Archives par étiquette : Chine

Le pinceau pense et la pensée se fait pinceau

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, Fabi­enne Verdier. Les formes de l’invisible, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2025, 96 p., 16 €, ISBN : 978–2‑36308–424‑8

lambert fabienne verdier les formes de l'invisibleStéphane Lam­bert n’écrit pas sur la pein­ture, mais depuis elle, en elle, à par­tir de l’intensité d’une ren­con­tre dont il n’entend pas étouf­fer le mys­tère sous des grilles théoriques ren­dant inerte le geste de créa­tion. Dans son éblouis­sant essai, Fabi­enne Verdier. Les formes de l’invisible, il retrace au fil d’une pen­sée dev­enue pinceau l’aventure pic­turale frayée par Fabi­enne Verdier, une fig­ure cen­trale du paysage artis­tique con­tem­po­rain. La porte entre le monde de l’Orient et celui de l’Occident que la pein­tre a ouverte depuis son long séjour ini­ti­a­tique en Chine dans les années 1980 se redou­ble dans la tra­ver­sée des portes qui jalon­nent le par­cours de l’artiste. Con­tin­uer la lec­ture

Simon Leys. La clairvoyance contre l’idéologie

Simon LEYS, Ombres chi­nois­es, Nou­velle édi­tion aug­men­tée, Pré­face de Jean-François Rev­el, Les Belles Let­tres, 2025, 360 p., 15,90 €, ISBN : 9782251456560

leys ombres chinoisesLe regard que Simon Leys por­ta sur la Chine pop­u­laire dans Les habits neufs du prési­dent Mao (1971), Ombres chi­nois­es (1974), Images brisées (1976) ame­na au grand jour ce que, longtemps, les maoïstes occi­den­taux ne lui ont pas par­don­né de révéler, n’y voy­ant que le reflet d’une idéolo­gie enne­mie, anti-Mao : le bas­cule­ment de la Chine dans une bureau­cratie total­i­taire, le cauchemar dic­ta­to­r­i­al de la Révo­lu­tion cul­turelle. Essay­iste, sino­logue, tra­duc­teur de Con­fu­cius, his­to­rien de l’art, Simon Leys (pseu­do­nyme de Pierre Ryck­mans) est nom­mé attaché cul­turel à Pékin en 1972 et chargé de sil­lon­ner le pays afin d’en dress­er un rap­port glob­al. Au terme de six mois de voy­age dans une Chine qui ne délivre aux obser­va­teurs occi­den­taux qu’une vit­rine men­songère, il écrit Ombres chi­nois­es, un essai qui tient d’un pam­phlet cri­tique et d’un chant nos­tal­gique, dont le titre ren­voie autant à la tra­di­tion de la cal­ligra­phie qu’il n’a cessé d’étudier qu’au théâtre des ombres que les autorités maoïstes met­tent en scène à l’adresse des voyageurs venus d’Occident. Con­tin­uer la lec­ture

Jeu de pistes

Daniel DE BRUYCKER, Des­tins nomades, Post­face de Gérald Pur­nelle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 303 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87568–705‑0

de bruycker destins nomadesLe titre Des­tins nomades cou­vre cinq recueils dont le présent vol­ume reprend les qua­tre pre­miers, Daniel De Bruy­ck­er se présen­tant non comme auteur mais comme tra­duc­teur et présen­ta­teur. Poèmes de Hou Dang Ye, le volet 1, est annon­cé comme l’œuvre d’un poète chi­nois mal con­nu du 7e siè­cle, sol­dat affec­té à la Grande Muraille et amoureux infor­tuné de la belle Shan Tao. Le deux­ième, Ascen­sion, aurait vu le jour au 2e siè­cle, tou­jours en Chine ; il serait dû au supérieur d’un monastère qui, sa retraite prise, chem­ine sere­ine­ment vers la mort. Suiv­ent les Ghazāls des Hu, chroniques anci­ennes représen­tées sur des kil­ims puis déchiffrées par al-Çek­ery, marc­hand éru­dit qui les pub­lie en per­san vers 1906. Le volet 4, Sous l’olivier, est un con­te en vers attribué au même al-Çek­ery : le jeune héros ren­con­tre trois vieil­lards qui l’aident par allu­sions à trou­ver sa juste voie dans l’existence. Mal­gré des orig­ines si dis­parates, les qua­tre recueils présen­tent plusieurs traits com­muns. Il s’agit à chaque fois d’une poésie limpi­de, par­fois même naïve, exempte de toute com­pli­ca­tion styl­is­tique ou psy­chologique, tou­jours ordon­née par une trame nar­ra­tive ; une place émi­nente est faite à la géo­gra­phie, tant humaine que naturelle, ain­si qu’aux déplace­ments spa­ti­aux et à l’inexorable écoule­ment du temps. Con­tin­uer la lec­ture

