Archives par étiquette : L'herbe qui tremble

Un jouet sur la mappemonde

Carme­lo VIRONE, Pren­dre ses quartiers, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2026, 103 p., 16 €, ISBN : 978–2‑488–229173

Virone-Prendre-ses-quartiersCarme­lo Virone est un poète dis­cret, rare. Avec ce nou­veau recueil, Pren­dre ses quartiers, le troisième depuis 2002, Virone pose ses bagages de bourlingueur lit­téraire. Qu’ils soient d’hiver ou d’été, il prend ses quartiers dans les ter­ri­toires de l’enfance, là où la fron­tière entre mémoire et nos­tal­gie se fait plus poreuse. Au fil du mots, les sou­venirs éclosent par bribes. Éclats, pépites qui sur­gis­sent comme une sur­prise décou­verte, avec émer­veille­ment, dans le creux de l’œuf en choco­lat. Un peu de jus de gro­seille sur les mains, une marelle dess­inée sur le pavé ou la toupie que l’enfant rêve de voir tourn­er indéfin­i­ment, voilà sans doute les rem­parts con­tre le temps qui passe. Con­tin­uer la lec­ture

La poésie n’est pas affaire de scaphandriers

Un coup de cœur du Car­net

Jan BAETENS, Bul­letin du Tour­ing Club, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2026, 118 p., 17 €, ISBN : 2488229036

Baetens-Bulletin-du-Touring-ClubJan Baetens, pro­fesseur émérite de la KU Leu­ven, cri­tique, spé­cial­iste d’Hergé, du roman-pho­to ain­si que des rela­tions entre texte et image, a pub­lié à ce jour près d’une trentaine de recueils de poèmes chez divers édi­teurs. De langue mater­nelle fla­mande mais d’expression française, ce poète trop dis­cret, qui se tient loin des scènes et des céna­cles, fut lau­réat en 2007 du prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

Des idiots et des voyants

Cari­no BUCCIARELLI, Une poignée de sec­on­des, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2025, 102 p., 16 €, ISBN : 978–2‑491462–97‑0

bucciarelli une poignée de secondesJe me vois de dos
je marche dans une direc­tion incon­nue (…) 

Il reste une poignée de sec­on­des
et deux cail­loux (…) 

On se sur­prend, dans la prose et la poésie que nous offre Cari­no Buc­cia­rel­li, à retrou­ver les traces d’un cousi­nage ancien avec le Wozzeck de l’étoile filante Büch­n­er, une force bru­tale qui passe par les inter­stices de la stu­pid­ité humaine mais qui témoigne aus­si de sa sur­prenante « inno­cence » … Comme dans les plus anciens rites, les hommes peu­vent, sans cesse, frap­per le sol du pied, il en remon­tera surtout les échos assour­dis des ver­tig­ineuses obstruc­tions à la con­science qui font le sens com­mun de notre tribu. Con­tin­uer la lec­ture

Luc Dellisse, « Immortel, jusqu’à plus ample informé… »

Un coup de cœur du Car­net

Luc DELLISSE, Bien fait pour moi, Herbe qui trem­ble, 2025, 134 p., 16 €, ISBN : 9782491462963

dellisse bien fait pour moiDes por­traits ? Pas vrai­ment, on visu­alise à con­tre-jour les phy­s­ionomies des pas­santes et des pas­sagers de ces pages. Des tranch­es de vie, alors… Peut-être, mais sait-on jamais ce qu’un écrivain est prêt à inven­ter pour vous per­suad­er qu’il fut, qu’il est, vivant ? Bien fait pour moi est plus cer­taine­ment con­sti­tué d’instantanés, non pas rangés en album, ce qui serait le plus sûr moyen de les voir fan­er, mais présen­tés en enfilade, comme on le dit de ces portes que l’on fran­chit à la hâte, sans s’assurer que quelqu’un nous suit, ni qu’elles sont bien refer­mées après nous.  Con­tin­uer la lec­ture

Demoulin nous donne des ailes…

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DEMOULIN et Alain DULAC, Réguli­er / irréguli­er : son­nets, Herbe qui trem­ble, 2025, 126 p., 18 €, ISBN : 9782491462802

demoulin regulier irregulierIl est de ces auteurs dont on attend avec impa­tience le nou­v­el opus, le nou­veau gise­ment. Peut-être parce que l’on sait qu’ils sont un peu musi­ciens, un peu orpailleurs. Ou bien plus sim­ple­ment parce qu’on sup­pute la fête de la langue et de l’esprit à laque­lle ils vont nous con­vi­er. C’est assuré­ment le cas avec Lau­rent Demoulin chez qui il y a, mine de rien, sans avoir l’air d’y touch­er, des pépites jail­lis­santes dans l’écriture. Con­tin­uer la lec­ture

