Archives par étiquette : Serge Delaive

« Un peu comme le vent et le sable, l’eau et l’algue »

Un coup de cœur du Car­net

Serge DELAIVE et Philippe HERBET (auteurs & pho­tographes), Le sable. Le vent, Altura, 2023, 172 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931190–09‑8

delaive herbet le sable le vent

C’est un objet à la cou­ver­ture rigide, en papi­er qui paraît recy­clé (mais qui peut-être ne l’est pas), d’une couleur kaki verdâtre et d’un touch­er présent, avec une carte routière qui paraît être col­lée (mais qui peut-être ne l’est pas) d’où se détache un tracé, le fil rouge : « Une ligne capricieuse ana­logue aux veines céphaliques ou médi­anes par­courant les mem­bres supérieurs, un ser­pent déplié dans sa course lente sur une rocaille au soleil à la recherche d’un refuge. » Un titre, Le sable. Le vent, et une orig­ine dou­bles, Serge Delaive et Philippe Her­bet.

Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2022 de Camille Tonelli

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2022 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Camille Tonel­li. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie des intervalles — plaisir subreptice du doigt dans la plaie

Un coup de cœur du Car­net

Serge DELAIVE, Lacu­naires, Chat polaire, 2022, 97 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931028–21‑6

delaive lacunairesla lune rem­plit puis vidan­ge
sa panse indif­férente dans la dis­tance
et les soleils nar­guent nos sécher­ess­es
voilà tout

Poète et pho­tographe de la lumière et des ombres, Serge Delaive livre dans Lacu­naires qua­tre décli­naisons des états de vie, de mort, d’amour et d’écri­t­ure, tous en lutte avec le temps. Son œil hyper-pho­to­sen­si­ble cap­ture ici des frag­ments de ce qui est et ne sera plus, de ce qui fut et n’é­tait déjà plus. Cail­loux semés sur le chemin de l’e­spoir au milieu des défaites, comme des traces, des preuves, que l’in­vis­i­ble existe. Comme cet été en Ital­ie (à Bar­cis Frioul neuf bars / trois cents habi­tants / allés de bar en bar pas plus loin) qui ouvre le recueil : Con­tin­uer la lec­ture

Désencagement de l’esprit et de la lumière

Un coup de cœur du Car­net

Serge DELAIVE, Autour d’un hiv­er, Bozon2x, 2021, 121 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931067–09‑3

delaive autour d un hiverSou­vent, les ciels sont liss­es et pâles.
Ils reti­en­nent et dis­persent la lumière. Qui ne jouira pas.

Accom­pa­g­né de son ami Aïtor, Serge Delaive sil­lonne l’hiv­er 2020 encagé par le deux­ième con­fine­ment (rebap­tisé « sec­onde venue de l’In­sekt »). Armé de son télé­phone puis d’un petit reflex, il cap­ture les paysages qu’il tra­verse dans le froid et les joint à ses mots dans ce recueil Autour d’un hiv­er. La poésie ici est déam­bu­la­tions en prose, union de l’œil, du sen­si­ble et de la pen­sée. Con­tin­uer la lec­ture

Serge Delaive. Tango fractal

Serge DELAIVE, Argen­tine, suivi d’un entre­tien avec Anne-Lise Remacle, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2020, 220 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–486‑8

argentine serge delaive espace nordDans son roman Argen­tine couron­né par le Prix Rossel en 2009, le romanci­er, poète et pho­tographe Serge Delaive délivre une com­po­si­tion nar­ra­tive entre rhi­zomes et puz­zles. Ce n’est qu’au fil de la lec­ture que se rassem­blent les frag­ments de vie de divers per­son­nages — Hernán, Lunus, Juan Ser­afi­ni, Sofiá, Lucas, Angel — ayant pour toile de fond l’Argentine. Un jeu d’échos se met en place entre la crise éco­nom­i­co-socio-poli­tique qui frap­pa l’Argentine en 2001, entre le chapelet de crises qu’elle  a tra­ver­sées (1998–2002, 2004…), et les dérives exis­ten­tielles que subis­sent les per­son­nages. Lieu des con­fins, extrême bout aus­tral du monde bor­dé par la Terre de Feu et l’océan, l’Argentine attire les êtres en quête de sens, ceux et celles qui, comme Lucas par­tant sur les traces de son père volatil­isé, recherchent des fan­tômes, des dis­parus, se per­dant dans le mou­ve­ment où ils s’engagent dans la pour­suite d’une chimère. Argen­tine est bâti comme un tan­go houleux entre des êtres et des espaces géo­graphiques dans lesquels ils plon­gent afin de remailler le temps, d’ajointer des éclats de vie épars. Con­tin­uer la lec­ture

