Décès de Marcel Moreau

Mar­cel More­au

Nous apprenons le décès de l’écrivain Mar­cel More­au, né à Bous­su (Bori­nage) le 14 avril 1933. Il laisse une oeu­vre ample, sin­gulière, inclass­able.


Lire aus­si : la fiche de Mar­cel More­au sur Objec­tif plumes


Le Car­net et les Instants lui a con­sacré un por­trait, signé par Véronique Bergen, dans son n° 202 (avril 2019), un arti­cle que nous repub­lions en inté­gral­ité.

Marcel Moreau. L’écriture comme paroxysme

Écorché du verbe, écorché de la vie, Mar­cel More­au mène depuis le début des années 1960 l’écriture dans la con­trée des spasmes. Les nerfs de son écri­t­ure au sens d’un principe act­if qui la féconde ont pour noms le rythme ­­— le rythme en tant que gron­de­ment de vie, de lave, de bave —, la rup­ture avec les instances de l’ordre et de la rai­son, leur sub­ver­sion par les humeurs de la langue et du corps, l’invention d’une langue matérielle qui ne mime pas les inten­sités pul­sion­nelles mais s’y coule.

Depuis son entrée fra­cas­sante en lit­téra­ture avec Quintes (1962), Mar­cel More­au fait de l’espace de la lit­téra­ture l’arme d’une con­tes­ta­tion de la dom­i­na­tion du pôle apollinien sur la pen­sée, le lan­gage et les corps. Le jail­lisse­ment de chants dionysi­aques orchestre le reflux de la mesure sous la houle de la démesure.

Des scan­sions mar­quent l’évolution de son œuvre com­posée d’une soix­an­taine d’ouvrages. Défendu par Ray­mond Que­neau, salué par Simone de Beau­voir, Jean Paul­han, Dominique Aury, Alain Jouf­froy, Quintes ouvre une aven­ture créa­trice inouïe placée sous le signe de la pos­ses­sion par le verbe. Réc­it d’un employé d’imprimerie nom­mé Quinte, Quintes con­stru­it une fic­tion-opéra qui ne laisse aucune struc­ture sociale ou lan­gag­ière en place. Pris dans l’enfer d’une bureau­cratie déshu­man­isante, Quinte se retrou­ve impuis­sant à met­tre à bas un sys­tème qui brise l’homme. Hideur de l’espace urbain, de la domes­ti­ca­tion sociale, assas­si­nat d’existences engluées dans un con­formisme stérile… la révolte de Quinte avorte dans un atten­tisme pas­sif, entre Kaf­ka et Beck­ett. « Quintes, lui, est né de ma nais­sance à l’écriture, laque­lle elle-même a un ven­tre, dont l’utérus serait la Langue », écrit More­au dans sa pré­face.

Ban­nière de bave, La terre infestée d’hommes, La pen­sée mon­gole, L’ivre livre… Les livres qui nais­sent dans le sil­lage de Quintes sacrent un matéri­al­isme de l’écriture au fil d’une entre­prise spéléologique qui tord le cou aux sirènes de l’icarisme. L’univers de More­au ne se plie à aucun dogme, à aucune instance, fût-elle celle de la tem­po­ral­ité linéaire. Si l’on peut avancer que les années 1980–1995 mar­quent une péri­ode som­bre, dom­inée par la han­tise du sui­cide, par un défer­lement d’angoisse, c’est à soutenir simul­tané­ment que son œuvre se joue de la flèche du temps, l’invagine. Au nom­bre des livres témoignant d’une ten­ta­tive de survie dans un monde emporté dans un con­sumérisme stérile, dans une uni­formi­sa­tion mor­tifère, Kamalalam (tra­duc­tion phoné­tique de « qui a mal à l’âme »), More­au­machie, Orgam­bide. Scènes de la vie per­dante, Bal dans la tête

