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Hardcore, verbe, défoncés

Antoine BOUTE, Opérations biohardcores, Les petits matins, coll. « Les grands soirs », 2017, 144 p., 12 €, ISBN : 978-2-36383-238-2

boute operations biohardcores.pngTu as 39 ans. Tu es auteurperformer, tu aimes ça, les mots à balancer sur la surface des choses, et à la face des gens, depuis quelques mois sur Facebook tu annonces des performances d’un genre hardcore, mais bio, c’est-à-dire vivant, dans la forêt, dans les étangs, dans les terrains vagues où tu nous convies à divaguer, ça a l’air fun, on ne sait pas très bien ce qui va avoir lieu, tu sors un livre intitulé Opérations biohardcores, on le lit, sur la couverture il y a ton nom: Antoine Boute, ok Antoine, on te lit et puis on se met à écrire comme toi à la deuxième personne du singulier, parce qu’en fait ton bouquin c’est un truc de chaman qui fait que le rythme reste dans la tête qui fait qu’on est porté par lui, genre contaminé, comme si en fait on allait se couvrir de feuilles rouges et jaunes en début de putréfaction dans une position qui offre le plus de contact possible avec la terre, ce qui n’est pas le plus pratique pour écrire un article qui parle de ton livre mais qui a le mérite de coller au propos, la tête pleine de ton verbe on commence donc par dire que tu t’appelles Antoine Boute et que tu viens de publier aux Petits matins à Paris un objet singulier comme toi qui es un peu un ovni et en même temps un type qui écrit.


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Où l’on plonge avec délice dans un livre de grand sauvage

Un coup de coeur du Carnet

Antoine BOUTE, Inspectant, reculer, ONLIT, 2016, 272 p., 18 €, ePub : 8.99 €   ISBN : 978-2-87560-080-6

─ Ah Freddo ça va être démentiel notre mariage !
─ Putain de bordel de merde oui ma chérie (…) Se marier c’est punk, il nous faut un mariage punk ! Ça fait : on y croit, on croit en la société humaine, on croit en ses règles, ses us et coutumes, on fait semblant d’y croire, c’est rigolo (…) Le meilleur plan pour que ce soit destroy.

boutePour sûr : Inspectant, reculer est ce de genre de livres qui aura bien des détracteurs. C’est qu’Antoine Boute n’a jamais fait dans la dentelle pastel impressionniste. Son dernier opus en date ne déroge pas à la règle. Certains, certaines, pourraient voir dans l’usage « cool » et marrant d’un vocabulaire, disons, « choisi », voire « branchouille », une attitude un brin racoleuse. Les mêmes pourraient se dire que, décidément, les scènes provoc’, outrancièrement rigolotes et trash qui, comme d’hab, émaillent le récit du sieur Boute, dans le fond, ça n’est rien d’autre qu’une manière de poser. D’endosser les habits de « celui à qui on ne la fait pas », « celui qui écrit et qui aime ça parce que c’est rigolo d’écrire et d’inventer des blagues alors autant rire et faire rire plutôt que faire de cette affaire une chose sérieuse à tirer des tronches tristes jusque par terre ». Continuer la lecture

Joyeux chaos

Séverine RADOUX

boute_radouxLe récit s’ouvre sur un portrait laconique du héros. « Freddo est un drôle. Il élève des serpents dans sa cave, il marche courbé, il mange des orties. Ce type, quand on le voit, on se dit : ʺCelui-là, il doit sûrement lui arriver des aventures.ʺ Et c’est vrai. » D’entrée de jeu, le ton est donné. Notre héros se promène dans la forêt à côté de laquelle il habite avec son chien, Jean-Jacques, et cherche une idée de roman qui le rendra riche. Il veut écrire « une saloperie de polar complètement dégénéré […] pour sonder l’âme humaine, utiliser toutes les saloperies qui y traînent pour tout purger ». Continuer la lecture