Six auteurs belges mis en musique (plus un) et où les écouter

littérature et musique

Aragon inter­prété par Jean Fer­rat, Madame Deshoulières par Jean-Louis Murat et Isabelle Hup­pert, Baude­laire par Mylène Farmer… : si le ciné­ma puise sou­vent ses sujets dans les romans, la chan­son se tourne quant à elle plus naturelle­ment vers la poésie. 

La lit­téra­ture belge a fait elle aus­si l’ob­jet de plusieurs trans­po­si­tions musi­cales, cer­taines bien con­nues, d’autres plus con­fi­den­tielles. Voici une sélec­tion de six auteurs et autri­ces mis en musique, avec un bonus.


Lire aus­si : Textyles n° 26–27 (2005) : “Musique et lit­téra­ture”


1 — Maurice Maeterlinck : Debussy et tous les autres

À tout seigneur tout hon­neur : Mau­rice Maeter­linck, seul Belge à avoir reçu le prix Nobel de lit­téra­ture (1911), est aus­si prob­a­ble­ment celui qui a con­nu les trans­po­si­tions musi­cales les plus nota­bles. Pel­léas et Mélisande a inspiré à lui seul William Wal­lace (une suite pour orchestre), Claude Debussy (un opéra), Arnold Schön­berg (un poème sym­phonique), tan­dis que Gabriel Fau­ré et Jean Sibelius ont tous deux com­posé des musiques de scène pour des représen­ta­tions de la pièce.

L’ex­trait à écouter. Le théâtre de Maeter­linck n’est toute­fois pas le seul pan de son oeu­vre à avoir inspiré les com­pos­i­teurs. Six de ses Douze chan­sons ont ain­si été été mis­es en musique par le com­pos­i­teur autrichien Alexan­der Von Zem­lin­sky en 1913.

2 — Maurice Carême, poète aimé des musiciens

Mau­rice Carême pâtit sou­vent de sa répu­ta­tion de poète pour réc­i­ta­tions sco­laires. Une récente antholo­gie parue dans la col­lec­tion “Espace Nord”, Nonante-neuf poèmes, a mis à jour la var­iété et la sub­til­ité de sa palette. Les grands musi­ciens ne s’y sont quant à eux pas trompés. Fran­cis Poulenc, Dar­ius Mil­haud ou encore Carl Orff comptent par­mi ceux qui ont mis en musique la poésie de Carême.

L’ex­trait à écouter. En 1960, Fran­cis Poulenc com­pose La courte paille, un cycle de sept mélodies pour voix et piano, à par­tir d’au­tant de poèmes issus de deux recueils : La cage aux gril­lons et Le voleur d’ét­in­celles.

3 — Les chansons de Max Elskamp

Les titres des recueils de Max Elskamp dis­ent d’emblée son attache­ment à la musi­cal­ité : Six chan­sons de pau­vre homme pour célébr­er la semaine de Flan­dre, Chan­sons dés­abusées et La chan­son de la rue Saint-Paul notam­ment. On ne s’é­ton­nera pas vrai­ment, dès lors, que ses poèmes aient inspiré les musi­ciens. Son recueil Domini­cal (1892) a ain­si par­tielle­ment été mis en musique par le com­pos­i­teur sur­réal­iste belge André Souris et dans son entièreté par le Bre­ton Paul Lad­mi­rault.

L’ex­trait à écouter. Pas moins de cinq poèmes de Max Elskamp fig­urent sur l’al­bum Les poètes belges chan­tés par Julos Beau­carne, Bar­bara d’Al­can­tara et Béa­trice Wilbaux - sur 27 titres au total! Le poète voi­sine avec Maeter­linck, Hen­ri Michaux, Odilon-Jean Péri­er, Mar­cel Thiry et Lil­iane Wouters. Par­mi ces cinq poèmes : Le jar­dinier, chan­té par Julos Beau­carne.

4 — Norge par Jeanne Moreau

Si les textes de Norge ont été chan­tés par dif­férents inter­prètes, on retient surtout que Jeanne More­au lui a con­sacré un disque entier, sor­ti en 1980.  “Ses poèmes m’ont paru sim­ples, évi­dents, avec des mots qui allaient droit au cœur… J’ai eu envie de les dire puis d’en faire des chan­sons pour un disque. Cer­taines sont drôles ou cru­elles, d’autres ten­dres, agres­sives, humoris­tiques”, dis­ait de lui l’égérie de la Nou­velle Vague.


Lire aus­si : notre recen­sion de Jeanne More­au chante Norge


L’ex­trait à écouter. Vingt-deux textes de Norge fig­urent sur l’al­bum Jeanne More­au chante Norge. Par­mi celles-ci : Fille d’amour.

5 — Amélie Nothomb à l’opéra

Ce n’est certes pas l’aspect le plus con­nu de son oeu­vre, mais Amélie Nothomb a eu elle aus­si les hon­neurs de la trans­po­si­tion musi­cale. La roman­cière, dont les livres ont déjà fait l’ob­jet d’adap­ta­tions pour le théâtre et pour le ciné­ma, et qui a par ailleurs elle-même écrit des paroles de chan­sons pour Robert et Juli­ette Gre­co, a été par trois fois trans­posée à l’opéra, chaque fois par le com­pos­i­teur belge Daniel Schell. Il a repris les trois pre­miers livres de Nothomb : Hygiène de l’as­sas­sinLe sab­o­tage amoureux et Les com­bustibles.

L’ex­trait à écouter. Les com­bustibles est le pre­mier opéra inspiré d’Amélie Nothomb signé par Daniel Schell (en 1997), à qui on doit aus­si un opéra autour de l’oeu­vre de Chris­t­ian Dotremont.

6 — Charles Van Lerberghe, hier et aujourd’hui

Comme Max Elskamp, Charles Van Ler­berghe est présent sur l’an­tholo­gie de la poésie belge chan­tée par Julos Beau­carne, Bar­bara d’Al­can­tara et Béa­trice Wilbaux (disponible en inté­gral­ité en ligne). Avant cela, Van Ler­berghe avait toute­fois inspiré les com­pos­i­teurs français Gabriel Fau­ré et Paul Lacombe. Ce dernier a mis en musique six poèmes en 1909.

L’ex­trait à écouter. Gabriel Fau­ré a com­posé, de 1906 à 1910, La chan­son d’Eve, un cycle de dix mélodies pour voix et piano, à par­tir du recueil du même nom de Charles Van Ler­berghe.

BONUS : Henri Vernes en terre indochinoise

En 1982, le groupe français Indo­chine bâtit le texte de sa chan­son L’aven­turi­er sur des références aux aven­tures de Bob Morane, imag­inées par le Belge Hen­ri Vernes. N’adap­tant pas un épisode par­ti­c­uli­er des aven­tures du héros, ne racon­tant pas non plus vrai­ment une his­toire, la chan­son relève plutôt du name-drop­ping. Les références aux titres des livres d’Hen­ri Vernes y pleu­vent : de La val­lée infer­nale (« Égaré dans la val­lée infer­nale »), à Ter­reur à la Man­i­coua­gan («En pleine ter­reur à Man­i­coua­gan »), en pas­sant par L’om­bre jaune (« À la recherche de l’Om­bre Jaune ») ou encore Le sul­tan de Jarawak (« Pris­on­nière du Sul­tan de Jarawak ») — entre autres. Une recette gag­nante : la chan­son reste l’un des plus gros suc­cès du groupe dont elle a lancé la car­rière.

L’ex­trait à écouter. Un clip new wave pour le seul tube de cette sélec­tion.