Archives par étiquette : La lettre volée

Lire Laurence Skivée. Pour plonger sans réserve dans l’enfance de l’art

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Je trace, Let­tre volée, 2025, 157 p., 22 €, ISBN : 9782873176563

Skivée Je traceAvez-vous déjà vécu ça, cette sit­u­a­tion-là ? Vous êtes au télé­phone, un papi­er en main, un sty­lo à bille en main. Et, pen­dant la con­ver­sa­tion, machi­nale­ment, le sty­lo court, tire des traits abstraits, venant d’on ne sait où, ou des fig­ures comiques voire grotesques, ou la tasse ronde et jaune devant vous reprend corps et vie sur papi­er. Au fond, Je trace nous par­le de ça, de ces “choses” en nous, de ces présences qui ne deman­dent qu’à sor­tir et à voir le jour par­mi nous, sous nos doigts, parce que, par hasard, il y a un feu­tre en main, un cray­on ou un sty­lo à bille, et une feuille bien sûr, un papi­er à cou­vrir. Con­tin­uer la lec­ture

Bons baisers de Koksijde, Oostende et Meli Park

Un coup de cœur du Car­net

François LIENARD, Regi­na Maris, Let­tre volée, 2025, 128 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87317–655‑6

lienard regina marisLe voile de gras, de gris, de graf­fi­tis se déchire,
Vers Gand le ciel s’ouvre, des grains de sable
Tombent de l’émeri des nuages bleus, une odeur
De crêpe au sucre brin­que­bale vers Blanken­berge

Bon­heur fou de suiv­re François Lié­nard dans ses péré­gri­na­tions en tram tout du long de la côte belge ! C’est que François Lié­nard est généreux :  en dix-neuf poèmes de formes et de longueurs vari­ables, Regi­na Maris nous offre autant de cartes postales, ou de let­tres intimes, qu’un ami nous enver­rait d’Oostende ou du West­hoek. C’est jubi­la­toire et addic­tif. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire pour se tenir, à nouveau, nez au vent au bord du monde

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Déten­trice, Let­tre volée, 2025, 104 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–640‑2

skivée detentriceTout qui a déjà lu Lau­rence Skivée le sait : en ouvrant un nou­v­el ouvrage de l’autrice, on espère retrou­ver une langue à nulle autre pareille, une voix amie, nous mur­mu­rant des choses à pro­pos de détails infimes ou intimes, dévelop­pant un rap­port tout per­son­nel, tout sin­guli­er et énig­ma­tique, au monde. Parce que Lau­rence Skivée est, mine de rien, d’une exi­gence folle, jouant avec maes­tria du vers, des blancs de la page, du téle­sco­page de sen­sa­tions et d’émotions, des sou­venirs et des notes pris­es sur le vif, au gré de ses errances, réelles ou men­tales. Parce que Lau­rence Skivée, c’est un style. Un “coup de pat­te” à nul autre pareil. Déten­trice, son nou­v­el opus, n’échappe pas à cette règle. Tant mieux pour nous : sa langue inven­tive nous entraine, une fois de plus, dans des zones où les mots, les phras­es, les pages, nous don­nent à sen­tir, à vivre au plus près, au-delà ou en-deçà du sens des mots, l’expérience rap­portée. Con­tin­uer la lec­ture

Un penchant pour ce qui fuit

Un coup de cœur du Car­net

Karo­line BUCHNER, Encoches, Let­tre volée, 2024, 192 p., 21 €, ISBN : 978–2‑87317–635‑8

buchner encochesKaro­line Buch­n­er signe aux édi­tions La Let­tre Volée un pre­mier réc­it piquant et per­spi­cace ancré dans un quo­ti­di­en tis­sé d’affronts misog­y­nes, de mor­ti­fi­ca­tions infimes qui sont autant de petites flèch­es trouant une peau trop fine, trop douce, celle d’un féminin décloi­son­né auquel l’autrice rend toute sa puis­sance d’expression – qui est, en vérité, puis­sance d’action. Con­tin­uer la lec­ture

