Cent ans du surréalisme

De la cour des délices au jardin des miracles :
correspondances et dissonances

graverol la goutte d'eau

“La goutte d’eau”, de Jane Graverol, 1964

L’année 2024 est riche en com­mé­mora­tions de toutes sortes. Par­mi elles, James Ensor, André Fran­quin, Hen­ri Michaux, Mar­cel Broodthaers… Mais égale­ment la nais­sance à Paris en 1924 du mou­ve­ment sur­réal­iste autour d’André Bre­ton et, à Brux­elles, la créa­tion du groupe sur­réal­iste  Cor­re­spon­dance, réu­nis­sant Paul Nougé, Camille Goe­mans et Mar­cel Lecomte. 

En mémoire d’André Stas (1949–2023)

« Nous nous aidons à inven­ter sur
 le réel deux ou trois idées effi­caces. »
Paul Nougé, Cor­re­spon­dance, 1924 

Ce trio devait ain­si for­mer l’embryon du groupe sur­réal­iste de Brux­elles, auquel nous allons prin­ci­pale­ment nous attach­er, et dont les préoc­cu­pa­tions se mar­quèrent très vite par une indépen­dance d’esprit et des straté­gies d’actions qui, de manière qua­si­ment con­tin­ue durant un bon demi-siè­cle, allaient entr­er régulière­ment en dis­so­nance avec les posi­tions des sur­réal­istes français. Entre rel­a­tives con­ver­gences d’actions, diver­gences intel­lectuelles et poli­tiques, mais égale­ment estimes et con­nivences plus ou moins ami­cales, le voca­ble « sur­réal­isme » s’est révélé lui-même comme une fameuse pierre d’achoppement. Pour­tant, dans ses mul­ti­ples facettes et par­tic­u­lar­ismes, le sur­réal­isme en Bel­gique exista bel et bien, d’une façon qui ne fut pas moins sub­ver­sive que le mou­ve­ment con­duit en France par André Bre­ton.

En cette année 2024, on célèbre donc – par-delà toutes les mis­es en garde des prin­ci­paux acteurs belges du mou­ve­ment, et qu’on ne peut ignor­er – le sur­réal­isme en tant que fait cul­turel, entré pleine­ment dans l’histoire artis­tique et lit­téraire du 20e siè­cle. Rien de plus nor­mal, dira-t-on. Et cepen­dant, il faut s’efforcer de dis­soci­er cette célébra­tion de ce que fut véri­ta­ble­ment le sur­réal­isme, en France et en Bel­gique. Revenir aux sources de cette his­toire, à ses écrits et textes fon­da­teurs, les met­tre en lumière, veiller à ne pas en affadir leur pro­pos révo­lu­tion­naire dans ces années 1920–1930, mesur­er la longue portée de ces dis­cours nova­teurs, et leur dis­sémi­na­tion en d’autres pays, sur plusieurs décen­nies, et en d’autres con­ti­nents – élé­ments factuels qui dépassent de loin en ampleur et en con­séquences des faits cul­turels, notam­ment artis­tiques ou lit­téraires, ayant émergé aux 19e et 20e siè­cles. Le cen­te­naire du Man­i­feste du sur­réal­isme de Bre­ton (pub­lié le 15 octo­bre 1924 au Sagit­taire, chez Simon Kra à Paris), le pre­mier numéro de la revue La révo­lu­tion sur­réal­iste (sor­ti le 1er décem­bre 1924 à Paris) doivent donc se lire en prox­im­ité par­al­lèle avec les tracts par­o­diques et col­orés de Cor­re­spon­dance, rédigés et envoyés de Brux­elles à Paris par voie postale, par Paul Nougé, Camille Goe­mans et Mar­cel Lecomte à par­tir du 1er novem­bre 1924 (et jusqu’à l’autodissolution de Cor­re­spon­dance le 1er sep­tem­bre 1926).

Retour en arrière, donc. Nous sommes au milieu des années 1920, le mou­ve­ment Dada est enter­ré, dif­férents groupes d’avant-garde se man­i­fes­tent en Europe, en quête d’une moder­nité qui se sig­nale dans les domaines de l’art, de la lit­téra­ture, de l’architecture, de la musique, des arts de la scène, de la pho­togra­phie ou du ciné­ma. Et voici que paraît un mod­este recueil. Signé par Clarisse Juranville. Quelques écrits et quelques dessins, et pub­lié en 1927 avec cinq dessins de Magritte, il est en réal­ité le fait de Paul Nougé (1895–1967) et reprend un manuel de gram­maire dont il détourne les for­mu­la­tions[1]. Il y don­nait sous une forme imagée et (presque) poé­tique ce qui pour­rait définir les activ­ités des sur­réal­istes belges.

