Archives de catégorie : Rentrée 2020

Le plaisir (de fabriquer) des images

Pierre STIVAL, Une car­a­vane attachée à une Ford Taunus, roman à haut poten­tiel poé­tique, Cac­tus inébran­lable, coll. « Cac­tus poche », 2020, 102 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–016‑6

stival une caravane attachée a une ford taunusAvec Une car­a­vane attachée à une Ford Taunus, l’auteur tour­naisien Pierre Sti­val signe un pre­mier roman.
Roman ?
Oui.
Hybride, certes, comme l’indique le sous-titre roman à haut poten­tiel poé­tique, mais roman tout de même.
Les édi­tions du Cac­tus inébran­lable (l’éditeur qui grat­te et qui pique, comme elles le rap­pel­lent sur leur site) ont pour ligne édi­to­ri­ale le texte court, la nano-fic­tion, le frag­ment. Le sous-titre roman à haut poten­tiel poé­tique vient rap­pel­er ce ton/cette brièveté, des fois que le lecteur oublierait qu’il va plonger dans un inclass­able. Un objet lit­téraire non iden­ti­fié tout à la fois roman poé­tique et long poème en prose. Con­tin­uer la lec­ture

Voyage en Bergenie

Véronique BERGEN, Bel­giques, Ker, coll. “Bel­giques”, 2020, 100 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–279‑2

Véronique Bergen Belgiques Ker« Bel­giques », l’excellente col­lec­tion de recueils de nou­velles des édi­tions Ker, s’enrichit cet automne de trois nou­veaux vol­umes. Véronique Bergen signe l’un d’eux. 

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La Belgique est une autre

Michel TORREKENS, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 131 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–277‑8

michel torrekens belgiquesDans leur col­lec­tion « Bel­giques », les édi­tions Ker offrent aux auteurs la pos­si­bil­ité de com­pos­er « un por­trait en mosaïque » de la Bel­gique. Celle de Michel Tor­rekens se com­pose de quinze nou­velles qui révè­lent peut-être avant tout sa prédilec­tion pour des lieux qu’il aime et qu’il décrit avec plaisir, racon­tant son attache­ment à un ter­ri­toire. Mais Bel­giques témoigne aus­si de beau­coup d’interrogations et d’inquiétudes, avec de rares fois une pointe de dés­abuse­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Sauver les petits corps chauds emplis de promesses

Un coup de cœur du Car­net

Alia CARDYN, Made­moi­selle Papil­lon, Robert Laf­font, 2020, 267 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2221249352

alia cardyn mademoiselle papillonGabrielle est une infir­mière de 30 ans qui tra­vaille au ser­vice de néona­t­a­lo­gie inten­sive d’un hôpi­tal. Son quo­ti­di­en est ryth­mé par les actes tech­niques et le fonc­tion­nement des machines qui ont pris le dessus sur l’humain pour décider du sort des bébés. Com­posant chaque jour avec la lim­ite entre la vie et la mort, elle fait de son mieux dans cet univers où l’incertitude domine, où le temps est une obses­sion, où rien n’est acquis, où chaque vic­toire, si infime soit-elle, est le résul­tat d’une lutte de chaque instant. Con­tin­uer la lec­ture

Les mains à la fête

Raoul VANEIGEM, La lib­erté enfin s’éveille au souf­fle de la vie, Cherche Midi, 2020, 159 p., 10.90 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 9782749165981

raoul vaneigem la liberté enfin s'éveille au souffle de la vieIl faut saluer la fidél­ité opiniâtre de Raoul Vaneigem qui, depuis les années soix­ante, ne cesse de martel­er l’inéluctable éman­ci­pa­tion grâce à l’ « insur­rec­tion paci­fique » ! De ce lien indé­fectible, il scrute les traces d’un Mai 68 jamais achevé, tou­jours en devenir comme le « devenir humain » lui-même, dont il voit la dernière man­i­fes­ta­tion dans le mou­ve­ment des Gilets jaunes, voire même en tra­vers de « l’autodéfense san­i­taire » face au Covid. En tout cas, du clas­sique Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes généra­tions à l’actuel La lib­erté enfin s’éveille au souf­fle de la vie, aucun de ses écrits ne mon­tre le moin­dre relâche­ment de sa vig­i­lance face au pou­voir hiérar­chique et religieux, patri­ar­cal et marc­hand ain­si qu’à l’individu gré­gaire qu’il pro­duit. Et aucun ne manque d’exalter  « l’expérience du vivre-ensem­ble et de la jouis­sance créa­trice » dans une « société où s’harmoniserait la diver­sité des désirs ». Con­tin­uer la lec­ture

