINE, De nou­velles formes d’engagement lit­téraire dans la lit­téra­ture fran­coph­o­ne con­tem­po­raine de Bel­gique. Thomas Gun­zig, Char­ly Del­wart et Kenan Gör­gun, Peter Lang, 2024, 570 p., 45 €, ISBN : 9783034350938

giraud claude lafontaine de nouvelles formes d engagementDans son magis­tral tra­vail con­sacré à la ques­tion des nou­velles formes d’engagement lit­téraire dans la généra­tion d’écrivains belges fran­coph­o­nes nés dans les années 1970, la chercheuse Marie Giraud-Claude-Lafontaine repense à nou­veaux frais les ques­tions com­plex­es d’engagement en lit­téra­ture, de fic­tion cri­tique, de pou­voir de la lit­téra­ture dans le champ politi­co-social. Remar­quable à plus d’un titre, con­sacré aux œuvres de Thomas Gun­zig, Char­ly Del­wart et Kenan Gör­gun, l’essai cir­con­scrit préal­able­ment le champ de son étude en éman­ci­pant la notion (éminem­ment plurielle, mul­ti­ple) d’engagement de sa cap­ture sar­tri­enne, en prob­lé­ma­ti­sant la poli­tique de la lit­téra­ture dans sa spé­ci­ficité belge. Con­tin­uer la lec­ture

Sublime et subtile : la subversion

Isabelle MOREELS et Rena­ta BIZEK-TATARA (dir.), Du fan­tas­tique à ses sub­ver­sions dans la lit­téra­ture belge fran­coph­o­ne, Peter Lang & Uni­ver­si­dad de Extremadu­ra, 2022, 280 p., 46,40 €, ISBN : 978–2‑87574–661‑0 / 978–84-9127–135‑2

moreels du fantastique a ses subversions dans la littérature belge francophoneSi le terme « fan­tas­tiqueur » a été forgé par Théophile Gau­ti­er en pleine apogée du roman­tisme français (en 1831 !) à pro­pos de l’Allemand Hoff­mann, c’est sans con­teste à Jean-Bap­tiste Baron­ian que l’on doit sa com­plète intro­n­i­sa­tion dans le domaine des études lit­téraires. En appli­quant ce sub­stan­tif à plusieurs écrivains, Baron­ian cir­con­scrivait une « école belge de l’étrange » dont les prin­ci­paux représen­tants se nom­maient Jean Ray, Jacques Stern­berg, Jean Muno… Con­tin­uer la lec­ture

L’opus 3 du Maestro

Marc QUAGHEBEUR, His­toire, forme et sens en lit­téra­ture. La Bel­gique fran­coph­o­ne Tome 3 – L’évitement (1945–1970), Peter Lang, 2022, 620 p., 47,35 €, ISBN : 978–2‑87574–727‑3

quaghebeur histoire forme et sens en littérature 3Com­ment mieux plaider l’existence d’une lit­téra­ture de Bel­gique fran­coph­o­ne, com­ment la défendre quand elle a pen­dant trop longtemps été con­sid­érée comme périphérique, com­plexée et mineure, qu’en en sai­sis­sant l’his­toire, la forme et le sens ? Ces trois maîtres mots prési­dent à la démarche de Marc Quaghe­beur depuis le pre­mier vol­ume du grand réc­it qu’il en a entamé en 2015. Le chantier est immense : il faut faire émerg­er les fig­ures puis inter­roger le rap­port organique qu’elles entre­ti­en­nent avec leur œuvre respec­tive ; il faut les inscrire dans des veines, des ten­dances, des lignes de force, inter­roger la nature des ren­con­tres, tiss­er les dia­logues et ren­dre compte aus­si des per­cus­sions ; enfin, faire réson­ner le tout avec cette vaste cham­bre d’écho qu’est le siè­cle qui l’a pétrie. C’est en somme un tra­vail davan­tage musi­cal que scrip­tur­al, et l’impression de voir se dévelop­per une par­ti­tion se con­firme à la décou­verte de ce troisième vol­ume (sur qua­tre annon­cés) Con­tin­uer la lec­ture

Charlotte et Maximilien, « Ce couple heureux que l’Histoire eût dû oublier… »