Ils ressem­blaient à tout le monde
Ils for­cèrent la ser­rure
Ils rem­placèrent l’objet per­du
Ils amor­cèrent les fusils
Ils mélangèrent les liqueurs
Ils ont semé les ques­tions à pleines mains
Ils se sont retirés avec mod­estie
en effaçant leur sig­na­ture

Sous la par­o­die se décou­vre un texte qua­si­ment pro­gram­ma­tique, aux injonc­tions à décou­vrir entre les lignes. S’en pren­dre aux objets et aux mots du quo­ti­di­en, vis­er au ren­verse­ment de leurs fonc­tions, revendi­quer les man­i­fes­ta­tions d’un activisme s’attaquant au réel, ten­ter le boule­verse­ment des normes, et pas unique­ment dans les sphères artis­tiques et lit­téraires. Et surtout : une volon­té de semer le trou­ble dans l’ordre pub­lic, mais égale­ment, para­doxale­ment, de se per­dre dans la foule, de recourir à la dis­sim­u­la­tion (par la pseu­do­nymie notam­ment) et plus encore, de ten­dre vers l’effacement indi­vidu­el.

Effacement et liberté

Deux ans plus tard, en 1929–1930, Nougé entre­prend la réal­i­sa­tion d’une série de pho­togra­phies – mode d’expression qui recueillera égale­ment les faveurs de Magritte, E.L.T. Mesens, puis de Raoul Ubac, Mar­cel Lefrancq, ou Mar­cel Mar­iën et Léo Dohmen par la suite. Nougé y fait inter­venir quelques-uns de ses com­plices. Dans des atti­tudes théâ­tral­isées, véri­ta­bles mis­es en scène en un seul plan, et sans aucun scé­nario les reliant entre elles, on y recon­naît entre autres Mar­cel Lecomte, Geor­gette et René Magritte, Marthe Beau­voisin, épouse de Nougé, ain­si que des pris­es de vue sans apprêt esthéti­sant. Les pho­togra­phies jouent sur la pénom­bre d’un gre­nier ou d’une salle à manger, la présence de per­son­nages de dos ou en sit­u­a­tion inso­lite, d’éléments banals du quo­ti­di­en, ain­si que d’objets prêts à util­i­sa­tion : fusil, ciseaux, miroir, livre ouvert, etc. Cette série de laque­lle il émane une cer­taine inquié­tude, un mys­tère, une invi­ta­tion à imag­in­er un avant et un après chaque plan pho­tographique, Nougé l’abandonne aus­sitôt faite. Il fau­dra atten­dre 1968, et la pub­li­ca­tion de ces pho­togra­phies par les soins de Mar­cel Mar­iën, sous le titre Sub­ver­sion des images, pour qu’on puisse en appréhen­der la force trou­blante et énig­ma­tique. Chaque image recevra à ce moment-là seule­ment un titre, par­fois sim­ple­ment descrip­tif (Les buveurs, Man­teau sus­pendu dans le vide), par­fois plus poé­tique, mais d’une poésie dérangeante : Table aiman­tée, tombeau du poète ou La vengeance, ou encore Femme effrayée par une ficelle. On peut remar­quer d’une part, la dimen­sion véri­ta­ble­ment expéri­men­tale du pro­jet de Nougé, qui s’essaye à une forme d’écriture par l’image, telle que Magritte dans les mêmes années s’y applique dans la pein­ture. Et d’autre part, un efface­ment com­plet, une dis­pari­tion du pro­jet, dès qu’il a été réal­isé par Nougé : aucune util­i­sa­tion ni pub­li­ca­tion, pas de sig­na­ture appar­ente, et un aban­don de la démarche qui la plonge dans l’oubli durant pra­tique­ment quar­ante ans, avant sa mise au jour.

En 1929 encore, dans une « let­tre » publique à André Bre­ton, et avant que celui-ci ne demande, dans le Sec­ond man­i­feste du sur­réal­isme (1930), « l’occultation pro­fonde du sur­réal­isme », Nougé récidive, et indique ses inten­tions, de manière assez ferme sous une feinte cour­toisie : « J’aimerais assez, que ceux d’entre nous dont le nom com­mence à mar­quer un peu, l’efface. Ils y gag­n­eraient une lib­erté dont on peut encore espér­er beau­coup…” [2]. Mar­cel Mar­iën (1970–1993), qui fut, par­mi ses nom­breuses activ­ités sur­réal­istes, l’éditeur de Nougé et l’archiviste act­if du mou­ve­ment, répondait : « À qui pen­sait-il ? Mais à Bre­ton, entre autres, et bien sûr. » À cela, on devra encore ajouter cette for­mu­la­tion lap­idaire, qui fig­u­rait au dos du vol­ume reprenant les écrits théoriques de Nougé, His­toire de ne pas rire, pub­lié par Mar­iën en 1956 : « Exégètes, pour y voir clair, rayez le mot sur­réal­isme »[3].