L’arche des livres

Un coup de cœur du Car­net

Jean JAUNIAUX, L’ivresse des livres, Pré­face de Jacques De Deck­er, Zel­lige, coll. “Vents du Nord”, 2020, 160 p., 16 €, ISBN : 978–2‑9147–7394‑2

jauniaux l'ivresse des livresPar­ler du livre aujour­d’hui sem­ble  un pas­sage obligé pour celles et ceux qui en ont été nour­ris à l’âge des grandes con­struc­tions, cela revient sou­vent à évo­quer une bio­di­ver­sité de l’e­sprit qui se traduit sou­vent en ter­mes d’ « ensauvage­ment »… Cet acte de lire si sim­ple apparem­ment mais si éminem­ment com­plexe et périlleux serait de l’or­dre de la fureur (nous y sommes actuelle­ment en Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles), du plaisir per­ma­nent, du jouir à pleines pages. Con­tin­uer la lec­ture

Tueurs d’espoirs

André-Joseph DUBOIS, Le sep­tième cer­cle, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 508 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑874896–10‑1

andré-joseph dubois le septieme cercleAndré-Joseph Dubois est décidé­ment un auteur sin­guli­er. Loin des effets de mode, il pra­tique l’écriture au long cours et il accoste de temps à autre un roman à la main, sans tam­bour ni trompettes. Son nou­v­el opus est dou­ble­ment placé sous le signe du chiffre sept, par son titre et son ordre dans son œuvre pub­liée. Le sep­tième cer­cle fait sans doute référence, sans que l’auteur y fasse explicite­ment allu­sion, à l’Enfer de Dante Alighieri, qui clas­si­fie les âmes damnées en neuf zones cir­cu­laires selon la caté­gorie de péché com­mis. La sep­tième con­cerne plus pré­cisé­ment les actes de vio­lence, une réal­ité qui imprègne sans aucun doute l’existence entière de Léon Bour­doux­he dont ce dernier nous livre le réc­it dans l’ordre chronologique. Con­tin­uer la lec­ture

Bonjour Lahaut

Jules PIRLOT, Julien Lahaut vivant, Cerisi­er, 2020, 200 p., 14€, ISBN : 978–2872672233

pirlot julien lahaut vivantIl serait malaisé de don­ner tort à Jules Pir­lot quand, en incip­it de son essai, il affirme : « Julien Lahaut est surtout con­nu par sa mort ». Sans doute faudrait-il ajouter « et par le mys­tère qui l’a longtemps entourée ». Sur ce point, l’étude Qui a tué Julien Lahaut ? pub­liée par la CEGESOMA en 2015 offrait des éclairages défini­tifs. Cela ne con­stitue pas pour autant une rai­son suff­isante pour archiv­er défini­tive­ment le dossier – ce qui reviendrait à enter­rer une deux­ième fois son sujet. Con­tin­uer la lec­ture

Un tonnerre d’encre…

Un coup de cœur du Car­net

Yvon VANDYCKE, Anam­nèse !, pré­face de Philippe Mathy, post­face de Luci­enne Strivay. Tail­lis Pré, coll. « Ha ! », 2020, 191 p., ISBN : 978–2‑87450–166‑1

« L’art n’est pas une fenêtre en trompe‑l’œil ouverte sur les par­adis per­dus ou à venir. L’art n’a pas de dra­peau ni d’église, il n’est ni d’en haut ni d’en bas, ni de gauche ni de droite, et il n’a pas de juste milieu. L’art n’est pas une frian­dise, mais une médi­ta­tion sur la vie. Une médi­ta­tion joyeuse ou pathé­tique, ludique, lyrique ou dro­la­tique. L’art est dif­fi­cile, insoumis », écrit ce poète peu con­nu. La réédi­tion d’Anam­nèse et de deux recueils écrits entre 1960 et 1963, aujourd’hui introu­vables : Dire pagaille et L’oplomachin, est par­ti­c­ulière­ment bien­v­enue. Un cahi­er de doc­u­ments pic­turaux fig­ure aus­si dans cette édi­tion. Si Vandy­cke est ignoré en tant que poète, il n’est pas incon­nu comme pein­tre et dessi­na­teur. Line Hubert lui avait en effet con­sacré une mono­gra­phie : Rien qu’un peu de pein­ture véri­ta­ble et véridique (Édi­tions Arts et Voy­ages, 1977). Con­tin­uer la lec­ture