Sa geste lit­téraire est propo­si­tion d’un art de vivre-écrire, élan vers « du pos­si­ble, sinon j’étouffe », lancer de puis­sances bachiques (le verbe, la femme, l’ivresse, la rébel­lion…) qui font ren­dre l’âme à une civil­i­sa­tion assise sur la haine et l’atrophie de la vie. Sacre de la femme (1977) ouvre un cycle de livres con­sacrés à la pas­sion des femmes — La com­pag­nie des femmes, Les tana­gras, Extase pour une infante roumaine… Dans la tra­ver­sée des gouf­fres et des vol­cans, la femme s’avance comme un guide, une drogue entê­tante. Offi­ciante des titu­ba­tions, à la source d’une fête des sens, elle com­pose la matrice d’une cos­mogo­nie ral­liée au tem­po des parox­ysmes. Dans des essais con­vul­sifs, Lec­ture irra­tionnelle de la vie, Cor­pus scrip­ti, Morale des épi­cen­tres, Une philoso­phie à coups de rein…, More­au délivre une philoso­phie de l’insoumission, pul­sée par le vital­isme et la volon­té de tri­om­pher d’un régime anémié et polici­er du vivre. «  À ne penser qu’avec la rai­son, nous finis­sons par penser con­tre nous-mêmes, con­tre notre mou­ve­ment vital » (Une philoso­phie à coups de rein).

Libération

L’écriture relève d’une pra­tique et d’une éthique de l’excès. S’arrachant aux rails de la rai­son, aux sil­lons d’un dire inféodé à l’intellect, elle se donne pour mis­sion de fouiller les plis fécaux du monde, d’explorer les rivages souter­rains en deçà du lisse et de l’orthodoxie men­tale afin de con­quérir l’arrière-pensée et de revi­talis­er, depuis la tourbe et l’ordure, le matéri­au lan­gagi­er. L’écrivain, écrit More­au dans L’ivre livre, est « un exca­va­teur pro­gres­sant vers le point le plus incon­nu, le plus inouï, le plus insouten­able de lui-même » : dans cet auto­por­trait, « le dérè­gle­ment de tous les sens » recher­ché par la poé­tique rim­bal­di­enne se noue à un lyrisme rabelaisien acquis à la pour­suite d’une libéra­tion de tout l’être.

On veillera pour­tant à ne point enfer­mer son œuvre sous le seul signe de l’énergie, de la défla­gra­tion du verbe et d’un lyrisme tem­pétueux. Par-delà le règne de l’intensité auquel ils se tien­nent, ses chants libèrent la pen­sée dans le mou­ve­ment où ils affran­chissent le lan­gage. Il serait par trop réduc­teur de ramen­er ses romans, ses essais, ses poèmes, ses spécu­la­tions char­nelles, ses traités héré­tiques à des ful­gu­rances d’énergie, à des hordes de voca­bles mon­gols alors que le souf­fle d’une langue ren­due à ses puis­sances (des puis­sances, des vir­tu­al­ités que la rai­son bâil­lonne) tra­vaille à l’avènement d’un nou­veau régime de penser et de vivre. Il n’y a pas seule­ment le brasi­er, le parox­ysme d’un verbe-ogre rabelaisien, mais une libéra­tion qui défait les entrav­es.  André Vel­ter l’écrivait dans Le Monde du 3 novem­bre 2005 : « Dans la caté­gorie des pos­sédés du verbe, Mar­cel More­au occupe depuis près de quar­ante ans la place de l’accidenté mirac­uleux (…) Mais l’élan, l’énergie, la course qui garde en partage l’abîme et l’infini, ne sont pas tout. Ce char­roi de phras­es, qui porte certes le chaos de l’existence léguée aux choses et aux êtres, invente aus­si la parole qui libère, qui ouvre brèche sur brèche et tra­verse l’ordre meur­tri­er du monde comme l’ordre nor­mal­isé du lan­gage ».

Face à sa page, la plume à la main, l’Écrivain s’oppose de toutes ses forces à un autre lui-même, sorte de con­ti­nu­ité de ce qu’il fut, et, qui de la manière la plus infamante, aime, tra­vaille, achète et vote démoc­rate  (La terre infestée d’hommes).