Faisceau de lignes blanches

COLLECTIF, La ligne blanche, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020,126 p., 14 €, ISBN : 978–2‑8704–696‑2

À l’invitation, à l’appel lancé par Antoine Wauters qui dirige la col­lec­tion « iF » à L’Arbre à paroles, vingt-trois auteurs ont répon­du : écrire sur ce que sig­ni­fie pour eux la ligne blanche. Tra­ver­sé par une crise, tenail­lé par une pul­sion qui se traduit en une déci­sion — arrêter d’écrire —, Antoine Wauters voit dans la ligne blanche la man­i­fes­ta­tion du grand retrait, de l’effacement, une césure, un syn­drome Bartle­by. La pureté de la ligne blanche est telle qu’elle ne doit plus se traduire en mots. Le syn­tagme lancé aux con­tribu­teurs venus du monde du roman, de la bande dess­inée, de la poésie, du jour­nal­isme s’apparente à un sig­nifi­ant flot­tant que chaque auteur va inter­préter, dif­frac­ter en réc­its ou en poèmes. Con­tin­uer la lec­ture

Les soubresauts d’un cœur

Karel LOGIST, Un cœur lent, Tétras Lyre, 2019, 80 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930685–48‑9

Plaisir tou­jours renou­velé de retrou­ver la prose poé­tique de Karel Logist après quelques années d’absence. C’est que l’œil nar­quois du poète n’a pas pris une ride. Un nou­veau recueil donc com­posé d’une soix­an­taine de courts textes comme autant d’instantanés pris sur le vif et qui dis­sèquent avec acuité les cœurs cham­boulés des « aimables soli­tudes » que nous croi­sons en chemin. Nos con­tem­po­rains pris en fla­grant délit de vie par l’objectif aguer­ri du poème polaroïde et que vien­nent illus­tr­er les pho­togra­phies du com­plice de tou­jours, Serge Delaive. Con­tin­uer la lec­ture

Poupée d’Irlande

Serge DELAIVE, Suite irlandaise en qua­torze sta­tions, Angle Mort, 2019, 24 p., 5 €, ISBN : 978–2‑9602174–3‑8

delaive suite irlandaiseLe livre est si léger ! Six pages agrafées de cuiv­re. La cou­ver­ture bleu nuit est si sobre ! Serge Delaive, Suite irlandaise en qua­torze sta­tions, gravés à la rouille en creux, mis en page comme une croix cel­tique tête en bas. Le coin supérieur droit des pages est coupé rond et pas celui inférieur. En qua­trième de cou­ver­ture, seul le nom de la mai­son d’édition, Angle mort, c’est tout. Je n’ai pas encore ouvert et je suis déjà ému. C’est telle­ment épuré que cela atteint son but. Con­tin­uer la lec­ture

Où chaque poème est un fleuve qui charrie

Serge DELAIVE, Lat­i­tudes de la dérive, Tétras Lyre, 2018, 122 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–33‑5

delaive latitudes de la derive.gifGénérale­ment, c’est austère un recueil de poèmes. Du moins, est-ce ce que beau­coup de lecteurs et lec­tri­ces, beau­coup de « dévoreurs de livres » pensent. À tort ou à rai­son ? On ne tranchera pas ici. Mais il arrive que des recueils pro­posent, par la bande, tout dis­crète­ment, un petit jeu à leurs lecteurs. Ain­si en va-t-il de Lat­i­tudes de la dérive. A pri­ori, rien de « jou­ette » dans ces poèmes répar­tis en qua­tre saisons, cou­vrant, à la manière d’un jour­nal intimiste, une année de la vie de Serge Delaive. On y suit, de poème en poème, les dérives men­tales de Serge Delaive aux qua­tre coins de la planète, du vil­lage d’en­fance à Tallin en pas­sant par la Grèce, Rot­ter­dam, l’autre côté de l’océan, la Suède, etc. Serge Delaive y croque, comme il sait si bien faire, les êtres et les choses qui l’en­tourent. Rend compte, à sa manière, des lieux où, grand voyageur, il pose son sac. Laisse son esprit libre­ment vagabon­der, associ­er, enchaîn­er une idée, une image, et puis l’autre. Con­tin­uer la lec­ture

Frayer avec la hou(il)le

Serge DELAIVESaumon noir, Édi­tions de la Province de Liège, 2017, 84 p., 14 €, ISBN : 9782390100737

delaiveSaumon noir, réc­it très intime et impres­sion­niste, en mots et en images, s’inscrit dans une démarche plus large qu’une pub­li­ca­tion : il fut présen­té dans le cadre de l’édition 2016 de la Trilo­gie con­tem­po­raine, Arts et Métaux. Sur le thème Nous ne sommes rien, soyons tout : réc­its de mémoire ouvrière[1], elle pro­po­sait notam­ment une expo­si­tion con­sacrée à la mémoire indus­trielle dans les bassins sidérurgiques de la région lié­geoise, à savoir Hoy­oux, Seraing, Scle­ssin, Saint-Nico­las et enfin Her­stal, cœur encre et char­bon du présent texte. Con­tin­uer la lec­ture

Boustro ? Fais donc !

