Archives par étiquette : sociologie

Des lieux et des habitants

Pierre BLONDEL, Ander­lecht-Molen­beek, L’un et l’autre suivi de Sur la route de Lennik, Pré­face de François Chaslin, Fourre-tout, coll. « Fonds de tiroirs », 2022, 150 p., 18 €, ISBN : 9782930525259

blondel anderlecht molenbeekArchi­tecte, ayant à son act­if de nom­breux loge­ments soci­aux à Brux­elles, enseignant à l’École d’Architecture de La Cam­bre, Pierre Blondel agence deux nou­velles qui, réu­nies sous le titre Ander­lecht-Molen­beek, inter­ro­gent son méti­er, les intri­ca­tions sociales qui nouent archi­tec­ture, urban­isme, poli­tique, économie, ges­tion de l’espace et poésie urbaine. Artic­ulées autour de deux pro­jets immo­biliers réal­isés par l’auteur et ses col­lab­o­ra­teurs dans ces deux com­munes de Brux­elles (la mai­son com­mu­nale à Molen­beek, le com­plexe de loge­ments, de crèche, de restau­rant social à Ander­lecht), les nou­velles L’un et l’autre et Sur la route de Lennik inter­ro­gent l’imaginaire des lieux, l’évolution des paysages, des styles, des pop­u­la­tions à tra­vers le temps, l’arc-de-cercle qui relie l’architecture au passé, au présent et la donne vision­naire qui la pro­jette dans l’avenir. Au tra­vers de per­son­nages que tout oppose — habi­tants des quartiers, acteurs des pro­jets de con­struc­tion, pou­voirs publics, spécu­la­teurs immo­biliers, comités de quarti­er…. —, Pierre Blondel retrace des tra­jec­toires humaines et des tra­jec­toires de pier­res, des drames soci­aux et les nou­veaux vis­ages que prend l’urbanisme. Des nou­veaux vis­ages archi­tec­turaux tan­tôt accueil­lis avec con­fi­ance, tan­tôt boudés par les habi­tants. Con­tin­uer la lec­ture

Une institution pour toujours en cours d’institution

Un coup de cœur du Car­net

Jacques DUBOIS, L’institution de la lit­téra­ture, pré­face de Jean-Pierre Bertrand, post­face de Jacques Dubois, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 320 p. 9,5 €, ISBN : 978–2‑87568–417‑2

Jacques Dubois a eu une car­rière riche, cohérente et mul­ti­ple[1]. L’enseignement uni­ver­si­taire (d’assistant en Moyen Âge à pro­fesseur émérite), la lit­téra­ture (Simenon, Proust, Stend­hal…) et la soci­olo­gie (proche de Pierre Bour­dieu) en sont les socles fon­da­teurs et nourriciers. Des socles à l’origine et à l’appui de L’institution de la lit­téra­ture, paru ini­tiale­ment en 1978 et qui reparaît, aug­men­té d’une pré­face et d’une post­face, dans la col­lec­tion Espace Nord qu’il a  con­tribué à créer et qu’il a lui-même dirigée plusieurs années durant. Con­tin­uer la lec­ture

Pour Gilberte cette fois

Jacques DUBOIS, Le roman de Gilberte Swann. Proust soci­o­logue para­dox­al, Seuil, 2018, 227 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978 ‑2–02-137058–4

dubois le roman de gilberte swannDans Tout le reste est lit­téra­ture, un vol­ume d’entretiens avec Lau­rent Demoulin, Jacques Dubois déclare avoir abor­dé Proust assez tar­di­ve­ment, dans son par­cours de lecteur et dans sa car­rière de pro­fesseur d’université. Mais il a ressen­ti cette ren­con­tre comme un coup de foudre, via la belle Alber­tine, ajoute-t-il. Par extra­or­di­naire, ce coup de foudre dure encore, même si la cri­tique amoureuse a fait place à une relec­ture savante et suprême­ment lit­téraire. Après avoir décrit une aven­ture plus que sen­ti­men­tale, dans Pour Alber­tine, déjà sous-titré Proust et le sens du social (Seuil, 1997), ensuite dans Fig­ures du désir. Pour une cri­tique amoureuse (Les Impres­sions nou­velles, 2011), le voici qui revient sur une autre fig­ure fémi­nine majeure de à la recherche du temps per­du, Gilberte. Tout un pro­gramme dans ce dernier ouvrage paru au Seuil : Le roman de Gilberte Swann. Proust soci­o­logue para­dox­al. Con­tin­uer la lec­ture

Maeterlinck, entre littérature et cinéma

Chris­t­ian JANSSENS, Mau­rice Maeter­linck, un auteur dans le ciné­ma des années dix et vingt, Brux­elles, P.I.E. Peter Lang, coll. “Repenser le ciné­ma”, 2016, 271 p., 36 €   ISBN 978–2‑87574–349‑7

janssensChris­t­ian Janssens étudie de manière fouil­lée l’adap­ta­tion filmique des œuvres de Maeter­linck entre 1910 et 1929. Forte­ment arc-bouté sur le sys­tème con­ceptuel de Pierre Bour­dieu, cet ouvrage savant envis­age l’écrivain non comme un “créa­teur” plus ou moins doué, mais comme un agent de pro­duc­tion en rela­tion avec d’autres agents : cri­tiques lit­téraires, directeurs de théâtre, cinéastes, musi­ciens, etc. Cha­cune de ses œuvres, à son tour, entre en rela­tion avec d’autres œuvres, tant de lui-même que d’adap­ta­teurs ou d’écrivains tiers. « Ces rap­ports sont des rap­ports de con­cur­rence, de com­péti­tion » affirme claire­ment C. Janssens, pour qui la posi­tion objec­tive de l’écrivain dans le champ cul­turel s’ex­plique non par l’in­flu­ence du milieu ou le génie créa­teur, mais par les rap­ports de force entre les dif­férents agents con­cernés. Ain­si conçue, l’ap­proche soci­ologique ne pou­vait que com­porter une dimen­sion his­to­ri­enne, car les rap­ports de force préc­ités évolu­ent con­stam­ment, mais aus­si une forte com­posante économique : dif­fu­sion pri­maire des textes, rôle de la presse et de la notoriété, appari­tion de pro­duits dérivés (mis­es en scène, tra­duc­tions, par­ti­tions musi­cales, adap­ta­tions filmiques), puis­sance des “cen­tres” inter­na­tionaux (maisons d’édi­tion, com­pag­nies ciné­matographiques), phénomènes de mode, etc. Con­tin­uer la lec­ture