Cette inscrip­tion fig­u­rait déjà sur un mur de l’exposition Sur­réal­isme à Brux­elles, pre­mière ten­ta­tive de rassem­ble­ment col­lec­tif de l’immédiat après-guerre, organ­isée par Magritte, et qui se tint à la galerie des Édi­tions La Boétie en décem­bre 1945-jan­vi­er 1946. Elle réu­nis­sait des pein­tures, dessins, objets, pho­tos et textes des sur­réal­istes brux­el­lois (Nougé, Magritte, Mar­iën, Scute­naire, Wergi­fos­se, Senecaut, Ubac, Dotremont…), du groupe hain­uy­er (Chavée, Dumont, Bury, Van de Spiegele, Lefrancq, Simon, Havrenne…), de sur­réal­istes français anciens et nou­veaux (Y. Bat­tis­ti­ni, L. Malet, J. Arp, V. Brauner, O. Dominguez, C. Bryen, M. Ernst, M. Jean, J. Herold…), et de quelques appar­en­tés (le Chiri­co des débuts, et son frère Alber­to Savinio).

Remar­quons au pas­sage que le pein­tre Paul Del­vaux (1897–1994) ne fig­ure pas dans cette man­i­fes­ta­tion publique (qui fit scan­dale dans la presse de l’époque), et que son « efface­ment » résulte d’un acte évidem­ment délibéré de la part de Magritte, alors que Del­vaux avait par­ticipé en févri­er et avril 1940 à la revue brux­el­loise L’invention col­lec­tive. Il faut y voir l’indifférence d’abord, l’hostilité ensuite, d’une grande par­tie des sur­réal­istes belges à l’égard de Del­vaux depuis le milieu des années 1930, en rai­son de son absence revendiquée d’engagement idéologique, de son théâtre pic­tur­al trop mar­qué par l’onirisme, et de son désir de rester en dehors de tout col­lec­tif.

On ne peut toute­fois s’empêcher d’observer que le poète Paul Col­inet (1898–1957), dessi­na­teur et auteur de con­tes et poèmes trans­fig­u­rant le banal quo­ti­di­en en épopées où s’invite le mer­veilleux, ami de Scute­naire et de Magritte, refusa lui aus­si toute sig­na­ture de tracts, toute forme d’engagement idéologique, et qu’il n’en res­ta pas moins très proche du groupe. Le fait que Magritte et Del­vaux, tous deux pein­tres, recon­nus à Paris par Bre­ton et Elu­ard, soutenus égale­ment par E.L.T. Mesens en tant que galeriste, ayant partagé par­fois un même noy­au restreint de col­lec­tion­neurs (rares à l’époque), aient pu être en con­cur­rence sur un marché de l’art assez fer­mé, n’est prob­a­ble­ment pas étranger à cette sit­u­a­tion d’hostilité. Enfin, tou­jours à pro­pos de cette expo­si­tion de 1945, on peut con­stater, aujourd’hui encore, qu’elle reste forte­ment minorée dans les ouvrages trai­tant des expo­si­tions inter­na­tionales du sur­réal­isme, tout comme celle de La Lou­vière, organ­isée par Mesens, dix ans plus tôt, en 1935, avec la col­lab­o­ra­tion des sur­réal­istes hain­uy­ers.

… Rayez le mot surréalisme

 L’un des pre­miers à repren­dre et répan­dre publique­ment cette apos­tro­phe, à s’y référ­er comme une ligne méthodique à pro­pos du sur­réal­isme en Bel­gique, et non comme une sim­ple asser­tion provo­ca­trice, fut le com­pos­i­teur et chef d’orchestre André Souris (1899–1970), qui dès la fin des années 1920 avait rejoint le groupe brux­el­lois, avant d’en être écarté en 1936, puis de renouer avec quelques-uns après la Sec­onde Guerre. Souris est invité, durant l’été 1966, à par­ticiper au col­loque con­sacré au sur­réal­isme à Cerisy-la-Salle, en Nor­mandie. Il était d’ailleurs le seul ancien mem­bre du groupe belge par­tic­i­pant à cette assem­blée, plutôt igno­rante du sur­réal­isme belge, où fig­u­raient, sous l’égide bien­veil­lante de Fer­di­nand Alquié, bon nom­bre d’universitaires français et de pro­tag­o­nistes, act­ifs ou proches, assez méprisants par­fois, du groupe sur­réal­iste d’André Bre­ton.

Souris avait don­né pour titre à son exposé Paul Nougé et ses com­plices : il met ain­si en exer­gue l’influence prépondérante, au sein du sur­réal­isme belge, de celui que Fran­cis Ponge désig­nait comme « non seule­ment la tête la plus forte (longtemps cou­plée avec Magritte) du sur­réal­isme en Bel­gique, mais l’une des plus fortes de ce temps. » Avant de pronon­cer sa com­mu­ni­ca­tion, toute­fois, et pas­sant out­re à leurs diver­gences d’autrefois, Souris s’était saisi d’une craie, et avait pour son audi­toire (d’écoliers…) inscrit sur un tableau noir der­rière lui, la for­mule apparem­ment con­tra­dic­toire de Nougé[4]. Souris restait ain­si dans la droite ligne de Nougé et Mar­iën, tou­jours lui, qui rap­pelait dans sa pré­face à His­toire de ne pas rire, que Nougé n’avait « pas grand souci du sur­réal­isme dont il soulign(ait) “qu’il n’existe pas”. De fait il le ramen(ait) à une “atti­tude de l’esprit”, ain­si nom­mée “pour les com­mod­ités de la con­ver­sa­tion” et à l’ombre de quoi il condui(sait) ses entre­pris­es par­ti­c­ulières sans aucune allégeance doc­tri­nale. »[5]