« Asphyxiante culture »

Comme chez Dos­toïevs­ki, la lit­téra­ture ne vibre que d’aller à la ren­con­tre du mon­strueux, du démesuré, des affects archaïques. Comme chez Niet­zsche, il en va d’une entre­prise de trans­val­u­a­tion des valeurs. Dans Les feux de l’ébriété (dans L’ivre livre), écla­tent cet appel à l’instinct comme source du « gai savoir », cette ode à l’ivresse men­tale. Comme Jean Dubuf­fet dont il fut proche, avec qui il entretint une longue cor­re­spon­dance, la créa­tion d’une cul­ture de l’ivresse entend venir à bout de ce que Dubuf­fet appelait « l’asphyxiante cul­ture ». Insérée dans une cul­ture de l’ivresse, la rai­son sera promise à un nou­v­el emploi la réduisant à un statut ancil­laire. Afin de s’émanciper de son mag­istère étouf­fant et dévi­tal­isant, afin de sacr­er la fin de sa dom­i­na­tion, il faut sec­on­daris­er au prof­it des instincts, de l’intuition, des per­cep­tions une fac­ulté rationnelle obsédée par l’utilitarisme. La rai­son fal­si­fie la richesse du réel, dis­crédite les instincts, brime l’irrationnel. La charge de More­au à son encon­tre entre en réso­nance avec la pen­sée niet­zschéenne. L’idéalisme socra­tique, pre­mier symp­tôme de la mal­adie de l’Occident, a ouvert la voie à la haine de la vie, une peur et une haine qui cul­minèrent dans le chris­tian­isme, dans la pen­sée du ressen­ti­ment et se parachevèrent dans le nihilisme.

« [T]oute l’ob­scène machiner­ie des civil­i­sa­tions qui ne savent plus que vider de sa sub­stance la vie même », écrit More­au dans La vie de Jéju. Le dyna­mitage de la « cas­tra­tion men­tale », du for­matage lobot­o­misant pro­duit par un ordre social et une cul­ture du diver­tisse­ment passera par une généalo­gie de l’histoire de l’arrière-pensée, à savoir une pen­sée liée aux entrailles, au ven­tre. Afin de dévelop­per une cul­ture ryth­mique lut­tant con­tre « l’enlisement humain » des « sociétés hyper­tech­ni­ci­ennes » (L’ivre livre), le lan­gage doit ful­gur­er comme danse, se tor­dre afin d’atteindre une « transe-en-danse de la langue ». De 1969 à 1984 (un an avant la mort de Dubuf­fet), More­au échange une cor­re­spon­dance avec Jean Dubuf­fet, l’ami, le frère. Vom­is­sant l’un et l’autre l’« asphyxi­ante cul­ture », ils recherchent par leurs moyens pro­pres des ter­res brutes, instinc­tives, non policées, situ­ant l’art dans les zones des con­vul­sions, au plus loin des rênes exclu­sives d’un intel­lect, d’un enten­de­ment coupé du corps. « Les mots bien sûr sont les touch­es du clavier sur lequel  joue la pen­sée — la pen­sée sociale, la pen­sée illu­soire imposée par l’édifice, ce château de cartes. C’est con­tre cette pen­sée que s’évertue votre œuvre auto-incen­di­aire » (Let­tre de Jean Dubuf­fet du 22 octo­bre 1981 dans De l’Art Brut aux Beaux-Arts con­vul­sifs).

Il n’est pas un de ses livres qui ne soit livre de « chaon­ais­sance » comme écrit More­au, à savoir un espace où s’expérimentent à la fois une con­nais­sance du chaos et par le chaos, une approche qui n’en fasse pas l’économie, et une re-nais­sance à la lisière du chaos. À dos de Dieu. L’ordure lyrique (1980, rééd. 2018) mag­ni­fie une expéri­ence de l’ordure dans un sen­sa­tion­nal­isme exac­er­bé, où le verbe ivre fait tanguer, chancel­er, rugir les phras­es dans une beauté ogresse.

et Bef­froi de rire quand More­au lui tend un de ses livres. non, non dit-il, en piéti­nant d’impatience le sol, je ne te lirai pas, mais buvons un coup si tu veux bien et c’est la soulo­gra­phie, la tabagie à trois puis le départ de Bef­froi et de Lau­re, lais­sant More­au à sa soli­tude (À dos de dieu. L’ordure lyrique).

