Le Prix des lycéens de littérature pour Emmanuelle Pirotte

e pirotteLe Prix des lycéens de lit­téra­ture a été remis ce mer­cre­di 10 mai au Théâtre roy­al de Namur. Dans le cadre de ce prix organ­isé par la cel­lule Cul­ture-Enseigne­ment du Min­istère de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles, cinq romans d’au­teurs belges avaient été soumis aux lycéens par­tic­i­pants, qui ont aus­si eu l’oc­ca­sion de ren­con­tr­er les auteurs tout au long de l’an­née sco­laire. C’est Today we live, le pre­mier roman d’Em­manuelle Pirotte, qui rem­porte le Prix des lycéens. Mais les autres ouvrages en lice n’ont pas été oubliés par le jury, com­posé de 3.400 ado­les­cents. Avec les prix annex­es qu’il a remis, ce jury a saisi la spé­ci­ficité de cha­cun des romans qui lui ont été pro­posés.

À lire : notre critique de Today we live

Les différents prix annexes et les motivations du jury : 

Finis ter­ræ de Nathalie Stal­mans a obtenu le Prix Dia­mant du roman à mille facettes.

stalmansCe Prix sem­ble tail­lé sur mesure pour le roman de Nathalie Stal­mans, qui nous révèle tous les aspects de la vie brux­el­loise au 17e siè­cle en s’attachant aux des­tins mou­ve­men­tés d’une mai­son de la rue Neuve et de ses habi­tants. Les réc­its s’enchâssent et les per­son­nages hauts en couleurs se suc­cè­dent, si bien que peu à peu, à la manière d’une pierre pré­cieuse qui sem­ble banale avant d’avoir été tail­lée, la mai­son révèle ses secrets.

En nous plongeant aux sources de l’identité brux­el­loise, Nathalie Stal­mans mon­tre à quel point celle-ci s’est bâtie sur la diver­sité de ses habi­tants.
Aujourd’hui encore, c’est cette diver­sité qui fait notre richesse.

À lire : lancement du Prix des lycéens 2017

Explo­sion de par­tic­ules de Valen­tine de le Court reçoit le Prix « Et si c’était moi ? ».

de le courtQui n’a pas déjà rêvé d’assister à son pro­pre enter­re­ment ? On se laisse aller à imag­in­er qui sera présent, quels seront les vis­ages mar­qués par le cha­grin et ceux qui res­teront indif­férents… En nous instal­lant d’emblée “à la place du mort”, le roman de Valen­tine de le Court sus­cite l’identification du lecteur au per­son­nage de Juli­ette, jeune femme vic­time d’un per­vers nar­cis­sique.

Au fil des sou­venirs de celle qui n’est plus, le lecteur vit de l’intérieur la patiente entre­prise de destruc­tion de sa per­son­nal­ité. Et il ne peut s’empêcher de se deman­der com­ment il aurait réa­gi dans les mêmes cir­con­stances…

À lire : notre critique d'Explosion de particules

Et dans la jun­gle, Dieu dan­sait d’Alain Lalle­mand reçoit le Prix du voy­age à tra­vers les pages.

lallemandLe roman d’Alain Lalle­mand nous emmène dans un triple voy­age. D’abord physique, lorsque ses descrip­tions se font si réal­istes qu’elles immer­gent le lecteur dans le décor exo­tique d’une jun­gle lux­u­ri­ante. Cul­turel et his­torique ensuite, lorsqu’il remet en per­spec­tive les luttes armées qui déchirent la Colom­bie et la manière dont les civils, quoi qu’ils fassent, sont tou­jours pris entre deux feux. Quête ini­ti­a­tique et voy­age intérieur avant tout, car en même temps que Théo et Angela, nous réal­isons qu’il n’y a pas de guerre pro­pre et que les idéaux sont dan­gereux s’ils doivent men­er au crime.

À lire : notre critique de Et dans la jungle, Dieu dansait

Francesco Pit­tau obtient le Prix Tor­nade silen­cieuse pour Tête-Dure.

pittau_hammamiSous l’apparence dis­crète d’un enfant silen­cieux, Francesco Pit­tau révèle une vie intérieure pleine de chaos et d’ombres à l’affût. À la sur­face, rien ne transparaît de sa détresse muette. Jamais.

Tête-Dure nous remue les tripes.

Sans faire de bruit.

À lire : notre recension de Tête-Dure

Today we live obtient encore le Prix des per­son­nages qu’on n’oublie pas.

pirotte today we liveToday we live ne nous présente pas des héros, mais des êtres com­plex­es qui gar­dent leur part de mys­tère. Math­ias est une machine de guerre qui ne se laisse pas réduire au cliché du nazi fana­tique. Il est un mort debout, une âme per­due que le regard d’une fil­lette va ramen­er vers son human­ité. Renée est un petit ani­mal traqué, une enfant mûrie trop tôt, à la fois si frag­ile et si forte dans son incroy­able soif de vivre.
Dans leur nuit, ces deux-là devi­en­nent des lumières l’un pour l’autre. Et l’espoir qui émane de cette lueur nous a touchés au coeur.

À lire : Prix Edmée de la Rochefoucauld pour Today we live

Today we live reçoit enfin le Prix des délégués de classe.

Dans le con­texte rebat­tu du deux­ième con­flit mon­di­al, Emmanuelle Pirotte parvient à insuf­fler une dose de sur­prise qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière ligne. Autour de deux per­son­nages prin­ci­paux résol­u­ment hors-norme, le roman met en scène des gens ordi­naires que les cir­con­stances extra­or­di­naires poussent dans leurs retranche­ments. Ces êtres pris en otage par l’Histoire nous sem­blent fam­i­liers. Et dans le décor enneigé de nos Ardennes, leurs dia­logues en wal­lon accentuent encore cette sen­sa­tion de prox­im­ité.

Today we live évite tout manichéisme, pour nous mon­tr­er qu’en temps de guerre, cha­cun peut révéler le meilleur comme le pire de lui-même.

 

Pour en savoir plus :
Site inter­net du Prix des lycéens