Un coup de cœur du Carnet
Carmela CHERGUI, L’homme est une fiction, Tusitala, 2025, 128 p., 9,90 €, ISBN : 979–10-92159–39‑4
Étienne Mériaux. Ce nom aujourd’hui dit-il encore quelque chose à quelqu’un ? Dessinateur ? Artiste ? Auteur ? Metteur en scène ? Sculpteur ? Danseur ? Tirez donc la bonne carte… Il figure quasi incognito au catalogue des auteurs Gallimard, sous une mention lapidaire : a publié Étrange Apocalypse – un album plutôt punk de bande dessinée – en 1983 chez Futuropolis (la maison d’Étienne Robial et Florence Cestac, rachetée depuis). L’eau a coulé sous les ponts, les livres avec, il n’y a aucune information, et l’ouvrage est évidemment indisponible. Si l’on en croit l’une ou l’autre rubrique théâtre, Mériaux fut salué dans Le Monde en 1986 comme « un jeune homme de talent » (il a vingt-cinq ans). Mériaux est encore auteur et acteur en 1990 dans une production du Nouveau Théâtre de Belgique, chez Henri Ronse à Bruxelles, après la Bastille à Paris. Le cinéma Nova, toujours chez nous, a présenté en 2004, aux ateliers Mommen (où Mériaux vécut) une projection d’une performance, sa dernière, filmée en Bretagne, où il s’était reclus, atteint de schizophrénie : Mériaux meurt en 2001, il avait à peine 40 ans. Continuer la lecture
Inventant des agencements esthético-politiques qui font voler en éclats la littérature en batterie, bouturant le texte et l’image jusqu’à produire une économie du signe qui excède le plan de l’économie, Manuel de civilité biohardcore libère une anti-pédagogie de l’ensauvagement qui plante des fleurs, des champs d’orties sur le chaos. Co-édité par l’éditeur FRMK (dont nous saluons encore une fois
Comme ils s’aimaient ces deux-là ! Tel qu’on s’aime dans les légendes et parfois dans la vraie vie : dans le bonheur, l’adversité et jusqu’à ce que mort s’ensuive. On aurait tant voulu que la folie et la haine des hommes et des femmes n’entraînent pas leur mise à terre et à mort. Mais Georges Eekhoud (1854–1927), ce brillant écrivain flamand de langue française, n’a pas transigé avec son projet romanesque, poétique et politique, n’a pas tourné en bluette la lutte contre les préjugés sectaires qu’il a entamée après le procès d’Oscar Wilde. À son époque (et encore aujourd’hui dans certains pays, et parfois (près de) chez nous) on pouvait se retrouver en geôle ou lynché par des hordes en furie quand on vivait hors la loi sexuelle commune. Aussi Escal-Vigor ne pouvait finir moins tragiquement. Dans ce roman, plus que deux hommes, c’est l’amour et l’humanité qu’on assassine. La violence de la scène finale n’a d’égal que le sublime de l’écriture pour la raconter.