Faisant mon­ter dans le français ce qui n’y a pas eu droit de cité (les pul­sions, les vis­cères, les délires, les visions, les salves irra­tionnelles…), Mar­cel More­au s’est tou­jours tenu à l’écart des révo­lu­tions formelles, sen­ti extérieur à la vague des briseurs de formes. « Les expéri­ences formelles visant à la destruc­tion du lan­gage pour en tir­er des quin­tes­sences décon­cer­tantes me sont, sauf rares excep­tions, étrangères. Je puis bien exercer sur elles ma curiosité amusée, je ne puis les pren­dre pour la con­di­tion sine qua non d’une révo­lu­tion ver­bale, pas plus que je ne puis croire qu’elles sont en mesure de chang­er ma vie » (Dis­cours con­tre les entrav­es).  Par « la vio­lence des tor­sions » que la pen­sée inflige à la langue, More­au fait défer­ler dans la pâte vis­cérale du français ce qui est resté inex­primé, infor­mulé. Néol­o­gismes, baro­quisme, clas­si­cisme per­ver­ti, sor­tant de ses gonds s’allient afin de met­tre en œuvre une autre pen­sée. Si More­au est demeuré étranger à la tâche que se don­nent la plu­part des for­mal­istes, c’est parce que ces « dés­espérés du fond », qui « repor­tent leurs espoirs sur la forme », renon­cent à la lutte au niveau du pens­able pour la reporter sur des ques­tions formelles. Leur erreur est de par­tir de l’intellect. L’intellect ayant qua­si­ment tout exprimé, épuisé ses capac­ités d’invention, il ne reste que la forme à frag­menter, à décon­stru­ire. Or, ils oublient « les régions les plus obscures de l’être », les instincts qui n’ont pas été phrasés. Soule­vant la « car­casse ver­bale » (Dis­cours con­tre les entrav­es), la langue de More­au révo­lu­tionne de con­cert ce qui est à écrire (les instincts, le vis­céral…) et la manière de l’écrire. Le fond et la forme.

Avec Stéphane Mandelbaum

Le regard, la lib­erté de More­au se sont penchés sur un dou­ble, un frère en cica­tri­ces et en com­bus­tion, le pein­tre Stéphane Man­del­baum. Mais, dans les noces d’Eros et de Thanatos, une ligne de frac­ture ténue se des­sine, posée par More­au lui-même. Là où Stéphane Man­del­baum, arpen­teur de l’abîme,  « célébrait l’ivresse de vivre absol­u­ment Et donc déjà la séduc­tion d’extrêmement mourir » (Stéphane Man­del­baum. L’Œuvre gravé), More­au trans­fig­ure les pul­sions de mort en brûlures de vie intense. Il est plusieurs manières, divers­es allures par lesquelles affron­ter les crevass­es et s’avancer vers la nudité des choses. Stéphane Man­del­baum. L’Œuvre gravé et Opéra gouf­fre ou S.M. assas­s­iné (La pierre d’alun) s’avancent comme les textes les plus ful­gu­rants qu’on ait écrit sur l’œuvre du pein­tre assas­s­iné qui, doué d’un œil perce­vant la blessure, la folie, l’inconcevable, a vu l’épicentre de l’abîme.

Sa fureur de s’ouvrir à des enfers moins fades que l’excès de rai­son et que l’ennui d’attendre ». « Nous allions d’un même pas Au Ven­tre de la bête À la brûlure des sex­es ». « Sa con­nais­sance du mal­heur est vaste » (Stéphane Man­del­baum. L’Œuvre gravé).

Man­del­baum et More­au se vouent à une descente dans l’univers des spasmes, sous la ligne d’un rationnel « nanisant et ampu­ta­teur » (Opéra gouf­fre). « Il ne manque sou­vent aux bas-fonds, pour être source de savoir uni­versel ou poésie de dés­espoir, qu’un témoin assez fou pour s’y per­dre et assez psy­cho­logue pour s’en sauver » (Opéra gouf­fre).