C’est André Souris tou­jours qui, qua­tre décen­nies plus tard, se devait d’expliciter le pro­jet même des tracts de Cor­re­spon­dance ayant ini­tié la créa­tion du groupe sur­réal­iste brux­el­lois. « Imprimés régulière­ment à rai­son d’un par décade, ils n’étaient point mis en vente, mais envoyés aux per­son­nal­ités les plus actives du monde lit­téraire d’alors. Cha­cun des tracts por­tait le nom de sa couleur (bleu 1, rose 2, jaune 8, nankin 14…) L’écriture en était curieuse­ment uni­forme et sem­blait résul­ter chez les trois auteurs, d’une volon­té délibérée de déper­son­nal­i­sa­tion. Elle se car­ac­téri­sait par une extrême con­ci­sion, un tour allusif, pré­cieux, par­fois sibyllin, légère­ment inquié­tant. Il s’agissait chaque fois d’une riposte à un événe­ment lit­téraire récent. […] Cer­tains tracts pre­naient l’allure de pas­tich­es (ayant pour mod­èles, entre autres, Valéry, Gide, Paul­han) mais ils dépas­saient de loin l’exercice de style, car ils résul­taient d’une opéra­tion con­sis­tant, à par­tir d’un texte, à s’installer dans l’univers men­tal et ver­bal de son auteur, et, par de sub­tils gauchisse­ments, à en altér­er les per­spec­tives. C’était l’amorce de cette tech­nique de méta­mor­phose d’objets don­nés, qui allait devenir la préoc­cu­pa­tion cen­trale des mem­bres du groupe. »[6]

On est donc assez loin, ici, de la déf­i­ni­tion que don­nait Bre­ton dans le pre­mier Man­i­feste du sur­réal­isme, alors qu’à la même péri­ode se pub­lient les tracts de Cor­re­spon­dance :

Sur­réal­isme : automa­tisme psy­chique pur, par lequel on se pro­pose d’ex­primer, soit ver­bale­ment, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonc­tion­nement réel de la pen­sée. Dic­tée de la pen­sée, en l’ab­sence de tout con­trôle exer­cé par la rai­son, en dehors de toute préoc­cu­pa­tion esthé­tique ou morale […].

Mais ces tracts intriguèrent suff­isam­ment Bre­ton, Elu­ard et Aragon, pour qu’ils se ren­dent à Brux­elles afin d’y ren­con­tr­er ceux qui pou­vaient envis­ager de faire un bout de chemin avec eux, et entamer des actions com­munes. La décou­verte de la pein­ture de Magritte, peu après, puis l’installation de celui-ci dans la ban­lieue parisi­enne en 1927, suiv­ie de celle de Goe­mans qui ouvrit une galerie d’art, allait ren­forcer ces axes de col­lab­o­ra­tion mutuelle, pas­sant égale­ment par la par­tic­i­pa­tion de Nougé et Magritte à La révo­lu­tion sur­réal­iste, ou celle de Bre­ton et ses amis à la revue belge Var­iétés en 1929.

Par­o­die, ironie, hom­mage détourné, certes, mais on perçoit bien qu’il n’est pas réelle­ment ques­tion d’humour – ni non plus d’une quel­conque référence à dépass­er ou raviv­er l’esprit Dada, une car­ac­téris­tique que parta­gent Bre­ton et Nougé – dans la nais­sance du sur­réal­isme en Bel­gique. S’il existe un cer­tain plaisir à pra­ti­quer le détourne­ment, il serait cepen­dant erroné de le con­sid­ér­er comme le prin­ci­pal objec­tif des tracts et de leurs auteurs. « L’humour, dis­ait Scute­naire, est une façon de se tir­er d’embarras, sans se tir­er d’affaire ». Ce n’est pas vrai­ment un hasard si ce titre, His­toire de ne pas rire, a été choisi par Xavier Canonne, com­mis­saire de l’exposition qui s’est tenue à Bozar jusqu’au 16 juin, où étaient retracées avec pré­ci­sions l’histoire – et la sin­gu­lar­ité – des activ­ités sur­réal­istes en Bel­gique[7].