Replier le temps

Vin­cent MARGANNE, Muzun­gu !, Lans­man et Rideau de Brux­elles, 2020, 48 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0292‑7

Vincent MArganne Muzungu!Un Muzun­gu, un homme blanc d’Afrique, racon­te son his­toire. Celle d’un petit garçon né au Burun­di en 1965 et rap­a­trié en Bel­gique en 1972. Celle d’un adulte d’une cinquan­taine d’années qui, après avoir retrou­vé, dans la cave de ses par­ents, douze bobines de films d’archives famil­iales, regarde le passé et con­tem­ple ses racines. 990 mètres de bobines qui vont de 1963 à 1975, filmées en grande par­tie par son père et soigneuse­ment con­servées au plus pro­fond du ven­tre de la mai­son famil­iale pen­dant de nom­breuses années. Con­tin­uer la lec­ture

La sélection du Médicis Essai

benoit peeters sandor ferenczi l'enfant terrible de la psychanalyse flammarionEn même temps que sa deux­ième sélec­tion dans les caté­gories roman et roman étranger, le jury du prix Médi­cis a livre sa pre­mière liste dans la caté­gorie Essai.  Con­tin­uer la lec­ture

Un joyau nécessaire au creux des mains

Vic­toire de CHANGY, La paume plus grande que toi, Arbre de Diane, 2020, 121 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–17‑4

Nour a dix mille vis­ages
et change à chaque sec­onde
ses cils
ses jambes s’allongent déjà
et le temps de détourn­er les yeux de lui
pour retrou­ver l’ancien Nour
sur les pho­togra­phies
le temps d’y revenir
Nour
est
à nou­veau
nou­veau

Dans ce pre­mier vol­ume d’une trilo­gie annon­cée, le temps s’immobilise, reprend, ralen­tit, redé­marre, nous offrant des épisodes con­tem­plat­ifs dans lesquels, par petites touch­es, Vic­toire de Changy illus­tre, avec douceur, sa mater­nité. Elle nous plonge dans l’avant et l’après nais­sance de Nour, son fils, et nous per­met de suiv­re cet enfan­te­ment, de le vivre, avec elle, en elle, intime­ment et inten­sé­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Neutre, ou un « soleil sans ombre »

Jean-Marie CORBUSIER, De but en blanc, fron­tispice de Dominique Neu­forge, Tail­lis Pré, 2020, 124 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–169‑2

« Alors dans un fris­son, s’ouvre l’espace der­rière nous, seule con­fi­dence pos­si­ble. »

De but en blanc, le dernier opus en date de Jean-Marie Cor­busier, pub­lié au Tail­lis Pré, laisse entrevoir un grand lecteur de la poésie d’André du Bouchet. De fait, celui-ci est explicite­ment cité à la page 78 du recueil, après Philippe Jac­cot­tet et Yves Bon­nefoy dans les pages précé­dentes. Sans doute issue de cette con­stel­la­tion poé­tique (rap­pelons que la revue L’éphémère a notam­ment lié Yves Bon­nefoy et André du Bouchet à la fin des années 1960), la voix de Jean-Marie Cor­busier se dis­tingue toute­fois par une poé­tique de la neu­tral­ité, très sen­si­ble. Entre l’aube et l’ombre, la parole de Cor­busier tente de capter et de for­muler les éclair­cies : celles-ci sem­blent éman­er d’un « feu pâle sa flamme trem­blée ». Con­tin­uer la lec­ture