Un coup de cœur du Car­net

André BÉNIT, Légen­des, intrigues et médi­s­ances autour des « archidupes » Char­lotte de Saxe-Cobourg-Gotha, princesse de Bel­gique Max­im­i­lien de Hab­s­bourg, archiduc d’Autriche Réc­its his­torique et fic­tion­nel, Post­face de Marc Quaghe­beur, Peter Lang, 2020, 437 p., 62 € / ePub : 65.41 €, ISBN : 978–2‑8076–1472‑7

Dans la brève his­toire (moins de deux siè­cles) de la famille royale belge, les noms qui sus­ci­tent encore aujourd’hui le plus de con­tro­ver­s­es sont ceux de Léopold II et Léopold III, respec­tive­ment asso­ciés aux mains coupées du Con­go ou à la main ser­rée d’Hitler. L’attention des hagiographes s’est aus­si davan­tage con­cen­trée sur les mâles couron­nés, pour saisir les états d’âme de Léopold Ier à régn­er sur un peu­ple de « petits esprits », pour forg­er le mythe du « Roi-Cheva­lier » Albert Ier ou pour mag­ni­fi­er le doux sourire du « binamé » Bau­douin. Il fal­lait une tragédie pour que soit sacral­isée la Reine Astrid ou encore les qual­ités du dévoue­ment ou du bon goût artis­tique, pour que prenne con­sis­tance la Reine Élis­a­beth… Con­tin­uer la lec­ture

La Littérature belge d’une apocalypse l’autre

Un coup de cœur du Carnet

Marc QUAGHEBEUR, His­toire, forme et sens en lit­téra­ture. La Bel­gique fran­coph­o­ne. Tome 2 – L’ébranlement (1914–1944), Peter Lang, coll. « Doc­u­ments pour l’Histoire des Fran­coph­o­nies », 2017, 420 p., 46.62 €, ISBN : 978–2‑8076–0457‑5

quaghebeur 2.jpgQue reste-t-il à appren­dre de la « lit­téra­ture belge » ? Bien des choses, voire tout. À com­mencer par la pré­car­ité même de cette appel­la­tion d’origine incon­trôlable, peu pro­tégée des ébran­le­ments et des effon­drements du pays dont elle est cen­sée éman­er. Au sor­tir des tranchées de la Grande Guerre, l’adjectif « belge » n’aura plus guère de sens pour cer­tains, et il s’agira de s’interroger sur les périphrases qui lui tien­dront lieu de sub­sti­tut. « Fran­coph­o­nes » ou « français­es », nos Let­tres ? Et situées où, « en » ou « de » Bel­gique ? L’épineux débat et la sus­cep­ti­bil­ité que sus­cite la prob­lé­ma­tique va jusqu’à se loger dans une pré­po­si­tion… Une seule cer­ti­tude : quiconque voudra com­pren­dre les lignes de frac­ture, les ten­sions internes et les courants d’énergie qui les ont mar­quées, ne pour­ra faire l’économie du tra­vail que mène avec patience et pas­sion Marc Quaghe­beur. Con­tin­uer la lec­ture

Maeterlinck, entre littérature et cinéma

Chris­t­ian JANSSENS, Mau­rice Maeter­linck, un auteur dans le ciné­ma des années dix et vingt, Brux­elles, P.I.E. Peter Lang, coll. “Repenser le ciné­ma”, 2016, 271 p., 36 €   ISBN 978–2‑87574–349‑7

janssensChris­t­ian Janssens étudie de manière fouil­lée l’adap­ta­tion filmique des œuvres de Maeter­linck entre 1910 et 1929. Forte­ment arc-bouté sur le sys­tème con­ceptuel de Pierre Bour­dieu, cet ouvrage savant envis­age l’écrivain non comme un “créa­teur” plus ou moins doué, mais comme un agent de pro­duc­tion en rela­tion avec d’autres agents : cri­tiques lit­téraires, directeurs de théâtre, cinéastes, musi­ciens, etc. Cha­cune de ses œuvres, à son tour, entre en rela­tion avec d’autres œuvres, tant de lui-même que d’adap­ta­teurs ou d’écrivains tiers. « Ces rap­ports sont des rap­ports de con­cur­rence, de com­péti­tion » affirme claire­ment C. Janssens, pour qui la posi­tion objec­tive de l’écrivain dans le champ cul­turel s’ex­plique non par l’in­flu­ence du milieu ou le génie créa­teur, mais par les rap­ports de force entre les dif­férents agents con­cernés. Ain­si conçue, l’ap­proche soci­ologique ne pou­vait que com­porter une dimen­sion his­to­ri­enne, car les rap­ports de force préc­ités évolu­ent con­stam­ment, mais aus­si une forte com­posante économique : dif­fu­sion pri­maire des textes, rôle de la presse et de la notoriété, appari­tion de pro­duits dérivés (mis­es en scène, tra­duc­tions, par­ti­tions musi­cales, adap­ta­tions filmiques), puis­sance des “cen­tres” inter­na­tionaux (maisons d’édi­tion, com­pag­nies ciné­matographiques), phénomènes de mode, etc. Con­tin­uer la lec­ture

