Archives par étiquette : Serge Nuñez Tolin

« Rendre la marche à son essence » …

Serge NÚÑEZ TOLIN, Langue qui me com­mence, précédé par … d’avoir cou­ru comme le vent se lève, Rougerie, 2025, 80 p., 13 €, ISBN : 978–2‑85668–426‑9

nunez tolin langue qui me commenceToute l’œuvre du poète Serge Nuñez Tolin, fils d’immigrés orig­i­naires du Nord de l’Espagne, est habitée par la ques­tion de la parole et du silence. Celle-ci est au cœur même de la ques­tion poé­tique, la nais­sance d’un poème provenant d’un élé­ment exis­ten­tiel ou men­tal pro­pre­ment sidérant. Dans L’expérience intérieure, Georges Bataille écrivait : « Je ne don­nerai qu’un exem­ple du mot glis­sant. […] je me borne au mot silence. Du mot, il est déjà […] l’abolition du bruit qu’est le mot ; entre tous les mots c’est le plus per­vers, ou le plus poé­tique : il est lui-même gage de sa mort. » Le tra­vail d’écriture est un mou­ve­ment d’écart sans cesse relancé :  Con­tin­uer la lec­ture

Contemplation au bord du vacillement

Serge NUÑEZ TOLIN, Sur le fil de la présence, Tail­lis pré, 2024, 75 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–227‑9

nunez tolin sur le fil de la presenceTail­lé dans une langue toute en déli­catesse, ce nou­v­el opus de Serge Núñez Tolin, Sur le fil de la présence, déplie plusieurs de ses thé­ma­tiques de prédilec­tion, déjà présentes notam­ment dans ses derniers recueils L’exercice du silence (Le Cad­ran Ligné) et Les mots sont une foudre lente (Edi­tions Rougerie, 2023, titre qui lui a par ailleurs valu le Grand prix de poésie 2023 de l’Académie royale de Langue et de Lit­téra­ture français­es de Bel­gique). Celles-ci ne sont autres que l’éveil et le silence, face à l’obstacle que con­stituent les mots, le lan­gage. Con­tin­uer la lec­ture

Les prix littéraires 2023 de l’Académie

le palais des académies

Le palais des Académies © Arllfb

L’A­cadémie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique (Arllfb) a décerné ses prix lit­téraires ce same­di 9 mars. Huit auteurs et autri­ces ont été récom­pen­sés, dans tous les gen­res lit­téraires. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2023 d’Éric Brogniet

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2023 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion d’Éric Brog­ni­et. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie et profondeur

Serge NUÑEZ TOLIN, Les mots sont une foudre lente, Rougerie, 2023, 13 €, ISBN : 978–2‑85668–421‑4

nunez tolin les mots sont une foudre lenteSerge Nuñez Tolin est né à Brux­elles en 1961 de par­ents immi­grés d’Espagne au début des années cinquante. Il a pub­lié aux édi­tions le Cormi­er : Silo (2001) ; Silo II (2002) ; Silo III  (2003) ; Silo IV (2004) et L’interminable évi­dence de se taire (2006). Il a ensuite pub­lié chez Rougerie : L’ardent silence (2010) ; Nœud noué par per­son­ne (2012) ;  Fou, dans ma hâte (2015) ; La vie où vivre (2017) ; Près de la goutte d’eau sous une pluie drue (2020) et ce récent Les mots sont une foudre lente (2023). Auteur dis­cret au ton per­son­nel, il a con­stru­it une œuvre rigoureuse où le poème inter­roge par ful­gu­rance : « Les mots ne sépar­ent pas du temps, ils sont comme une gifle » mais aus­si par réflex­iv­ité : « Tout ici — les mots et les choses — n’a‑t-il pas le même poids ? Cette chose du réel qui finit tou­jours par retomber dans sa dis­pari­tion. » Chez Nuñez Tolin, le poème se présente comme une trace « n’allant nulle part ». Pour­tant, la néces­sité de dire et de not­er trou­ve son orig­ine dans « ce qu’on écoute » et l’intime pressen­ti­ment du néant. Il y a une forme de sim­plic­ité et de mys­tère dans cette poésie économe en images et ori­en­tée vers le ques­tion­nement de l’être. Dans la lignée d’un Philippe Jac­cot­tet, Serge Nuñez Tolin pour­suit une médi­ta­tion sur le sens de la vie, du rap­port à l’autre, à l’écriture : Con­tin­uer la lec­ture

Fermeture pour inventaire

Un coup de cœur du Car­net

Une poésie de vingt ans. Antholo­gie de la poésie en Bel­gique fran­coph­o­ne (2000–2020), choix de textes et intro­duc­tion par Gérald PURNELLE, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 440 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–557‑5

une poesie de vingt ansLa col­lec­tion Espace Nord pub­lie en juin 2022 une antholo­gie con­sacrée à la poésie belge fran­coph­o­ne parue entre 2000 et 2020. « Ni un bilan, ni un état des lieux en bonne et due forme », le vol­ume héberge les textes de 128 auteurs et autri­ces sous le pavil­lon d’une poésie jeune, à l’échelle d’un siè­cle jeune et d’un jeune mil­lé­naire. Con­tin­uer la lec­ture

