Un coup de cœur du Carnet
Nathalie ATLAN, Canberra, Atelier de l’agneau, 2024, 80 p., 18 €, ISBN : 9782374280851
Un titre peut briller comme un talisman, un mot sacré, un oracle. Canberra, recueil en prose poétique de Nathalie Atlan, claque, cingle la joue, rameute le fantôme de la capitale de l’Australie. Chevauchée rythmée par vingt-huit chapitres, le récit taillé dans une singularité absolue se place sous la liberté d’une langue qui ne s’interdit aucune danse, aucune invention, qui entend faire voir autant que dissimuler, raconter autant que cacher, obvier, slalomer dans le non-dit, le non-écrit. Canberra déroule une déambulation géographique, mentale, ésotérique, celle d’un groupe hétérogène composé de l’héroïne Alix Sarah Austin, de ses amis, de chevaux, de lapins, d’animaux qui courent entre les lignes. Le trajet du texte suit les trajets du navire, de l’avion, du zeppelin qui emmènent la troupe de Londres à Canberra. L’épopée se vit comme une exaltation de l’espace, du brouillage des frontières entre les humains, les animaux et les plantes, entre le réel et le magique, entre le tangible et le mythique. Continuer la lecture
Depuis longtemps je prévoyais un voyage vers la Scandinavie. L’heure n’étant pas aux déplacements, j’ai dû réfréner mon élan vers le Nord, mettre cette destination au frais dans l’attente de jours meilleurs. Mais c’était sans compter le dernier livre de Piet Lincken ravivant le désir, Å itinéraire suédois édité dans la collection bilingue de l’Atelier de l’agneau. Artiste polymorphe (musicien, photographe, poète, compositeur) et traducteur du suédois, l’auteur nous embarque vers les confins de la Suède et de la Finlande où il vit régulièrement. Version augmentée d’un texte paru précédemment, le livre procède par à‑coups, tels les soubresauts du moteur de la voiture qui pousse Lincken sur l’autoroute E6 vers Göteborg et plus loin encore vers le Nord.
Quand un poète disparaît, il y a deux solutions : soit le matériau de son œuvre, publié ou inédit, se disperse aux quatre vents et sombre dans l’indifférence, cette deuxième mort ; soit ses fidèles perpétuent sa parole, en l’archivant (sans la cloisonner) et en la restituant dans sa palpitante présence. Car les mots des poètes, eux, ne vieillissent jamais.
Au long des douze récits et nouvelles qui nous emmènent sans nous précipiter, nous changeons de sujet. Du brouhaha d’une classe de lycée à la révolte et la fuite en douce d’une jeune Afghane, d’un théâtre improbable à l’absurde recherche d’alibi d’un faux meurtrier, ou ailleurs encore. Et par exemple dans ce couloir où le tas de courrier non relevé a pu faire déraper les gendarmes qui forçaient la porte d’un solitaire présumé mort. Rien de tragique cependant dans ce livre léger de Françoise Favretto qui fait suite à un premier volume publié en septembre 2012. Ce sont des herbes un peu sauvages certes que l’auteure sarcle, déracine à l’aide de son outil, de celles qu’on aurait pu ignorer en passant, tête en l’air, mais qui sont souvent fleuries et odorantes. Il faut une réelle attention au monde pour les apercevoir et beaucoup de délicatesse pour les cueillir et les offrir. 