Jean Muno, l’ironie en bandoulière

Isabelle MOREELS, Jean Muno. La sub­ver­sion souri­ante de l’ironie, Peter Lang, 2015, 418 p., 48 € 

munoC’est avec l’ironie pour fil con­duc­teur qu’Isabelle Moreels étudie en pro­fondeur l’œuvre de Jean Muno dans son essai Jean Muno. La sub­ver­sion souri­ante de l’ironie. Un choix qui sem­ble aller de soi, tant cette lib­erté moqueuse, dis­crète­ment rebelle, de regard et de ton imprègne les romans, con­tes et nou­velles de l’écrivain qui nous a quit­tés trop tôt, et nous manque. Con­tin­uer la lec­ture

Du rapport entre littérature et histoire

Marc QUAGHEBEUR, His­toire, forme et sens en lit­téra­ture. La Bel­gique fran­coph­o­ne. Tome 1 – L’en­gen­drement (1815–1914), P.I.E. Peter Lang, coll. « Doc­u­ments pour l’His­toire des Fran­coph­o­nies », 2015, 433 p., 44 €

Dans la col­lec­tion « Doc­u­ments pour l’His­toire des Fran­coph­o­nies » qu’il dirige aux édi­tions Peter Lang, Marc Quaghe­beur pub­lie le pre­mier vol­ume d’une somme qui en comptera cinq : His­toire, Forme et Sens en lit­téra­ture. La Bel­gique fran­coph­o­ne. Si l’au­teur y rassem­ble – encour­agé par le regret­té Jean Lou­vet – une série d’ar­ti­cles pub­liés depuis 1990, il ne s’ag­it pas d’une sim­ple réédi­tion : sélec­tion­nés avec soin, les textes ont été retra­vail­lés par­fois en pro­fondeur, ré-inti­t­ulés, ordon­nés à la fois selon la chronolo­gie des péri­odes traitées et selon le point de vue adop­té. Ces coups de pro­jecteur met­tent en relief avec une grande pré­ci­sion la diver­sité et la com­plex­ité des rela­tions entre his­toire générale et œuvres lit­téraires – car tel est le fil con­duc­teur de l’en­tre­prise. Sans s’at­tarder aux micro-struc­tures textuelles – de min­imis non curat prae­tor –, l’au­teur par­court à grandes enjam­bées les siè­cles et les règnes, le champ inter­na­tion­al de préférence aux ter­roirs, les mythes nationaux et les idéolo­gies offi­cielles, le romanesque et le théâ­tral davan­tage que la poésie, les réc­its extraver­tis plutôt que les intro­ver­tis. Ain­si traque-t-il obstiné­ment « l’en­racin­e­ment et l’ar­tic­u­la­tion des faits lit­téraires dans et à l’His­toire », ses recherch­es l’ayant pro­gres­sive­ment con­va­in­cu qu’il existe un « lien géné­tique entre l’His­toire et les Formes ». Con­tin­uer la lec­ture

Nougé/Magritte : une poésie “lucide et nécessaire”

Valenti­na BIANCHI, Nougé et Magritte. Les objets boulever­sants, Peter Lang, coll. « Doc­u­ments pour l’Histoire des Fran­coph­o­nies / Europe », 2015, 300 p.

bianchiLes sur­réal­istes, français ou belges, n’ont jamais lés­iné sur les moyens quand il s’agissait de malmen­er le pub­lic dans ses habi­tudes et ses con­ven­tions. Chahuts, irrévérences, coups d’éclat ou de poing, pam­phlets, scan­dales, tout cela fait par­tie d’un arse­nal de moments forts, volon­tiers inven­torié par les his­to­riens de la lit­téra­ture. Mais lorsqu’il s’agit d’étudier en pro­fondeur les mécan­ismes réels des proces­sus sous-jacents à la sub­ver­sion des images, il ne se trou­ve plus grand monde… Con­tin­uer la lec­ture