Si l’humour sera par la suite bel et bien présent dans les activ­ités des sur­réal­istes belges – y com­pris par­fois de manière volon­taire­ment car­i­cat­u­rale, chez Scute­naire, Mar­iën, Dotremont… – il sera sou­vent pris tel un instru­ment stratégique, une arme de diver­sion, qui donne le change au pre­mier abord mais en appelle ensuite à la rai­son et au ques­tion­nement. Chez les sur­réal­istes belges, le diver­tisse­ment facile n’a pas sa place, pas plus que l’écriture automa­tique, l’appel à l’inconscient, les ressources de l’onirisme, ou l’attente du mer­veilleux. La sub­ver­sion agis­sante, par le mode de l’écriture maîtrisée, de la trans­for­ma­tion, voire de la fal­si­fi­ca­tion, sera une con­stante dans la démarche de Nougé. L’humour ne con­stitue pas pour lui une sim­ple tac­tique lit­téraire, comme on pour­rait plutôt l’envisager ain­si chez les sur­réal­istes français. Chez Nougé, cette « entre­prise » expéri­men­tale, comme il pou­vait l’appeler,  pro­duira ses résul­tats, le pre­mier étant d’agréger autour de lui plusieurs per­son­nes « qui ressem­blent à tout le monde », partageant avec lui ce mode d’actions réac­tives, mais rel­a­tive­ment con­fi­den­tielles. Elles s’exerceront pri­or­i­taire­ment dans le domaine de l’écriture (Nougé, Lecomte, Goe­mans, Scute­naire, Col­inet…), de la pein­ture, de la pho­togra­phie, des expo­si­tions (Magritte en pre­mier et pour longtemps, Nougé, Mesens, Ubac), de la musique (un temps Mesens, Hoore­man, Souris), et de pra­tiques directe­ment vis­i­bles sans pour autant être tapageuses à l’excès : dans les débuts, des tracts ponctuels (con­tre Jean Cocteau, Géo Norge, le mod­ernisme en art, Mar­cel-Louis Baug­ni­et, les frères Bour­geois), la réap­pro­pri­a­tion d’un cat­a­logue de mode (le Cat­a­logue Samuel), une pub­li­ca­tion à pro­pos d’un fait divers (Vio­lette Noz­ière), des inter­ven­tions ciblées en revues (Dis­tances, Var­iétés, Doc­u­ments 34, Bul­letin inter­na­tion­al du Sur­réal­isme), des sig­na­tures col­lec­tives lors de quelques con­certs ou des expo­si­tions de Magritte.

« Le poème prend corps dans la vie sociale »

Un autre point sen­si­ble, très éloigné de la con­cep­tion de Bre­ton, est l’importance extrême accordée par Nougé aux impli­ca­tions dans la réal­ité, de l’acte même d’écrire. Si les sur­réal­istes brux­el­lois – à la dif­férence d’Achille Chavée et du groupe sur­réal­iste en Hain­aut, qui suiv­ent davan­tage le sur­réal­isme de Bre­ton – rejet­tent assez fer­me­ment la pra­tique de l’écriture automa­tique, c’est pour mieux don­ner un sens éthique à la respon­s­abil­ité de l’écrivain dans ses écrits, même poé­tiques. Une illus­tra­tion fla­grante en sera don­née avec La poésie trans­fig­urée, tract rédigé en 1932 par Nougé. Signé des seuls Brux­el­lois, il s’oppose de fac­to, sans ani­mosité cepen­dant, à celui pro­posé par Bre­ton, à l’occasion du procès inten­té à Aragon pour inci­ta­tion au meurtre de Léon Blum dans son poème Front Rouge. Là où Bre­ton mobilise large­ment les milieux intel­lectuels et plaide pour une forme d’irresponsabilité dans l’écrit poé­tique, jus­ti­fiée par le fait qu’un poème ne peut faire l’objet d’une inter­pré­ta­tion à des fins judi­ci­aires, Nougé martèle une posi­tion diamé­trale­ment opposée, qu’il fait con­naître à des cer­cles plus restreints : « Le poème com­mence de jouer dans son sens plein. Mot pour mot, il n’y a plus de mot qui tienne. Le poème prend corps dans la vie sociale. Le poème incite désor­mais les défenseurs de l’ordre établi à user envers le poète de tous les moyens de répres­sion réservée aux auteurs de ten­ta­tives sub­ver­sives. Mais du même coup, la bour­geoisie démasque la gra­tu­ité de l’idéologie de lib­erté qu’elle avait jusqu’ici si soigneuse­ment entretenue. »[8]

La même année 1932, con­vié à un débat par l’hebdomadaire brux­el­lois Le Rouge et le Noir, sur le thème maintes fois rebat­tu depuis 1924 « Le Sur­réal­isme est-il mort ? », Nougé répond au nom du groupe par un refus argu­men­té auprès des organ­isa­teurs, insis­tant à nou­veau sur le car­ac­tère d’effacement volon­taire et « l’efficacité réelle de nos entre­pris­es et non sur la ver­tu des com­men­taires. Nous tenons pour assez nég­lige­able l’opinion publique. Que l’on aille jusqu’à croire que nous for­mons une sorte d’école lit­téraire, que l’on par­le de sno­bisme, de fail­lite, de mort, cher Mon­sieur, en quoi voulez-vous donc que cela nous nuise ? Nous savons en temps oppor­tun don­ner des pré­ci­sions suff­isantes pour pou­voir nous per­me­t­tre le silence et le mépris quand bon nous sem­ble. Il ne faut pas per­dre de vue non plus que nous ne tenons nulle­ment à faire de la pro­pa­gande à la manière des par­tis poli­tiques. »[9]