Réinventer une compatibilité de l’humain avec la biosphère

Un coup de cœur du Car­net

Gau­thi­er CHAPELLE, avec la par­tic­i­pa­tion de Michèle DECOUST, Le vivant comme mod­èle. Pour un bio­mimétisme rad­i­cal, Pré­faces de Nico­las Hulot et de Jean-Marie Pelt, Dessins de Luc Schuiten, Albin Michel, Espaces libres Poche, 2020, 432 p., 11 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 9782226320186

le vivant comme modèle de gauthier chapelle livre de pocheD’une prodigieuse richesse con­ceptuelle, bouil­lon­nant d’innovations pra­tiques, Le vivant comme mod­èle. Pour un bio­mimétisme rad­i­cal nous délivre des schèmes de penser, de sen­tir nous don­nant la pos­si­bil­ité de nouer une nou­velle alliance avec les formes du vivant. Ingénieur agronome, biol­o­giste, con­cep­teur de la col­lap­solo­gie avec Raphaël Stevens et Pablo Servi­gne, ancien élève de Janine Benyus qui a dévelop­pé la théorie du bio­mimétisme, Gau­thi­er Chapelle déplie toutes les ver­tus du bio­mimétisme, à savoir l’ensemble des proces­sus d’innovation (économiques, tech­nologiques..) que les humains peu­vent met­tre en place en suiv­ant une idée-clé : ces inno­va­tions et ces straté­gies à faible impact envi­ron­nemen­tal doivent être inspirées par le mod­èle du vivant, par les phénomènes que la nature, les organ­ismes ont expéri­men­tés depuis des mil­liards d’années. Con­tin­uer la lec­ture

Le visage changeant des émotions

Jean-Philippe TOUSSAINT, Les émo­tions, Minu­it, 2020, 238 p., 18,50 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑7073–4643‑8

jean-philippe toussaint les émotionsSi l’on s’en tient aux fon­da­men­tales et pri­maires, telles que réper­toriées par de nom­breuses études sci­en­tifiques à la suite du psy­cho­logue améri­cain Paul Ekman, les émo­tions seraient au départ, chez tout indi­vidu mas­culin et féminin, et quelle que soit sa cul­ture, au nom­bre de six. Six émo­tions qui vont de la plus pos­i­tive, la joie, à la plus néga­tive, le dégoût, et qua­tre autres qui ten­dent sou­vent vers la néga­tiv­ité : la peur, la sur­prise (quoiqu’il puisse y avoir de joyeuses sur­pris­es), la tristesse, la colère. Le dégoût reste la plus destruc­trice des émo­tions, et elle cumule mal­heureuse­ment d’autant plus de phas­es inten­sives et gradu­elles lorsqu’elle advient par sur­prise, sous l’emprise de la peur et de la tristesse. Con­tin­uer la lec­ture

Du côté de saint Jordi

COLLECTIF, Du côté des librairies, Mur­mure des soirs, 2020, 188 p., 13 €, ISBN : 978–2‑930657–62‑2

du côté des librairies murmure des soirsDans Éloge de l’amitié, Tahar Ben Jel­loun écrivait : « Le libraire est l’ami du livre ; pas de tous les livres, mais de ceux qu’il con­sid­ère assez pour les trans­met­tre aux lecteurs. » La librairie se révèle en effet ce lieu sin­guli­er de pas­sage, de partage, de mise en lumière, mais égale­ment de sélec­tion, de choix, de défense. En par­courant étagères et présen­toirs, le lecteur con­cen­tré devine l’orientation idéologique, l’impératif de qual­ité et par­fois l’intérêt par­ti­c­uli­er du per­son­nel qui la peu­ple. Car, oui, une librairie est peu­plée de livres qui bat­tent, cha­cun à sa pul­sa­tion, cha­cun à son tem­po, et appel­lent leur lecteur prédes­tiné. C’est du moins la con­vic­tion d’une étrange libraire, aux envoûte­ments bohémiens et à la bou­tique évanes­cente, lorsqu’elle affirme : « Promenez-vous libre­ment dans mon mag­a­sin, vous y trou­verez peut-être ce que vous cherchez. Regardez tout autour de vous, prenez-les en mains, feuil­letez-les, jusqu’à ce que vous tombiez sur celui qui vous dira : “Prends-moi, je t’attendais.” Car – savez-vous cela ? – ce sont les livres qui nous choi­sis­sent. Ils nous atten­dent patiem­ment, sur une étagère, et puis quand nous pas­sons à leur portée, ils nous appel­lent, et là… c’est inutile de vouloir résis­ter. » Con­tin­uer la lec­ture