L’art et sa source

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, ni se nom­mer, La Let­tre volée, coll. « Poiesis », 2023, 56 p., 14 €, ISBN : 9–782873-176105

lambert ni se nommerRomanci­er (Prix Rossel 2022), poète et essay­iste, Stéphane Lam­bert est né à Brux­elles en 1974. Il ques­tionne le proces­sus de créa­tion dans dif­férents livres sur des artistes : Mon­et, Rothko, Nico­las de Staël, Goya, Léon Spilli­aert ou des écrivains : Samuel Beck­ett et la pein­ture de Cas­par David Friedrich ; Her­man Melville et son ami­tié avec Nathaniel Hawthorne. Ses textes poé­tiques sont sou­vent inspirés d’œuvres plas­tiques : Chapelle du rien (2014), Art Poems (2018) ou encore Écri­t­ure pre­mière (2020). Con­tin­uer la lec­ture

Habiter l’imperceptible

Lau­rence SKIVEE, os cuil­lère, Pré­face de Tris­tan Sauti­er, La Let­tre volée, 2024, 56 p., 14 €, ISBN : 9782873176211

skivee os cuillereIncar­n­er le dés­in­car­né, laiss­er la présence en pointil­lé, sur la pointe de la venue et de la par­tance, trac­er des mots qui inter­ro­gent le lien entre un « je » et un « tu » aban­don­nés à leur indéf­i­ni­tion… dans os cuil­lère, son dernier recueil poé­tique pré­facé par Tris­tan Sauti­er, la poétesse et plas­ti­ci­enne Lau­rence Skivée s’aventure sous la ligne des voca­bles, là où le plein de l’os et le creux de la cuil­lère offrent l’image d’une ren­con­tre pos­si­ble entre soi et l’autre, soi et soi. La dis­po­si­tion graphique des vers matéri­alise l’impossible rêve de touch­er l’autre et l’amorce d’un dia­logue par-delà les soli­tudes. Con­tin­uer la lec­ture

« Quelque part l’avant m’attend »

Un coup de cœur du Car­net

Hele­na BELZER et Véronique BERGEN, Avant, pen­dant et après, Let­tre volée, 2023, 25 €, ISBN : 978–2‑87317–615‑0

Bergen Belzer Avant pendant et après« j’aime pra­ti­quer l’ascèse comme une danse entre mon non-moi et mon sans-moi
la pein­ture ou mon unique domi­cile
nomade et séden­taire
sous­trait au monde 
»

Pub­liée à La let­tre volée, l’ouvrage Avant, pen­dant et après – col­lab­o­ra­tion entre la pein­tre Hele­na Belz­er et l’écrivaine Véronique Bergen – présente quelques étapes sig­ni­fica­tives du tra­vail d’Helena Belz­er. S’ouvrant sur un « prélude », sur la ques­tion « Qu’est-ce que vivre en pein­ture ? », l’ouvrage s’attache à son­der les forces affec­tives, pul­sion­nelles, con­scientes ou incon­scientes de l’esthétique d’Helena Belz­er, depuis la fin des années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Il rend égale­ment explicites quelques influ­ences (notam­ment lit­téraires) et voy­ages qui nour­ris­sent la démarche de la pein­tre. Con­tin­uer la lec­ture

Crepax par la bande

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Gui­do Crepax. L’axiome d’Eros, La let­tre volée, 2023, 140 p., 18 €, ISBN : 9782873176167