Dans sa con­cep­tion de la respon­s­abil­ité de l’écrivain, et quoique prô­nant une forme col­lec­tive d’anonymat, Nougé mar­que égale­ment la dis­tance qu’il a tou­jours revendiquée avec le néga­tivisme, le nihilisme et l’irresponsabilité artis­tique affichés lors de cer­taines man­i­fes­ta­tions Dada : il les a tout sim­ple­ment en hor­reur, et sans doute est-il en cela déjà façon­né par un cer­tain activisme mil­i­tant, antérieur à Cor­re­spon­dance, notam­ment lorsqu’il par­tic­i­pait mod­este­ment en 1919, à ce qui allait men­er à la créa­tion du Par­ti com­mu­niste belge, groupe dis­si­dent du P.O.B.

Lors de sa com­mu­ni­ca­tion au col­loque de Cerisy, c’est donc à bon escient que Souris rap­pelait, face à un pub­lic essen­tielle­ment français, les car­ac­téris­tiques qui mar­quent dès l’origine le groupe des sur­réal­istes brux­el­lois : « la volon­té délibérée de déper­son­nal­i­sa­tion, la pra­tique de l’anonymat, le refus de toute com­plai­sance à l’esthétique, le farouche et exem­plaire efface­ment de Nougé. Ces don­nées ont été le fer­ment non seule­ment de l’œuvre pres­tigieuse de Magritte, mais d’un nom­bre con­sid­érable d’écrits, dont les réso­nances, pour divers­es qu’elles soient, se peu­vent rap­porter à des démarch­es com­munes. »[10] Une réflex­ion qui, aujourd’hui encore résonne par sa per­ti­nente lucid­ité sur l’activité sur­réal­iste en Bel­gique.

Alain Delaunois

L’activité surréaliste en Belgique :
sélection bibliographique commentée

 Une série d’ouvrages disponibles en librairie ou en bib­lio­thèque, par­fois plus dif­fi­ciles à trou­ver pour cer­tains, qui per­me­t­tent de mieux appréhen­der l’histoire et les par­tic­u­lar­ités du sur­réal­isme en Bel­gique.

anthologie du surrealisme belge

Paul ARON et Jean-Pierre BERTRAND, Antholo­gie du sur­réal­isme belge, Brux­elles, coll. « Espace Nord », 2015.
Dans ce vol­ume de textes se retrou­vent tant les acteurs du groupe brux­el­lois (Nougé, Goe­mans, Souris, Scute­naire, Col­inet, Gutt…) que ceux du Hain­aut (Chavée, Dumont, Havrenne…), jusqu’à d’autres écrivains de ce qu’on a nom­mé la « Bel­gique sauvage », comme le groupe Phan­tomas ou les édi­tions du Dai­ly-Bul.

canonne histoire de ne pas rire le surrealisme en belgiqueXavier CANONNE (dir.), His­toire de ne pas rire. Le sur­réal­isme en Bel­gique, Brux­elles, Fonds Mercator/Bozar Books, 2024.
Ce cat­a­logue très com­plet de l’exposition qui s’est tenue à Bozar cette année, présente un ensem­ble d’études diver­si­fiées, par plusieurs chercheurs, sur les activ­ités des sur­réal­istes belges. Il offre égale­ment une remar­quable sélec­tion de doc­u­ments, d’archives, et de repro­duc­tions d’œuvres, issues de plus de 50 musées publics belges et inter­na­tionaux, de fon­da­tions, galeries et col­lec­tions privées.

canonne le surrealisme en belgiqueXavier CANONNE, Le sur­réal­isme en Bel­gique, 1924–2000, Brux­elles, Fonds Mer­ca­tor, 2010.
Issu de la thèse de doc­tor­at de l’actuel directeur du Musée de la Pho­togra­phie à Charleroi, un ouvrage de référence abon­dam­ment illus­tré, abor­dant égale­ment les acteurs de la « troisième généra­tion » du sur­réal­isme belge, de Tom Gutt à André Stas, en pas­sant par le groupe anver­sois autour de Leo Dohmen et Roger Van de Wouw­er.

chavee ecrit sur un drapeau qui bruleAchille CHAVÉE, Écrit sur un dra­peau qui brûle, choix de textes et post­face de Gwen­do­line Moran Debraine, Brux­elles, coll. « Espace Nord », 2019.
Une antholo­gie de poèmes et d’aphorismes du « plus grand poète de la rue Fer­rer » à La Lou­vière, comme il se désig­nait lui-même, illus­trés par des étu­di­ants de La Cam­bre sous la con­duite de leur pro­fesseur Pas­cal Lemaître.