Une syntaxe du silence

Serge NÚÑEZ TOLIN, L’exercice du silence, Cad­ran ligné, 2020, 66 p., 14 €, ISBN : 978–2‑9565626–2‑7

serge nunez tolin l exercice du silenceY aurait-il au fond une syn­taxe du silence ?  Un ensem­ble de règles qui per­me­t­traient de com­pren­dre pourquoi, chez le poète, le silence n’est pas syn­onyme d’absence mais bien plutôt de dia­logue, de présence au monde. C’est en quelque sorte l’interrogation que le poète Serge Núñez Tolin décline depuis la pub­li­ca­tion de plusieurs de ses recueils tels que L’interminable évi­dence de se taire (2006) ou L’ardent silence (2010). Avec L’exercice du silence, il pour­suit donc cette recherche, cette remise en ques­tion de la « néces­sité de par­ler », de ce silence qui « noue la res­pi­ra­tion à l’air qui le tra­verse ». Con­tin­uer la lec­ture

Où l’insignifiant jouxte l’essentiel

Serge NÚÑEZ TOLIN, Près de la goutte d’eau sous une pluie drue, Rougerie, 2020, 70 p., 13 €, ISBN : 978–2‑85668–407‑8

Tel qu’il se révèle à petites touch­es dans ce nou­veau recueil, l’au­teur n’est pas un écorché vif ou un parangon de l’an­goisse exis­ten­tielle, tant s’en faut. Au gré de nom­breuses vari­antes, le thème de l’Ac­cord en effet ne cesse de se ren­forcer en se répé­tant au fil des pages : con­nivence du poète avec la nature en ses aspects les plus hum­bles, bouf­fées de joie, sen­ti­ment apaisant d’ex­is­ter, « nuit resplendis­sante de la présence », intu­itions de la total­ité et de la beauté, bon­heur comme « risque » à pren­dre ou, plus sim­ple­ment, comme cet accueil du matin qui se fait en moi autant qu’au dehors. Ain­si le texte de Flaubert qui ouvre la sec­onde par­tie rêve-t-il d’une assim­i­la­tion com­plète avec le monde naturel. Même un bref moment de mélan­col­ie ne suf­fit pas à fis­sur­er la con­fi­ance. Le plus sur­prenant, dans tout ceci, est la bonne adéqua­tion du lan­gage ver­bal au réel : « les mots rejoignent ce qu’ils désig­nent. Tout s’ac­corde alors que je par­le, chaque mot fait mouche et les choses reçoivent, avec le nom qu’on leur a don­né, notre présence recon­duite » ; « pass­er les mots par la prairie du réel. […] S’a­juster au réel, ce qu’on ne cesse de faire ». On le con­state, leçon d’at­tente, d’at­ten­tion et de patience, la poésie de Serge Núñez Tolin tranche forte­ment avec une ten­dance dom­i­nante ces dernières décen­nies : l’ex­trême dif­fi­culté de trou­ver une entente sta­ble avec soi-même, con­di­tion pour­tant indis­pens­able pour faire la paix avec le monde extérieur et les autres, l’i­nadéqua­tion rad­i­cale des mots jouant dans ce mal-être un rôle décisif. Con­tin­uer la lec­ture

Trouver sa veine

Serge NUÑEZ TOLIN, La vie où vivre, Rougerie, 2017, 13 €, ISBN : 978–2856683941

nunez tolinSerge Nuñez Tolin pour­suit depuis plusieurs années un intéres­sant tra­vail poé­tique, per­son­nel et atyp­ique. Une poésie qu’il pub­lie chez des édi­teurs comme Le Cormi­er ou Rougerie, des édi­teurs ayant en  com­mun une même vision de l’art poé­tique et du livre-objet (qui se mar­que aus­si – en clin d’œil — dans l’absence de rog­nages des cahiers). Deux ans après Fou dans ma  hâte et cinq ans après l’excellent Nœud noué par per­son­ne, Serge Nuñez Tolin revient avec un recueil assez sim­i­laire aux autres, La vie où l’autre, tou­jours édité chez Rougerie. Con­tin­uer la lec­ture

Kaléidoscope du présent

Serge NUNEZ TOLIN, Fou, dans ma hâte, Limo­ges, Rougerie, 2015, 87 p.

nunez tolinLe livre s’ouvre avec l’intention d’écrire des mots d’amour. Mais le chaos du monde actuel n’a pas favorisé l’exploration de ce ter­reau-là. Loin des sen­ti­ments amoureux, la langue du poète a creusé un autre chemin, pro­filé par l’émergence presque immé­di­ate du titre dans sa tête : Fou, dans ma hâte. Con­tin­uer la lec­ture