L’arche poétique

Philippe LEKEUCHE, Élé­gies, Post­face de René de Cec­ca­t­ty, Herbe qui trem­ble, 2025, 102 p., 16 €, ISBN : 978–2‑491462–79‑6

lekeuche elegiesDessi­nant un espace de vie, entail­lé par les chants de la ruine et de la perte, porté par la flamme de l’amour char­nel et spir­ituel, le recueil poé­tique Élé­gies arpente les ter­res de la pos­si­bil­ité du Poème, en appelle à l’horizon d’un salut bar­ré par lui-même. Auteur d’une œuvre poé­tique ambitieuse, de pre­mier ordre, Philippe Lekeuche ques­tionne le corps de l’amour, le corps de la poésie, le lien entre l’humain et le monde dans des tes­sons de parole enfuie. Divisé en six chants intro­duits par les pho­togra­phies en noir et blanc de l’auteur, le recueil apos­tro­phe les dieux, con­voque une grande tribu élec­tive, Hölder­lin, Vil­lon, Rim­baud, Ver­laine, Baude­laire, Keats, Dick­in­son, Celan, ces funam­bules de la survie qui nous ont légué des rêves recou­verts par la cen­dre. Con­tin­uer la lec­ture

Quatuor des falaises

Alain DANTINNE, André DOMS, Jean-Louis RAMBOUR, Pierre TREFOIS, Sur La Rup­ture des falais­es de Pierre Bartholomée, L’herbe qui trem­ble, coll. « Trait d’union », 2024, 60 p., 12 €, ISBN : 978–2‑491462–83‑3

collectif sur la rupture des falaisesAutour de La Rup­ture des falais­es, une œuvre musi­cale du com­pos­i­teur et chef d’orchestre Pierre Bartholomée, créée en 2008, récem­ment enreg­istrée, une autre par­ti­tion, de dessins et de poèmes, reten­tit, tis­sant des har­moniques visuels et scrip­turaux. Les dessins de Pierre Tré­fois, les textes poé­tiques d’Alain Dan­tinne, d’André Doms et de Jean-Louis Ram­bour for­ment comme un quatuor qui traduit le champ sonore dans un espace autre. Des vagues de poèmes et de dessins mon­tent à l’assaut de la créa­tion de Pierre Bartholomée, laque­lle évoque la fig­ure de la mys­tique et poétesse Hadewi­jch d’Anvers. Nés de l’écoute de l’œuvre musi­cale, d’une source sonore, les dessins inti­t­ulés « Éro­sion-Rébel­lion » et les poèmes inscrivent leurs inter­ro­ga­tions esthé­tiques dans un geste activiste en phase avec le mou­ve­ment Extinc­tion-Rebel­lion. Con­tin­uer la lec­ture

Entre tout et rien, la collection…

Un coup de cœur du Car­net

Jan BAETENS, Un monde à col­lec­tion­ner, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2024, 216 p., 18 €, ISBN : 978–2‑491462–77‑2

baetens un monde a collectionnerUne fois n’est pas cou­tume, com­mençons par l’excipit : « Les col­lec­tions, comme le monde, sont faites pour aboutir à des livres ». Ce n’est pas spoil­er Un monde à col­lec­tion­ner, le dernier essai de Jan Baetens, que d’en citer d’emblée la con­clu­sion ; c’est au con­traire annon­cer que la promesse sug­gérée par sa cou­ver­ture et son titre est par­faite­ment tenue. Con­tin­uer la lec­ture

Boiter à quatre jambes, et nager

Jacques RICHARD, Écrit sous l’eau, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2024, 104 p., 16 €, ISBN : 9782491462765

richard ecrit sous l'eauC’est peut-être parce qu’il a été Écrit sous l’eau qu’il donne l’impression d’une lec­ture-apnée. Cha­cune des pros­es com­posant le recueil de Jacques Richard se présente comme une micro-plongée dans un bain d’étrangeté et de flu­id­ité. L’on y pro­gresse en brass­es pru­dentes et curieuses, avec la sen­sa­tion de ne pou­voir garder le cap à cause de mou­ve­ments ondins sur­prenants. Le mieux est sans doute de se laiss­er porter, sans chercher à retenir ni se faire retenir, en accep­tant la caresse du flux lan­gagi­er et le mys­tère des fonds sous-scrip­turaux. Con­tin­uer la lec­ture