Bergen Guido CrepaxBien sûr, il y a son Emmanuelle – pre­mier fris­son, ces jambes pen­dantes, devant l’osier d’un fau­teuil démen­tiel où elle trône en reine dés­abusée – et son His­toire d’O – deux­ième fris­son, cette sil­hou­ette nue et aveu­gle attirée en laisse par un laquais sor­dide vers quel ver­tige ? Deux som­mets de ce que l’on hésite à qual­i­fi­er de « bande dess­inée éro­tique » et qui mérite mieux son appel­la­tion de Neu­vième art. Mais Gui­do Crepax (1933–2003), c’est bien plus que Réage ou Arsan couchées, détail­lées et encrées en noir et blanc dans des albums qui firent les délices inter­dites de plusieurs généra­tions d’amateurs du genre, ou cap­tivèrent des uni­ver­si­taires, depuis Roland Barthes jusqu’aux Gen­der stud­ies ; c’est même bien plus que l’héroïne Valenti­na, « icône fémi­nine con­juguant avid­ité sex­uelle et art de l’onirisme ». Qui ain­si, à part les col­lec­tion­neurs mani­aques, se rap­pelait que le dessi­na­teur milanais avait égale­ment traité des States à l’époque où ils étaient autant enflam­més par le jazz, la guerre du Viêt-Nam et la ségré­ga­tion raciale ? Et qu’il avait illus­tré La mar­quise d’O (ini­tiale ô com­bi­en pré­fig­u­ra­trice) du roman­tique alle­mand Kleist, Le procès de Kaf­ka, Drac­u­la, Franken­stein, His­toire de l’œil de Bataille ? Con­tin­uer la lec­ture

Poésie de la sensation originaire

Pierre-Yves SOUCY, De si près, l’ici du corps, Let­tre volée, 2023, 72 p., 15 €, ISBN : 9782873176181

Soucy De si près l'ici du corpsS’ouvrant sur une cita­tion du poète et pein­tre chi­nois Mang Ke — « Non nous n’avons rien dit / Rien que le lan­gage de la chair » —, laque­lle cita­tion brille comme un por­tique éclairant la « Stim­mung » du recueil, De si près, l’ici du corps déroule une par­ti­tion poé­tique en qua­tre par­ties. L’expérience poé­tique que Pierre-Yves Soucy éla­bore au fil d’une œuvre d’une haute tenue s’enracine dans le trou­ble d’un sen­si­ble qui éveille la chair à ses pos­si­bles, à sa ren­con­tre avec l’autre comme avec ses pro­pres ver­tiges. L’horizon sous lequel se tient la pen­sée poé­tique de Pierre-Yves Soucy a pour des­sein l’exploration d’une sen­sa­tion orig­i­naire, du chi­asme mer­leau-pon­tyen du sen­ti et du sen­tant que l’auteur pro­longe dans le creuse­ment d’une ren­con­tre en intéri­or­ité entre la chair des mots et l’espace muet des corps. Son apti­tude à capter les épipha­nies rares d’un touch­er qui brise la « soli­tude des chairs », d’un désir qui ren­con­tre l’énigme de l’autre et la sienne pro­pre extrait du vivre des moments où les chairs frôlées ou nouées com­mu­nient dans la ten­sion du vivre. Con­tin­uer la lec­ture

Tableaux-sonnets

Denis DE RUDDER, Brève his­toire de l’art en son­nets, Let­tre volée, 2022, 192 p., 20 €, ISBN : 9782873176068

de rudder breve histoire de l'art en sonnetsArtiste pein­tre, Denis De Rud­der délivre dans sa pre­mière pub­li­ca­tion des tableaux textuels qui, emprun­tant la forme du son­net, retra­cent les jalons de l’histoire de l’art occi­den­tal de la Grèce antique à nos jours. Ponc­tué de repro­duc­tions d’œuvres, le voy­age se tient à la croisée de divers­es matières abor­dées sous un fais­ceau de manières. Déroulant un fil chronologique qui pro­duit un effet de dia­pos­i­tives, Brève his­toire de l’art en son­nets choisit de con­vo­quer des noms d’artistes davan­tage que des courants, des mou­ve­ments, des ten­dances. S’ouvrant sur le fameux duel entre les pein­tres grecs Zeux­is et Par­rha­sios, le recueil abor­de les muta­tions du regard, la ques­tion de l’imitation du réel, de la mimè­sis, les bougés dans l’expérience per­cep­tive, les con­textes socio-his­toriques, économiques, géo­graphiques de la pro­duc­tion d’images. Sous-ten­du par l’érudition, porté par un par­ti-pris résol­u­ment sub­jec­tif, l’ouvrage dresse en creux les moments, les tour­nants, les aven­tures, les motifs, la gram­maire des formes qui scan­dent l’histoire des arts plas­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Logoclastie et biogenèse