Celui qui se présente comme « un mys­tique de l’écriture », adepte d’une « mys­tic­ité sans Dieu » (Dis­cours con­tre les entrav­es), vit l’écriture comme un phénomène météorologique, tel­lurique, tec­tonique. Là où Deleuze et Guat­tari définis­sent la philoso­phie par le critère de la créa­tion de con­cepts, More­au place la lit­téra­ture sous le signe d’« agrandir du ter­ri­toire » (Dis­cours con­tre les entrav­es). Les ter­ri­toires du dici­ble, du pens­able, du vivre se voient éten­dus vers l’intérieur, du côté d’un élar­gisse­ment des cer­cles de la con­science, et vers l’extérieur, du côté des lecteurs. Forçant « la résis­tance de l’indicible », le verbe-chair-sang-matière fait reculer les fron­tières, engage un pari pour l’illimité en se faisant voy­ance, c’est-à-dire régime d’intuitions, de pul­sions arrachées à la ratio­nal­ité étroite. Défer­lant en ban­des ser­rées, en meutes indociles, en grappes mon­goles, les mots révè­lent, comme chez Michaux, les paysages dynamiques tra­ver­sés par l’esprit et par­ticipent d’une révo­lu­tion intérieure. La créa­tion d’un style répond à la trans­mu­ta­tion des forces qui assail­lent More­au en formes tumultueuses gar­dant la furie des tour­bil­lons qu’elles veil­lent à ne pas liss­er. More­au par­le d’une trans­mu­ta­tion qui soit de l’ordre d’une alchimie du verbe, une trans­mu­ta­tion dans laque­lle les sen­sa­tions, les mots s’avancent comme les « sujets act­ifs » réqui­si­tion­nant l’écrivain. Le réquisit afin de touch­er cette langue des tré­fonds, des pro­fondeurs, étrangère à la langue offi­cielle, c’est de s’arracher à « l’uni­versel reportage » (Mal­lar­mé), de rompre avec le gré­garisme de la parole util­i­taire, asep­tisée, anémiée, de se dés-édu­quer, cap vers l’anormalité et l’irrégularité, cap vers l’écriture bachique. « Stim­ulée par l’excès, elle [son œuvre] nous rap­pelle com­bi­en le verbe, dûment mâché, est bar­baque et non véhicule. Com­bi­en écrire tient de la som­ma­tion et non de la con­fis­erie », écrit Claro dans Le Monde du 8 novem­bre 2018.

More­au boute le feu à tous les tech­nolectes, aux corsets du dire, à la gram­maire, au lex­ique qui marchent au pas ; les cravachant, il délivre les mots bâtés, for­molisés ou dégrif­fés. Pris dans un devenir ani­mal, ses voca­bles giclent, bondis­sent, éructent, se cabrent, déchar­gent leur splen­dide mon­stru­osité, irrécupérable par l’univers des Belles-Let­tres. L’écriture fait « orgasme de toute fange » (L’ivre livre).

L’œuvre ver­tig­ineuse de cet « auto­di­dacte ivre et mal rasé du Bori­nage » (Kamalalam) se pose comme une machine de guerre dressée con­tre le sys­tème, con­tre la société car­cérale et ses appareils d’État. Por­tant la vie des instincts à la parole, ses livres nous lèguent une résis­tance à un monde suf­fo­cant. Plus que jamais, nous avons besoin de ses créa­tions intem­pes­tives, irré­c­on­cil­iées, qui, marte­lant sou­veraine­ment le verbe comme on pétrit la terre, défont joyeuse­ment l’empire de l’ordre et la police de la pen­sée, de la langue.

