Archives par étiquette : animal

L’urgence est aussi littéraire

Un coup de cœur du Carnet

Caroline LAMARCHENous sommes à la lisière, Gallimard, 2019, 165 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782072819292

Nous sommes à la lisière : superbe titre pour un recueil de nouvelles qui ne l’est pas moins. Caroline Lamarche s’était déjà, dès ses débuts, révélée comme une auteure exigeante en matière de littérature et d’écriture peaufinée. Le recueil de nouvelles, Le jour du chien, publié aux éditions de Minuit en 1996, lui valut d’emblée le prix Rossel. À la suite d’un chien en errance, elle traçait le portrait d’humanités au bord de gouffres.

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Robert Goffin, écrivain sous roche

Robert GOFFIN, Le roman des anguilles, préface d’Arnaud de la Croix, Samsa / ARLLFB, 2018, 160 p., 18 €, ISBN :  978-2-87593-151-1

Robert Goffin, Le roman des anguillesS’il est une personnalité attachante dont il s’agit de redécouvrir sans tarder l’œuvre polymorphe, c’est bien celle de Robert Goffin (1898-1984).

Les rares à connaître son nom citeront sans hésiter ses nombreuses contributions à la découverte du jazz. Ainsi l’un de ses tout premiers recueils de poésie, en 1922, s’intitulera Jazz-band et lui vaudra l’honneur d’être préfacé par Jules Romains. Mais il a également rehaussé l’historiographie de ce courant musical avec Aux frontières du jazz (présenté par Mac-Orlan cette fois), son incontournable Histoire du jazz, parue initialement à Montréal en 1946 et enrichie deux ans plus tard pour s’étendre du Congo au Bebop, un essai plus recherché encore sur La Nouvelle-Orléans ou une monographie sur Louis Armstrong parue chez Seghers en 1947… Continuer la lecture

Humaniser l’animal pour réhumaniser l’homme ?

Tous Dingo ? Une politique de l’animal naturaliste, Neuf études réunies et présentées par Paul ARON et Clara SADOUN-ÉDOUARD, Éditions Samsa / CIEL – ULB – ULg / Société Octave Mirbeau, 2018, 160 p., 19 €, ISBN :  978-2-87593-179-5

aron sadoun edouard tous dingoDepuis le milieu des années 1990, l’antispécisme s’est imposé comme un courant de pensée important en Occident. Cette vision du monde consiste à refuser l’idée qu’une soi-disant « espèce humaine » puisse se revendiquer différente, notamment sur le plan moral, d’une soi-disant « espèce animale », et se prétendre supérieure au point de s’arroger le droit d’exploiter la seconde. Les antispécistes assimilent l’humain à un « animal comme les autres », rejettent la distinction nature-culture, et se conforment à un mode de vie en adéquation avec leur éthique – dont l’indice le plus évident est l’adoption d’un strict régime végane – par respect envers ces frères inférieurs, utilisés comme matériau d’expérimentation en laboratoire, indûment instrumentalisés au gré de nos humeurs, victimes enfin d’un massacre organisé à dimension industrielle avant conditionnement et consommation. Continuer la lecture

Les chats savent toujours

Caroline ALEXANDER, Une vie en miniature, M.E.O., 2018, 108 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978-2-8070-0156-5

alexander_une vie en miniature« Quoi ? Moi, l’agnostique, la logique, la sensée, la raisonnable, la raisonneuse, je deviendrais l’espace de quelques heures une Alice qui, au lieu de traverser les miroirs, passerait, qui sait, par des trous de serrure ? »

La narratrice d’Une vie en miniature s’éberlue de sa soudaine capacité à rapetisser. Pas plus grande qu’un doigt, elle se déplace en se mêlant au pelage blanc de Jupiter aux yeux jaunes, la menant entre draps dans la chambre et lit d’herbes au jardin. Il est son chat protecteur qui lui permet de vivre l’impossible. N’a-t-on pas tous rêvé d’être une petite souris pour voir sans être vu ? Notamment l’être aimé ? Continuer la lecture

L’école buissonnière

Un coup de cœur du Carnet

Christine VAN ACKER, La Bête a bon dos, José Corti, coll. « Biophilia », 2018, 190 p., 18 €, ISBN : 978-2-7143-1203-7

van acker la bete a bon dosÀ la fois atypique et militante inconditionnelle du parti de la vie dans tous ses états, Christine Van Acker use de nombreux registres pour assumer sa créativité et servir sa vision du monde. À partir d’un amour aussi tenace que trop souvent déçu pour son espèce, ses gammes vont de l’humour et de l’autodérision à l’ironie positive, à la parabole futée et jusqu’au surréalisme d’une éclairante excentricité. Avec La Bête a bon dos, l’exploration de l’univers animal la met en vacances de l’humain – enfin, presque… Avec pour carburant la vertu cardinale des vrais découvreurs : le perpétuel étonnement. Mais, est-ce pour nous effrayer qu’elle mobilise presque d’entrée de jeu le microscope et le jargon savant du bio-généticien pour évoquer la résistance du « royaume du vivant » face à « l’empire de l’inanimé » ? «  L’eucaryote ne comprendra jamais comment un procaryote, tout à la joie de laisser son ADN barboter nu comme un ver, accompagné de nombreux ribosomes dans un bain cytoplasmique partagé, arrive à survivre sans la protection des parois du Noyau. »   Encore faut-il préciser que « Le domaine des eucaryotes (…) regroupe tous les organismes unicellulaires ou pluricellulaires qui se caractérisent généralement par la présence d’un noyau et de mitochondries dans leurs cellules ». Continuer la lecture

Le jardin extraordinaire

Leonor PALMEIRA, Camille PIER, La Nature contre-nature (tout contre), L’arbre de Diane Editions, coll. « La tortue de Zénon », 2016, 80 p., 12 €

palmeiraIl s’en passe des choses dans la nature. Des choses que l’on n’imagine pas, que l’on ne veut pas voir, ou que l’on nous cache parce qu’elles rendraient chèvre l’ordre établi. Celui, par exemple, de la différence entre les hommes et les femmes, cette fameuse différenciation sexuelle qui serait le dernier rempart contre la confusion identitaire, l’ultime argument pour défendre la famille traditionnelle. Que n’a-t-il pas fallu entendre, en France, au moment des débats pour le mariage pour tous – et toutes ! Quelles couleuvres n’a-t-il pas fallu avaler ! Même si, au fond, on peut être d’accord avec Juliette Gréco quand elle chante « La nature complique jamais inutilement / Y’a que les hommes pour s’épouser ». Mais la nature est plus égalitaire que la société humaine ; dans le règne animal c’est : le non-mariage pour toutes et tous. Continuer la lecture

Humains de compagnie

Audrey CHÈVREFEUILLE

gerardIls s’appellent Osbert, Smiley, Minou, Ducker ou Ursus. Chien, chat, moineau, ours en peluche : ils vivent tous auprès de nous, humains de compagnie. Nous les imaginons dépendants de nous, dénués de pensée, passifs, ces animaux de compagnie. Et si la réalité était tout autre ? Continuer la lecture