Simon Leys, notre contemporain

Jérôme MICHEL, Simon Leys. Vivre dans la vérité et aimer les cra­pauds, Michalon, coll. « Le bien com­mun », 2023, 128 p., 12 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782347002787

michel simon leys vivre dans la verite et aiemr les crapaudsRes­saisir la cohérence, la puis­sance d’une œuvre, l’arracher aux malen­ten­dus durables qui n’ont cessé de la recou­vrir, dis­siper les lec­tures paresseuses dont elle est pris­on­nière : c’est à l’aune de ces trois ambi­tions que se tient l’essai que Jérôme Michel con­sacre à Simon Leys. Sino­logue, his­to­rien de la pein­ture et de la cal­ligra­phie chi­nois­es, tra­duc­teur de Con­fu­cius, Shi­tao, Lu Xun, Shen Fu, Pierre Ryck­mans boule­verse le paysage intel­lectuel lorsque, en 1971, il pub­lie sous le pseu­do­nyme de Simon Leys, Les habits neufs du prési­dent Mao. Chronique dénonçant la tragédie de la Révo­lu­tion cul­turelle, s’inscrivant à con­tre-courant du maoïsme en France, cet essai (pub­lié par Champ Libre, l’éditeur de Guy Debord) reten­tit comme une bombe. Comme l’analyse fine­ment Jérôme Michel, c’est son amour pour la Chine anci­enne et actuelle, sa fas­ci­na­tion pour une civil­i­sa­tion « autre » vue comme une fig­ure de l’Esprit per­me­t­tant à l’occidental qu’il est de se décen­tr­er, qui le pousse à révéler ce qu’il perçoit comme l’imposture du Grand Tim­o­nier, le plon­geon du rêve com­mu­niste dans le cauchemar du total­i­tarisme. Révéler les som­bres dessous de la « Grande Révo­lu­tion cul­turelle pro­lé­tari­enne », pour­fendre un régime de ter­reur lui vaut d’être ostracisé, traité comme un paria. Con­tin­uer la lec­ture

Cœur et corps à l’ouvrage

Un coup de cœur du Car­net

Isabelle WÉRY, Self­ie de Chine, Midis de la poésie, 86 p., 12 €, ISBN : 978–2‑931054–07‑9

wery selfie de chineDe son pro­pre aveu, l’une des fonc­tions du “taff d’écrivaine” d’Isabelle Wéry est de “sculpter des images pour autrui”. Sculpter, on le fait avec les mains, mais aus­si avec la langue : sculpter des mots implique la col­lab­o­ra­tion active du corps et du cœur, qui parvient à don­ner vie à cette Chine presqu’irréelle, tant elle est éloignée des quo­ti­di­ens occi­den­taux. Et pour­tant, le petit livre d’Isabelle Wéry est aux antipodes d’un Ori­ent fan­tas­mé : c’est dans la Chine bien réelle et son désor­dre organ­isé que plonge ce sino-self­ie, dans un tour­bil­lon ardent que réper­cu­tent les thèmes, les reg­istres, les formes de dis­cours qui s’y trou­vent brassés. Prose poé­tique, cadavre exquis et ten­ta­tives man­darines, franglais, ono­matopées et bor­bo­rygmes mêlés de voyelles décu­plées et d’une ponc­tu­a­tion erra­tique se passent le relais pour un résul­tat chao­tiquo-exta­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Retour vers le futur

Michel HELLAS, Tak­la­makan, Mur­mure des soirs, 2021, 352 p., 22 €, ISBN : 978–2‑93065–771‑4

hellas taklamakanTak­la­makan ? Le titre inter­pelle, l’objet-livre creuse l’interrogation (épais, lignes ser­rées, cou­ver­ture exo­tique), les phras­es ini­tiales pré­cip­i­tent au côté d’un nar­ra­teur emmi­tou­flé dans un sac de couchage au sor­tir d’une tem­pête de sable :