lecomte alcovesCOLLECTIF, Mar­cel LECOMTE. Les alcôves du sur­réal­isme, Cahi­er des Musées roy­aux des Beaux-Arts de Bel­gique, n°22, Brux­elles, MRBAB, 2017.
Avec des con­tri­bu­tions de P. Aron, Ph. Dewolf, M. Draguet, des échanges de textes et let­tres entre Magritte et Lecomte, une approche sig­ni­fica­tive du poète et cri­tique, auteur entre autres du recueil Le Car­net et les Instants.

l'alphabet des etoiles d elt mesensCOLLECTIF, L’alphabet d’étoiles d’E.L.T. MESENS. Dada et le sur­réal­isme à Brux­elles, Paris et Lon­dres, Cat­a­logue d’exposition, Ostende, Mu.ZEE, 2013.
Riche en infor­ma­tions sur cet homme-orchestre du sur­réal­isme, qui de Brux­elles à Lon­dres fut tout autant musi­cien, poète, col­lag­iste, galeriste, édi­teur de revues, et l’un des plus ardents défenseurs (et col­lec­tion­neurs) de l’œuvre de Magritte.

magritte ecrits completsRené MAGRITTE, Écrits com­plets, édi­tion établie et annotée par André Blavier, Paris, Flam­mar­i­on, 1979 et 2024.
Une somme ines­timable d’écrits de Magritte (1898–1967) de doc­u­ments, d’entretiens, d’inédits, et de cor­re­spon­dances, qui reste l’ouvrage de référence si l’on veut suiv­re le par­cours du pein­tre dans toute sa com­plex­ité.

magritte les mots et les imagesRené MAGRITTE, Les mots et les images, Brux­elles, coll. « Espace Nord », 2016.
Un ensem­ble de textes du pein­tre sur­réal­iste, sélec­tion­nés et com­men­tés par Éric Clé­mens, qui per­met de mesur­er la rigoureuse méth­ode de pen­sée de l’artiste dans l’élaboration de ses pein­tures, et d’en saisir toute la sub­ver­sive attrac­tiv­ité. 

magritte commenté par ses amisCOLLECTIF, MAGRITTE com­men­té par ses amis, choix de textes par Paul Aron et post­face de Sémir Badir, Brux­elles, coll. « Espace Nord », 2024.
Une antholo­gie chronologique de textes con­sacrés à la pein­ture et au per­son­nage qu’était René Magritte, vus par Nougé, Mar­iën, Goe­mans, Wergi­fos­se, Hamoir ou Scute­naire.

Mar­cel MARIËN, L’activité sur­réal­iste en Bel­gique, 1924–1950, Brux­elles, marien l'activité surrealiste en belgiqueLe fil rouge/Le­beer-Hoss­mann, 1979.
Un réc­it de pre­mière main sur le sujet, com­por­tant la réédi­tion de nom­breux doc­u­ments, tracts, archives, revues, et retraçant l’histoire, les ori­en­ta­tions, et les polémiques des sur­réal­istes belges, mis­es en rela­tion avec celles des sur­réal­istes français et des avant-gardes.

marien le radeau de la memoireMar­cel MARIËN, Le radeau de la mémoire, Paris, Le Pré aux Clercs, 1983.
Les mémoires de celui qui fut l’archiviste et l’éditeur prin­ci­pal de Nougé et des sur­réal­istes brux­el­lois, prin­ci­pale­ment depuis 1954 à tra­vers sa revue et les édi­tions Les Lèvres nues.

Geneviève MICHEL, Paul Nougé. La poésie au cœur de la révo­lu­tion, Brux­elles, P.I.E.-Peter Lang, 2011.
michel paul nouge la poesie au coeur de la revolutionL’ouvrage par­court l’ensemble de la vie et de l’œuvre de Nougé, en appro­fondis­sant cer­tains aspects de sa per­son­nal­ité notam­ment liés à sa con­cep­tion de l’écriture comme out­il de sub­ver­sion.

nougé au palais des images les spectres sont roisPaul NOUGÉ, Au palais des images les spec­tres sont rois. Écrits anthumes 1922–1967, sous la direc­tion de Geneviève Michel et Gérard Berré­by, Paris, Allia, 2017.
Un cor­pus imposant, reprenant entre autres les deux vol­umes essen­tiels d’écrits théoriques et poé­tiques édités par Mar­cel Mar­iën aux Lèvres nues, His­toire de ne pas rire (Brux­elles, 1956) et L’expérience con­tin­ue (Brux­elles, 1966).

scutenaire mes inscriptionsLouis SCUTENAIRE, Mes inscrip­tions 1943–1944, Paris, Gal­li­mard, 1945, rééd.  Brux­elles, Labor, coll. « Espace Nord », 1990. Pré­face d’André Thiri­on, post­face d’Alain Delaunois.
Le pre­mier recueil des apho­rismes de Scute­naire, qui en pub­lia par la suite qua­tre autres vol­umes, et dont le titre est un hom­mage ren­du à l’écrivain français Nico­las Res­tif de la Bre­tonne (1734–1806).

scutenaire j ai quelque chose a dire et c est tres courtLouis SCUTENAIRE, J’ai quelque chose à dire. Et c’est très court, Amou­gies, Le Cac­tus inébran­lable, 2021.
Une sélec­tion d’aphorismes par­mi les vol­umes de Mes inscrip­tions, des évo­ca­tions et autres textes, rassem­blés par Jean-Philippe Quer­ton, avec une pré­face de Xavier Canonne.

