Carmelo VIRONE, Prendre ses quartiers, Herbe qui tremble, coll. « D’autre part », 2026, 103 p., 16 €, ISBN : 978–2‑488–229173
Carmelo Virone est un poète discret, rare. Avec ce nouveau recueil, Prendre ses quartiers, le troisième depuis 2002, Virone pose ses bagages de bourlingueur littéraire. Qu’ils soient d’hiver ou d’été, il prend ses quartiers dans les territoires de l’enfance, là où la frontière entre mémoire et nostalgie se fait plus poreuse. Au fil du mots, les souvenirs éclosent par bribes. Éclats, pépites qui surgissent comme une surprise découverte, avec émerveillement, dans le creux de l’œuf en chocolat. Un peu de jus de groseille sur les mains, une marelle dessinée sur le pavé ou la toupie que l’enfant rêve de voir tourner indéfiniment, voilà sans doute les remparts contre le temps qui passe. Continuer la lecture

Des existences sont parfois marquées de nostalgies, de rendez-vous manqués, d’erreurs sur la personne. Pascal Goffaux propose un récit largement autobiographique où il remet en question sa présence au monde. Confession sans concessions qui nous tend le miroir de notre propre ancrage dans l’existence.
« Le temps passe », « les temps changent », « ce n’est plus ce que c’était », « tout fout le camp », « les traditions se perdent »… On pourrait continuer ainsi à énumérer les phrases disant la perte et la nostalgie d’un passé irréversible. De l’étude de cette nostalgie David Berliner, anthropologue, professeur à l’Université libre de Bruxelles a fait un très beau livre qu’il destine aux chercheurs en sciences sociales, aux spécialistes du patrimoine et des études mémorielles et muséales, aux philosophes, aux historiens, aux psychanalystes et psychologues, aux politologues ou aux géographes. On ajoutera à tout citoyen en quête de réponses aux replis nationalistes qui se servent de la perte pour exprimer la peur et la haine de l’autre et empoisonnent nos sociétés, pour retrouver un peu d’optimisme au tout nostalgique qui pourrait nous étreindre, pour raffiner la pensée au sujet de la patrimonialisation et ne pas tomber dans le politiquement correct de l’authenticité. Pour cela, David Berliner conçoit le métier d’anthropologue comme celui d’un diplomate « qui parvient à trouver le mot juste pour parler de et avec l’autre ».