Véronique Bergen

Bibliographie partielle de Marcel Moreau

  • Quintes, Buchet-Chas­tel, 1962.
  • Ban­nière de bave, Gal­li­mard, 1966.
  • La terre infestée d’hommes, Buchet-Chas­tel, 1966.
  • Le chant des parox­ysmes, Buchet-Chas­tel, 1967.
  • Julie ou la dis­so­lu­tion, Chris­t­ian Bour­go­is, 1971 ; rééd. Espace Nord, 2021.
  • La pen­sée mon­gole, C. Bour­go­is, 1972 ; rééd. L’éther vague, 1991.
  • L’ivre livre, pré­face d’Anaïs Nin, C. Bour­go­is, 1973.
  • Le bord de mort, C. Bour­go­is, 1974 ; rééd. Les amis de L’éther vague, 2002.
  • Les arts vis­céraux, C. Bour­go­is, 1975 ; rééd. L’éther vague, 1994.
  • Sacre de la femme, C. Bour­go­is, 1977 ; rééd. L’éther vague, 1991.
  • Dis­cours con­tre les entrav­es, C. Bour­go­is, 1979.
  • À dos de Dieu ou l’or­dure lyrique, Luneau Ascot, 1980 ; rééd. Quidam, 2018.
  • Orgam­bid. Scènes de la vie per­dante, Luneau Ascot, 1980.
  • More­au­machie, Buchet-Chas­tel, 1982.
  • Kamalalam, L’Âge d’homme, 1982.
  • Incan­des­cence et Égo­b­i­ogra­phie tor­due, Labor, 1984.
  • Mon­stre, Luneau Ascot, 1986.
  • Le Grouil­loucouil­lou, en col­lab­o­ra­tion avec Roland Topor, Ate­lier Clot, Bram­sen et Georges, 1987.
  • Opéra gouf­fre ou S. M. assas­s­iné, Illus­tré par Arié et Stéphane Man­del­baum, La pierre d’alun, 1988.
  • Mille voix rauques, Buchet-Chas­tel, 1989.
  • Stéphane Man­del­baum. L’œu­vre gravé, Didi­er Dev­illez-CFC Edi­tions, 1992.
  • Tombeau pour les enténébrés (en col­lab­o­ra­tion avec Jean-David More­au), L’éther vague, 1993.
  • Bal dans la tête, La dif­férence, 1995.
  • La com­pag­nie des femmes, Let­tres vives, 1996.
  • Extase pour une infante roumaine, Let­tres vives, 1998
  • La vie de Jéju, Actes Sud, 1998.
  • Lec­ture irra­tionnelle de la vie, Com­plexe, 2001.
  • Fémi­naire suivi de La libéra­tion de la parole, Let­tres vives, 2001.
  • Cor­pus scrip­ti, Denöel, 2002.
  • Tec­tonique des corps, Les amis de L’éther vague, 2003.
  • Morale des épi­cen­tres, Denöel, 2004.
  • Ado­ra­tion de Nona, Let­tres vives, 2004.Nous, amants au bon­heur ne croy­ant…, Denoël, 2005.
  • Quintes, L’ivre livre, Sacre de la femme, Dis­cours con­tre les entrav­es, réédi­tion, Denoël, coll. « Des heures durant… », 2005.
  • Tec­tonique des femmesCadex, 2006.
  • Inso­la­tions de nuit, avec Pierre Alechin­sky, La pierre d’alun, 2007.
  • Deux let­tres avec vue sur chaos, avec Pierre Alechin­sky, La pierre d’alun, coll. « Pierre d’angle », 2007
  • Une philoso­phie à coups de rein, Denoël, 2008.
  • Des hal­lalis dans les alléluias, Denoël, 2009.
  • La vio­len­cel­liste, Denoël, 2011.
  • Un cratère à cordes, Les évadés du Poème 2, 2013 ; rééd. Let­tres vives, 2016.
  • De l’Art Brut aux Beaux-Arts con­vul­sifs, cor­re­spon­dance Jean Dubuffet/Marcel More­au, L’ate­lier con­tem­po­rain, 2014. 
  • À dos de Dieu, Quidam, coll. « Les indociles », 2018.

Sur Marcel Moreau :

  • Christophe VAN ROSSOM, Mar­cel More­au. L’insoumission et l’ivresse, Luce Wilquin, 2005.
  • Donc, film de Vir­gile LOYER et Damien MCDONALD, avec Mar­cel More­au et Denis Lavant, Pro­duc­tion No man’s Land, 2009.
  • Mar­cel More­au : se dépass­er pour s’atteindre, film de Ste­fan THIBEAU, 2018.

Ailleurs sur le web : à regarder et à écouter

  • Une archive des AML : un extrait sonore d’un entre­tien-débat du 15 novem­bre 1980 entre Mar­cel More­au, Patrick Bonte, Jean Muno et Jacques Sojch­er.

  • Le film doc­u­men­taire de Ste­fan Thibeau, Mar­cel More­au : se dépass­er pour s’at­tein­dre, 2018.

  • Dans la Bib­lio­thèque des con­fins : Vin­cent Tholomé lit un extrait de La pen­sée mon­gole.