André STAS, Bref caetera, Illus­tra­tions de Ben­jamin Mon­ti, Brux­elles, Stas monti bref caeteraLa Pierre d’alun, 2022.
Auteur d’un mémoire de fin d’études con­sacré à l’aphorisme, proche de Blavier, Scute­naire, Mar­iën et Gutt, André Stas fut col­lag­iste, poète et grand auteur d’aphorismes, mar­qués d’un sourire nar­quois et d’un humour sou­vent noir, et vice-ver­sa.

stas je pensai donc je fusAndré STAS, Je pen­sai donc je fus. Apho­rismes com­plets 1993–2023, Amou­gies, Le Cac­tus inébran­lable, 2021.
Une antholo­gie (presque) com­plète des apho­rismes de l’auteur, puisés par­mi une douzaine de ses recueils, et orne­men­tés de témoignages fleuris.

Paul Nougé. La duplic­ité de l’esprit sincère, Textyles n° 66, Hévillers, Ker, textyles paul nouge2024.
Sous la direc­tion de Paul Aron et Pierre Piret, un ensem­ble de con­tri­bu­tions s’efforce de percer le car­ac­tère énig­ma­tique de l’œuvre, « tant la pen­sée de Nougé, aux plans éthique, esthé­tique, et poli­tique, est rad­i­cale et exigeante. »

wallenborn roger van de wouwerJean WALLENBORN, Roger Van de Wouw­er l’incorruptible, Kemzeke, Ver­beke Foun­da­tion, 2016.
Une mono­gra­phie con­sacrée à ce pein­tre et dessi­na­teur sur­réal­iste anver­sois (1933–2005) de la « troisième généra­tion », encore trop peu con­nu.

Jean WALLENBORN, Avec Tom Gutt. Sou­venirs et choix de textes, wallenborn avec tom guttBrux­elles, Sam­sa, 2022.
Out­re le pré­cieux por­trait de Tom Gutt (1941–2002), activiste majeur, poète, polémiste et édi­teur de la « troisième généra­tion », l’ouvrage com­porte une émou­vante sélec­tion de poèmes et écrits de Tom Gutt, qui n’avaient jusqu’ici été pub­liés que de manière con­fi­den­tielle.


[1] Paul NOUGE, repris dans L’expérience con­tin­ue, Brux­elles, Les Lèvres nues, 1966. L’ensemble des écrits de Nougé pub­liés de son vivant, majori­taire­ment édités à par­tir de 1954 grâce à Mar­cel Mar­iën, à l’enseigne de la revue et des édi­tions Les Lèvres nues, fig­ure aujourd’hui dans le vol­ume Au palais des images les spec­tres sont rois (sous la direc­tion de G. Michel et G. Berré­by, Paris, Allia, 2017).
[2] Ibid.
[3] Mar­cel MARIËN, dans Paul NOUGÉ, His­toire de ne pas rire, Brux­elles, Les Lèvres nues, 1956.
[4] Voir André SOURIS, « Paul Nougé et ses com­plices », dans Fer­di­nant ALQUIÉ (sous la dir. de), Entre­tiens sur le sur­réal­isme, Paris-La Haye, Mou­ton, 1968. Et Robert WANGERMÉE, André Souris et le com­plexe d’Orphée. Entre sur­réal­isme et musique sérielle, Liège, Marda­ga, 1995.
[5] Mar­cel MARIËN, op. cit.
[6] André SOURIS, op. cit.
[7] Voir le très com­plet cat­a­logue de l’exposition : Xavier CANONNE (sous la dir. de), His­toire de ne pas rire. Le sur­réal­isme en Bel­gique, Brux­elles, Fonds Mercator/Bozar Books. Et le blog du Car­net et les Instants, pour le compte ren­du, en date du 2 mars 2024 : https://le-carnet-et-les-instants.net/2024/03/02/histoire-de-ne-pas-rire-le-surrealisme-en-belgique/
[8] La poésie trans­fig­urée, repris dans Paul NOUGÉ, His­toire de ne pas rire, op. cit. Le texte est signé par les seuls Magritte, Mesens, Nougé et Souris.
[9] Let­tre de Nougé à Pierre Fontaine, 15 avril 1932. Reprise dans Let­tres sur­réal­istes (1924–1940), annotées par M. Mar­iën, coll. « Le fait accom­pli » n° 81–95, mai-août 1973, Brux­elles, Les Lèvres nues, 1973.
[10] Voir Robert WANGERMEE, op. cit.


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°220 (2024)