Archives par étiquette : Anne Rotschild

« On nous avait promis une terre de lait et de miel… »

Anne ROTHSCHILD, Quel monde à venir ?, Lev­ant, 2025, 15 €, ISBN : 978–2‑490667–24‑6

rotschild quel monde a venirAutrice et plas­ti­ci­enne bel­go-suisse, Anne Roth­schild pour­suit, avec la pub­li­ca­tion de ce dernier recueil Quel monde à venir ?, une réflex­ion poé­tique sur l’apaisement et la réc­on­cil­i­a­tion entre les peu­ples. Après avoir pub­lié à l’enseigne de maisons belges comme Le Cormi­er, Luce Wilquin ou Le Tail­lis pré, c’est du côté du Lev­ant, édi­teur basé à Mont­pel­li­er, qu’elle accoste désor­mais. Un mot bref sur le vol­ume de belle fac­ture que pro­pose l’éditeur. Une typogra­phie aérée, un papi­er choisi et un car­ton­nage à rabats dont la cou­ver­ture illus­trée repro­duit une aquarelle et un col­lage de l’autrice, un exem­plaire soigné donc qui donne à l’ensemble une forme proche de celle du livre d’artiste. Con­tin­uer la lec­ture

« Tout être vivant porte en lui une part d’étoile et de mer… »

Anne ROTHSCHILD, Tourne et tourne le vent, Tail­lis pré, 2024, 63 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–224‑8

rotschild tourne et tourne le ventEn exer­gue du recueil d’Anne Roth­schild, trois vers de l’Ecclésiaste (Quo­helet, I, 6) évo­quent l’irrémédiable mou­ve­ment cir­cu­laire du vent et, à l’instar du fron­tispice dess­iné par la poète, annon­cent une forme de ver­tige que les poèmes vien­dront nour­rir. Le vent fou, seul témoin du naufrage qu’il sur­v­ole sur les eaux bleues du désas­tre, donne le ton dès le pre­mier texte. S’y inscrit d’emblée la référence aux textes dont Anne Roth­schild s’est imprégnée pour con­stru­ire le recueil comme l’histoire de Noé (Genèse VIII, 6–13), le Can­tique des can­tiques, Rute­beuf et Vil­lon, des midrashim (exégès­es bibliques) et le Coran. Con­tin­uer la lec­ture

La vie secrète des arbres et du monde

Un coup de cœur du Car­net

Anne ROTSCHILD, Con­ver­sa­tions avec mes arbres, Le passeur, 2024, 250 p., 17 €, ISBN : 9782385210229

rotschild conversations avec mes arbresAtten­tion : chef‑d’œuvre !!

D’un sol­stice d’été à un autre, du lun­di 21 juin 2021 au lun­di 20 juin 2022, Anne Roth­schild (poétesse et plas­ti­ci­enne qui pra­tique la sculp­ture, la gravure et la pein­ture) a tenu un jour­nal d’observation de son jardin à Vic, dans le départe­ment du Gard, entre mer et Cévennes. Mais atten­tion ! cet ouvrage est tout sauf un recueil d’anecdotes botaniques et nat­u­ral­istes. C’est un livre-monde qui entraîne le lecteur à décou­vrir la terre entière et l’histoire des peu­ples et des civil­i­sa­tions, tou­jours  indis­sol­uble­ment liées à leur envi­ron­nement naturel. Ain­si, l’olivier nous emmène dans la Grèce antique et le jas­min d’hiver en Chine d’où il est orig­i­naire. Le cyprès est lié aux cultes depuis la Rome antique où on y accrochait les chevelures coupées de Vestales, gar­di­ennes du feu sacré. Au fil des siè­cles, il a ombragé les sanc­tu­aires, les por­tails, les églis­es, ce qui lui a valu d’être abat­tu en grand nom­bre durant la Révo­lu­tion française qui y voy­ait la présence emblé­ma­tique du clergé… Le cèdre majestueux est indis­so­cia­ble du Liban et du Tem­ple de Salomon. Et que dire du lau­ri­er, l’arbre de  la Pythie de Delphes et d’Apollon, avec les feuilles duquel est couron­né le lau­réat ? Con­tin­uer la lec­ture

Au-delà de la Chine

Anne ROTHSCHILD, Au pays des osman­thus, Fron­tispice de Sylvie Wuar­in, Tail­lis Pré, coll. « Essais et témoignages », 2020, 96 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–171‑5

rotschild au pays des osmanthusLe nou­veau livre d’Anne Roth­schild relève d’un genre que, en notre époque de mon­di­al­isme instan­ta­né, on pou­vait croire un peu oublié : le réc­it de voy­age. Il relate le périple effec­tué dans le sud de la Chine en sep­tem­bre 2018 par l’écrivaine-artiste et une amie, sans doute Sylvie Wuar­in dont un beau dessin fait seuil au vol­ume. On devine d’emblée le risque d’un tel pro­jet, accru par l’ig­no­rance de la langue locale et le recours à une inter­prète : « accli­mater notre incon­nais­sance de l’Asie grâce à des lan­gages con­nus » (R. Barthes, L’empire des signes). A. Roth­schild y échappe-t-elle ? Un pre­mier niveau du texte, le jour­nal d’une touriste européenne, est nour­ri d’anec­dotes, d’ob­ser­va­tions, d’échanges aimables mais som­maires avec les autochtones. Partout l’eau est présente : pluie, riv­ières, nuages, lacs, à quoi se con­juguent étroite­ment le monde végé­tal – riz­ières, bam­bous, lotus – et l’in­sis­tant motif de l’hori­zon mon­tag­neux. Un mod­èle fam­i­li­er assure la cohérence des nota­tions : celui du “paysage”, de la “vue” pit­toresque. Proche de l’im­agerie chi­noise tra­di­tion­nelle, le réseau des nota­tions visuelles présente en effet un aspect qua­si “pic­to­ri­al­iste”, comme le genre pho­tographique bien con­nu : « je marche dans des estam­pes / où passe par­fois la fig­ure d’un man­darin. » S’y entremê­lent des touch­es olfac­tives et gus­ta­tives plus sen­suelles : le par­fum entê­tant de l’os­man­thus, celui du cam­phri­er, les vict­uailles odor­antes et col­orées sur les étals des marchés, et surtout les repas aux sub­tiles com­bi­naisons sucré-salé, aigre-doux, chaud-froid… Con­tin­uer la lec­ture

Arbres, poème et paix

Anne ROTHSCHILD, Nous avons tant voy­agé, Tail­lis Pré, 2018, 95 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87450135–4

Par­mi les pis­tons de la poésie, les pul­sions pri­ment. De mort com­pris­es. En amont, elles se for­ment, se com­pri­ment en pépites dans le corps et de cette mine s’extrait un tré­sor de mots sélec­tion­nés avec soin (sens, son, res­pi­ra­tion) pour les expos­er et trans­met­tre… en aval, à bout de souf­fle, au moment de rejoin­dre l’océan, le néant. Con­tin­uer la lec­ture