Yves NAMUR, O, l’œuf, pré­face de Fran­cis Éde­line, La Let­tre volée, 2022, coll. « Poiesis », 2023, 143 p., 20 €, ISBN 978–2‑87317–605‑1

namur o l'oeufAprès une pre­mière péri­ode de pub­li­ca­tion (1974–1978) suiv­ie d’un silence de six ans, Yves Namur fait paraitre deux recueils qui annon­cent une poé­tique moins trans­gres­sive quant à la forme lin­guis­tique. Or, au même moment, l’a­cadémie gas­tronomique dont il est mem­bre lui pro­pose d’écrire à pro­pos de l’œuf, défi que le poète relève dans un style proche des expéri­ences let­tristes ou spa­tial­istes. Le man­u­scrit n’est pas pub­lié, hormis deux ou trois textes en revue : l’au­teur pense qu’il est trop mar­gin­al, qu’il n’in­téresserait per­son­ne. Il envis­age même de s’en débar­rass­er, ou encore de le pub­li­er sous pseu­do­nyme… En 2019 pour­tant, il le soumet à Fran­cis Éde­line, spé­cial­iste de la “poésie con­crète”, qui s’en­t­hou­si­asme et rédi­ge une pré­face de haute volée. Ce déclic est cor­roboré par Véronique Bergen puis Pierre-Yves Soucy : le livre parait début 2023, don­nant un con­tre­poids inat­ten­du à la poésie “pen­sante” que pra­tique Y. Namur depuis une bonne trentaine d’an­nées. Con­tin­uer la lec­ture

Vide papier

Lau­rence SKIVÉE, Le laveur de vit­re, Let­tre volée, 2022, 192 p., 21 €, ISBN : 9782873176044

skivee le laveur de vitresDans Le laveur de vit­res, bref réc­it pub­lié aux édi­tions de La let­tre volée, Lau­rence Skivée décrit à grand ren­fort de silences et de blancs sur la page une expéri­ence du deuil et du dire, le texte ne dévoilant ses vérités qu’au tra­vers de l’idylle muette et pla­tonique entre la nar­ra­trice et un jeune laveur de vit­res.

À l’âge de quar­ante ans, la nar­ra­trice, artiste con­fi­den­tielle et mani­aque par édu­ca­tion, se livre à la lenteur et à la paresse. Pour l’y aider, elle choisit de recourir aux ser­vices d’un jeune laveur de vit­res. Quoiqu’ignorant tout de lui, jusqu’à son prénom, elle s’en éprend sage­ment, prudem­ment, à dis­tance : Con­tin­uer la lec­ture

Outre

Jean-Marie CORBUSIER, Comme une neige d’avril, Let­tre volée, 2022, 112 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–586‑3

corbusier comme une neige d'avrilVoyageur aux pris­es avec un univers de mots, Jean-Marie Cor­busier pour­suit dans son nou­veau recueil pub­lié à La Let­tre volée – Comme une neige d’avril – sa recherche de la poésie. Explo­rateur, télé­graphe, le poète prend note de ce qu’il perçoit – spoil­er alert – : de la neige, tou­jours plus de neige, de la neige sur de la neige. Le blanc, que ce soit celui de la neige ou du papi­er, occupe, par con­séquent, une place prépondérante dans ce dernier recueil.