Un coup de coeur du Carnet

Bous­tro, revue plas­tique et poé­tique ani­mée par Lau­rent DANLOY, Pas­cal LECLERCQ, Karel LOGIST et Paul MAHOUX, n° 2, juin 2016

Boustro2Quelle ébul­li­tion revuis­tique dans la Cité ardente, et de quelle qual­ité ! En décem­bre 2015, le pre­mier numéro de Bous­tro, « fruit de rassem­ble­ments autour de l’amitié et de la recherche du bel-être » s’y mul­ti­pli­ait à 200 exem­plaires « numérotés et choyés » et essaimait hors du nid que lui avaient amoureuse­ment ménagé pour l’oc­ca­sion les édi­tions du Tétras-Lyre. L’empennage de ce drôle d’oiseau rassem­blait Véronique Janzyk, dont les pros­es cal­i­brées chutent dans le temps à la faveur d’un séjour à Cor­fou (là où les touristes alle­mands ignorent que « le silence est par­fois une langue aus­si ») ou dans la cham­bre 350, occupée par cet être cher dont le cœur est grig­noté par « une cel­lule folle qui grandit » ; Serge Delaive, avec une suite d’épures où les accents d’une douleur lanci­nante se mêlent à une révolte éjac­ulée « debout / sous la voie lac­tée » ; Yolan­da Cas­taño, poétesse espag­nole dont son tra­duc­teur Frédéric Bour­geois a ren­du la nar­quoise « beauté d’épi » de ses vers, qui cir­cu­lent en ligne brisée jusqu’au ren­du de la ter­ri­ble sen­tence : « Seule la vérité rend / esclaves » ; Maxime Hanchir enfin, qui livre une série de por­traits sub­tile­ment biseautés, tracés d’un fusain sen­si­ble non dénué d’ironie, doux-amer juste ce qu’il faut. Ajoutez à cela les présences flot­tantes et anx­iogènes, sil­hou­ettes intubées et autres loups ecto­plas­miques dess­inés par la Maroli­enne de Liège Sofie Van­gor, et vous obtenez un car­net de « Poésie Pur Porc », à lire à hue et à dia, de travi­o­le et de guin­go­is, à l’envers comme à l’endroit. Con­tin­uer la lec­ture

L’instantané de l’amour : un précipice

Un coup de coeur du Carnet

Serge DELAIVE, Nocéan, Mael­strÖm, 2016, 203 p., 16 €

noceanCeux qui sont attachés à une con­cep­tion tra­di­tion­nelle du roman en récla­ment une his­toire, avec des événe­ments, des per­son­nages et même une intrigue ; un début, une fin dis­cern­ables et, entre les deux, une pro­gres­sion. Rien de tout cela, ou presque, dans le nou­veau roman de Serge Delaive, Nocéan, le pre­mier depuis Argen­tine (2009) qui obtint le Prix Rossel. L’auteur est certes plus con­nu pour ses poèmes, une œuvre nom­breuse, remar­quable. Il demeure poète quand il rédi­ge un roman orig­i­nal comme celui-ci, ne suiv­ant que son pro­pre mou­ve­ment, son lyrisme naturel. Poète quand il évoque un homme et une femme, ses per­son­nages, les ren­con­tres, les sépa­ra­tions, la cul­mi­nance ou la déchirure de l’amour, la pas­sion de la mer, de la ville, du monde. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on apprend qu’un poète se vêt aussi d’un tissu d’eau

Un coup de cœur du Car­net

Serge DELAIVE, Meuse fleuve nord, Tétras Lyre, coll. « Let­trim­age », 144 p., 18 €

delaive1Par­lons bien et par­lons peu : Meuse fleuve nord est for­mi­da­ble. Capa­ble, si on se laisse aller, si on se laisse bercer par ce long « poème-fleuve », de nous emporter bien loin, tout du long de ses 50 pages et de ses 1284 vers. C’est que Serge Delaive n’a pas ménagé sa peine. Con­tin­uer la lec­ture