Éloge d’une pensée  libre

André DOMS, L’œil, Herbe qui trem­ble, coll. « Trait d’union », 2023, 144 p., 18 €, ISBN : 978–2‑491462–73‑4

doms l'oeilAndré Doms expose ici, de manière décom­plexée, une dimen­sion fon­da­men­tale de son par­cours de vie en tant que poète, lecteur et tra­duc­teur : il invite à une explo­ration de son monde intérieur, de ses valeurs et de sa con­cep­tion du poème après avoir livré dans Top­iques pour le monde actuel une cri­tique rad­i­cale du monde con­tem­po­rain où, décrivant la régres­sion de notre civil­i­sa­tion d’un point de vue his­torique et socio-poli­tique, il soulig­nait l’opposition entre l’univoque et le mul­ti­ple et pre­nait posi­tion, comme Mon­taigne, penseur essen­tiel à ses yeux, pour la diver­sité et  le métis­sage : « « On dict bien vray qu’un honneste homme, c’est un homme mes­lé ». Con­tin­uer la lec­ture

Géographie de l’amour

Luc DELLISSE, Tar­ma­cs, Herbe qui trem­ble, 2023, 90 p., 16 €, ISBN : 9782491462543

dellisse tarmacsL’œuvre poé­tique, théâ­trale, les romans, les réc­its, les nou­velles, les essais de Luc Del­lisse inscrivent la fron­tière au nom­bre de leurs motifs obsé­dants. Le recueil poé­tique Tar­ma­cs artic­ule son chant, son rythme et sa forme autour de la ques­tion du seuil, des fron­tières qui, tout à la fois, sépar­ent et ont pour voca­tion d’être tra­ver­sées. Les cinquante chants se jouent des fron­tières du temps (des jeux d’invasion, de pas­sage entre passé et présent), des fron­tières de l’espace (une pre­mière par­tie con­voque New York, la sec­onde par­tie le lieu natal), du livre en tant qu’architecture bifide, des fron­tières de l’amour, du désir, de la vie et de la mort. Con­tin­uer la lec­ture

Poèmes à horaire décalé

Un coup de cœur du Car­net

Alain DANTINNE, Chemins de nulle part, pein­tures de Jean Morette, L’herbe qui trem­ble, 2023, 110 p., 17 €, ISBN : 9782491462536

dantinne chemins de nulle partPlaisir non dis­simulé de retrou­ver la voix tou­jours voyageuse et lucide du poète Alain Dan­tinne avec ce nou­veau recueil pub­lié à L’herbe qui trem­ble. Comme un pro­longe­ment aux deux précé­dents pub­liés chez le même édi­teur, ces Chemins de nulle part nous ravis­sent en nous embar­quant une fois encore dans le sil­lage d’une écri­t­ure poé­tique sin­gulière en prise directe avec les échos d’un monde en déroute. Une actu­al­ité riche d’ailleurs pour le poète-prosa­teur qui pub­lie qua­si simul­tané­ment un ensem­ble de nou­velles chez Weyrich sous le titre Une gravure satanique. Con­tin­uer la lec­ture

« Cette ville, la ville, toutes les villes »

Jan BAETENS, Vacances romaines, Impres­sions nou­velles, 2023, 104 p., 12 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782390700531
Jan BAETENS, Chang­er de sens, Herbe qui trem­ble, 2023, 66 p., 12 €, ISBN : 9782491462581

baetens vacances romaines« Écrire sur » une ville relève du défi, même si on y a fait plusieurs séjours, même si on peut pré­ten­dre la con­naître comme sa poche. Dans les let­tres belges, on sait depuis Bruges-la-morte qu’un paysage urbain n’est jamais que la pro­jec­tion de notre sen­si­bil­ité du moment, des bifur­ca­tions de notre pro­pre exis­tence et des réminis­cences asso­ciées à cer­tains vis­ages croisés, au déjà-vu de cer­tains recoins… Tem­po di Roma d’Alexis Curvers ajoutait au sym­bol­isme de Georges Roden­bach une dimen­sion pal­pi­tante et pas­sion­nelle dont l’expression restera iné­galée, puisque sa Rome demeur­era, éter­nelle­ment, celle des années 1950. Con­tin­uer la lec­ture

