Anne HERBAUTS, Matin Minet – Grandeur nature, École des Loisirs, coll. « Pastel », 2024, 48 p., 15 €, ISBN : 9782211338165
Anne Herbauts refuse de dissocier le processus d’illustration de celui de l’écriture, comme elle le formule ailleurs : « J’écris avec le texte et l’image, ou plutôt j’écris entre le texte et l’image. » Ses livres se construisent donc dans un même mouvement. Cette « fusion » des matériaux se perçoit notamment dans un dessin qui ne représente pas mais raconte, ou encore dans des mots qui se déplacent sur la page sans se cantonner à une place-miroir. Outre cet aspect graphico-textuel dynamique, l’univers d’Herbauts est traversé par de nombreuses lignes de cohérence, entre autres son amour de la nature (qu’elle met obstinément en valeur par diverses techniques mêlant transparence des délavés et coups de crayons affirmés), son intérêt pour les petites choses du quotidien, son questionnement sur l’insaisissabilité (du temps, de la beauté, de la lumière, etc.) et son talent pour la création de personnages drôlement attachants. Continuer la lecture

Aya le tigre accompagne Mamie au supermarché. Entre la liste des achats (tous les rêves sont permis !), le caddie (faire la course dedans ou pas ?), les bonbons (en avoir ou pas ?), la rencontre avec la voisine (et son caniche blanc, Tofu), la traversée du passage piéton (attendre le feu vert ou pas ?), le goûter des mamies (et Mong, le chien de madame Moka) et les mots croisés dans le canapé (félin en cinq lettres ?), cela en fait, des aventures ! Mamie Manga, le nouveau livre d’aNNe herbauts, alterne entre deux types de narration. L’une, celle de la mamie, est classique : un texte écrit sur la page de gauche, une illustration sur celle de droite. L’autre, celle du tigre, reprend les codes du manga : découpage en cases, dynamisme du dessin, action, grands yeux, onomatopées… Le rythme alterne, lui aussi : calme et posé pour les parties « mamie », endiablé pour les parties « tigrées ». 
Il faut croire en ses rêves, ne pas lâcher, se donner la chance d’aller plus loin, c’est le message que nous livre le duo tout en douceur et finesse que forment Carl Norac et Stéphane Poulin. L’auteur et l’illustrateur nous plongent au cœur de New York, Central Park et nous partagent tout ce que les États-Unis peuvent avoir de pire et… de meilleur.
Millie n’a qu’une phrase en bouche : « Est-ce que je pourrais avoir un chien ? ». Jour après jour, elle pose inlassablement la même question. Peu lui importe quelle sorte de chien, grand, comique ou à poils longs, l’essentiel est qu’elle en ait un ! Tout aussi inlassablement, sa mère lui répond non, jour après jour, en la trainant à l’école comme un toutou. Il faut dire que Millie y va avec les pieds de plomb, à cette école nommée « Les Trois Couronnes », établissement select dans lequel la petite ne semble pas trouver sa place. Pas étonnant, puisque toutes ses petites camarades font partie du Club des dogs. Et bien entendu, pour en faire partie, il faut avoir… un chien.
Elle est craquante, Tetti. Ses yeux mangent son visage, et son regard éclate d’expressivité. La peur, la timidité, la curiosité, l’amusement, la fatigue, l’inquiétude… les émotions et les sensations se dessinent en complète transparence sur son joli minois. Quant à son corps gracile, il se recroqueville et se détend en un instant, tout de vert recouvert ! C’est que Tetti est une charmante sauterelle dont « la vie ne dure qu’un été. Jeune, elle est déjà vieille ». Sa brève existence se déroule en Provence où, quand elle ne fuit pas les enfants (dont le sombre dessein est de l’accrocher à un fil de pêche pour appâter des victimes à écailles), « [s]ans cesse, elle s’élan[ce] vers la lumière ».