Cette com­para­i­son pour titre dit bien l’état de pré­car­ité de l’univers dans lequel évolue le poète. Cet univers se car­ac­térise par une absence de repères effi­caces. Pire, les règles qui le régis­sent ne sem­blent pas fixées une fois pour toutes. Le sol se dérobe sous les pas du poète qui ne sait nom­mer pré­cisé­ment ce qui l’entoure (« Ici amas se dit con­gère / ailleurs/banc de neige / là-bas qui revient » ; « l’aube / qui a changé de nom / le doute encore »). Aus­si, le poème « comme une neige d’avril » est-il l’image qui cache l’univers du dire impos­si­ble. Con­tin­uer la lec­ture

Du geste graphique et poétique

Un coup de cœur du Car­net

Pierre-Yves SOUCY et Olivi­er SCHEFER, Ver­tiges de la main, Let­tre volée, 2022, 80 p., 18 €, ISBN : 9782873175641

soucy schefer vertiges de la main« Que fait un poète lorsqu’il des­sine ? ». Par sa ques­tion inau­gu­rale, Olivi­er Schefer inter­roge avec brio les créa­tions graphiques de Pierre-Yves Soucy en les con­frontant aux créa­tions poé­tiques. Dans les dessins au fusain, dans le dynamisme des traits, les frot­tages, les pré­cip­ités de strates, notre œil perçoit une poé­tique des traces, des empreintes et des échos. En poésie et dans les arts plas­tiques, graphiques, Pierre-Yves Soucy se livre à une explo­ration des inter­stices. Creu­sant, lais­sant affleur­er les signes, les formes, à tout le moins leur ébauche, il tra­vaille sur l’inchoatif et l’estompement, dans le respect des matières (matière des mots, matière du vis­i­ble, des traits) qu’il approche, que la main et que l’œil écoutent. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de la fugue

Alfre­do DIAZ PEREZ, Un fugueur pré­coce, Let­tre volée, 2021, 62 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87317–583‑2
Alfre­do DIAZ PEREZ, Le sexe du par­adis, Let­tre volée, 2021, 90 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87317–584‑9

diaz perez le fugueur precoceLa let­tre volée pub­lie simul­tané­ment deux livres d’Alfre­do Diaz Perez, un court roman et un recueil de six nou­velles, réu­nis­sant sept réc­its attachants autant que déroutants.

Le nar­ra­teur du roman Un fugueur pré­coce parvient à recon­stituer des sou­venirs remon­tant à sa pre­mière « éva­sion » : la nais­sance et l’expulsion du corps de sa mère, une mère qu’il passera les pre­mières années de sa vie à fuir. Avant même de marcher, le petit Witold fuguait ! Mêlant fan­tasme et obses­sion de la fuite, le nar­ra­teur se sou­vient des fugues qu’il fit accroché à une « planche de salut » dont une des pre­mière ten­ta­tives le mena jusqu’à la gare des marchan­dis­es de Molen­beek-Saint-Jean. Il avait quelques mois… On devine à lire cet épisode que le réal­isme mag­ique n’est pas loin. Les per­son­nages, les lieux, les atmo­sphères et les sit­u­a­tions de ces deux livres ont une intense puis­sance d’évocation visuelle. On voit lit­térale­ment, même si la sit­u­a­tion est de l’ordre de la mémoire imag­i­naire et du men­tal, le bam­bin face à la porte fer­mée qu’il rêve de franchir coûte que coûte. « Dans ma tête, j’étais un évadé », com­mente le nar­ra­teur en se sou­venant des ces moments dont on décou­vre qu’ils ont été racon­tés au bébé par sa mère : « Elle fai­sait de moi le déposi­taire de ses secrets et de sa mémoire ». Con­tin­uer la lec­ture

Res et Verba

Pas­cal DURAND, La leçon des choses. Tech­niques imag­i­naires de Daniel Defoe à Georges Simenon, Let­tre volée, coll. « Essais », 2021, 210 p., 23 , ISBN : 9782873175795

durand la lecon des chosesL’expression « leçon de chose » appa­raît dans le vocab­u­laire péd­a­gogique des dernières décen­nies du 19e siè­cle. Basée sur l’intuition, cette méth­ode met l’élève en con­tact avec un objet con­cret afin de mobilis­er autant son intel­lect que ses sens ; elle met en con­nex­ion étroite les fac­ultés de penser et de class­er qu’étudiera plus tard Fou­cault… Elle fera florès auprès des insti­tu­teurs de la République, tou­jours friands d’innovations pour par­faire l’art de trans­met­tre. Con­tin­uer la lec­ture