Entre concerté et spontané

Philippe MATHY, Der­rière les maisons, ill. de Ramzi Ghot­baldin, L’herbe qui trem­ble, 2023, 120 p., 16 €, ISBN : 978–2‑491462–49‑9

mathy derrière les maisonsAssuré­ment, la poésie de Philippe Mathy n’est pas de celles qui sapent les codes exis­tants ou en instau­rent de nou­veaux, qu’ils soient styl­is­tiques, thé­ma­tiques, diaristes ou autres. Con­traire­ment à maints auteurs con­tem­po­rains, le poète fait con­fi­ance aux mots, à leur ver­tu de trans­parence, qu’il s’agisse de tran­scrire des per­cepts, des sen­sa­tions, des rêver­ies, des pen­sées. Cette docil­ité lan­gag­ière trou­ve écho dans le con­tenu de ses pro­pos, totale­ment dénués d’amer­tume ou d’a­gres­siv­ité, férus au con­traire de com­mu­nion et d’har­monie… Et pour­tant, ce nou­veau recueil le con­firme une fois de plus, la mièvrerie n’est pas au ren­dez-vous : on ne sait com­ment, Ph. Mathy réus­sit à faire de la douceur une force, du banal un ravisse­ment, de la sim­plic­ité un plaidoy­er. L’at­ti­tude qu’il adopte est “con­tem­pla­tive” à la fois par la dilec­tion envers le monde naturel et par la dimen­sion monacale de la quête, sem­blable à un exer­ci­ce de médi­ta­tion : tel qu’il s’y racon­te, le poète vit en effet dans un isole­ment générale­ment sere­in, proche de l’ascétisme, à mille enca­blures de la société de con­cur­rence et de con­som­ma­tion, comme soucieux d’un chem­ine­ment intérieur, infati­ga­ble, dont cepen­dant la clé ultime reste à pre­mière vue non-dite. Con­tin­uer la lec­ture

Laisse-moi rêver encore un peu

Un coup de cœur du Car­net

Daniel DE BRUYCKER, L’ombre et autres reflets, Herbe qui trem­ble, coll. “D’autre part”, 2023, 142 p., 18 €, ISBN : 978–2‑491462–55‑0

de bruycker l'ombre et autres refletsL’Auteur est mort, se dit-il. Cer­tains ne s’en plain­dront pas, embar­rassés qu’ils étaient par la sur­vivance de cette instance investie d’une « autorité » – tout ce qui est détestable à l’époque, s’exerçât-elle sur un texte… D’autres con­tin­ueront à entretenir le culte de cette fig­ure à tra­vers son incar­na­tion humaine, espérant l’entrevoir, lui adress­er quelques mots, voire le touch­er, et ain­si man­i­fester leur recon­nais­sance infinie, leur adu­la­tion.

Et les per­son­nages, ont-ils seule­ment leur mot à dire quant à cette réé­val­u­a­tion con­tem­po­raine de l’Auteur ? Par­tent-ils encore en quête de leur démi­urge, comme dans telle pièce bien con­nue de Piran­del­lo ? Ten­tent-ils d’entrer encore en dia­logue avec leur deus ex machi­na, par exem­ple pour lui sug­gér­er une fusion totale (« Madame Bovary, L’assassin de Roger Ack­royd, c’est toi et c’est moi ») ? Con­tin­uer la lec­ture

« Un mot main / dans la main »

Véronique WAUTIER, Ton nom main­tenant, Pré­face de Marc Dugardin, Pein­tures d’Alain Dulac, Herbe qui trem­ble, 2022, 90 p., 15 €, ISBN : 978–2‑491462–42‑0

wautier ton nom maintenant« par­fois on écrit
et les mots ne sont pas véri­fiés
ils jail­lis­sent d’une anci­enne forêt
d’une future nudité 
»

D’une sim­plic­ité désar­mante, le recueil Ton nom main­tenant de Véronique Wau­ti­er, pub­lié à titre posthume, se déploie sur un nuanci­er bleu. Du « bleu matisse » au vague à l’âme qui s’empare du lecteur dès l’exergue (deux sub­limes vers séléniens de Wau­ti­er), le recueil tient du champ chro­ma­tique et séman­tique de cette couleur qui rap­pelle celle du ciel (« cette immense page bleue ») ou de la mer, avec sa longueur d’onde voilée. Con­tin­uer la lec­ture