Comme chaque matin, la magie de ce paysage m’émerveille : toutes ces dunes s’entremêlent et se chevauchent ; elles se sur­mon­tent et s’engloutissent l’une l’autre. Leurs lignes de crête, comme un gigan­tesque réseau d’aiguillages à l’approche d’une gare de grande ville (…).  Con­tin­uer la lec­ture

Au-delà de la Chine

Anne ROTHSCHILD, Au pays des osman­thus, Fron­tispice de Sylvie Wuar­in, Tail­lis Pré, coll. « Essais et témoignages », 2020, 96 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–171‑5

rotschild au pays des osmanthusLe nou­veau livre d’Anne Roth­schild relève d’un genre que, en notre époque de mon­di­al­isme instan­ta­né, on pou­vait croire un peu oublié : le réc­it de voy­age. Il relate le périple effec­tué dans le sud de la Chine en sep­tem­bre 2018 par l’écrivaine-artiste et une amie, sans doute Sylvie Wuar­in dont un beau dessin fait seuil au vol­ume. On devine d’emblée le risque d’un tel pro­jet, accru par l’ig­no­rance de la langue locale et le recours à une inter­prète : « accli­mater notre incon­nais­sance de l’Asie grâce à des lan­gages con­nus » (R. Barthes, L’empire des signes). A. Roth­schild y échappe-t-elle ? Un pre­mier niveau du texte, le jour­nal d’une touriste européenne, est nour­ri d’anec­dotes, d’ob­ser­va­tions, d’échanges aimables mais som­maires avec les autochtones. Partout l’eau est présente : pluie, riv­ières, nuages, lacs, à quoi se con­juguent étroite­ment le monde végé­tal – riz­ières, bam­bous, lotus – et l’in­sis­tant motif de l’hori­zon mon­tag­neux. Un mod­èle fam­i­li­er assure la cohérence des nota­tions : celui du “paysage”, de la “vue” pit­toresque. Proche de l’im­agerie chi­noise tra­di­tion­nelle, le réseau des nota­tions visuelles présente en effet un aspect qua­si “pic­to­ri­al­iste”, comme le genre pho­tographique bien con­nu : « je marche dans des estam­pes / où passe par­fois la fig­ure d’un man­darin. » S’y entremê­lent des touch­es olfac­tives et gus­ta­tives plus sen­suelles : le par­fum entê­tant de l’os­man­thus, celui du cam­phri­er, les vict­uailles odor­antes et col­orées sur les étals des marchés, et surtout les repas aux sub­tiles com­bi­naisons sucré-salé, aigre-doux, chaud-froid… Con­tin­uer la lec­ture

Un unisson improbable et poignant

Cather­ine BLANJEAN, Liu Xia. Let­tres à une femme inter­dite, Édi­tions François Bourin, 2018, 144 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 979–1025204054

Écrire à quelqu’un qu’on ne con­naît pas, qu’on ne ren­con­tr­era prob­a­ble­ment jamais, mais dont la pen­sée vous habite, dont l’existence recluse, étroite­ment sur­veil­lée, au bout du monde, vous hante.

Son nom ? Liu Xia, artiste, poète, pho­tographe, assignée à rési­dence dans son apparte­ment à Pékin, depuis bien­tôt dix ans.

Son crime ? Être l’épouse de Liu Xiaobo, intel­lectuel engagé dans un com­bat – tou­jours paci­fique – en faveur de la démoc­ra­tie dans son pays (même si elle ne par­ticipe pas à ses engage­ments poli­tiques), con­damné en 2009 à onze ans de déten­tion, qui a reçu en prison le prix Nobel de la Paix, l’an 2010. Con­tin­uer la lec­ture

Une unique pousse par foyer

Cécile MOUVET, Éten­dre ses branch­es sur le monde, Lans­man, 2018, 40 p., 10€, ISBN : 978–2‑8071–0194‑4

Deux êtres s’aiment, s’enlacent, veu­lent fonder une famille. Un jour, on plante une graine dans le cocon famil­ial. Quelques mois plus tard, naît le fruit de leur amour. D’autres pouss­es veu­lent égale­ment voir le jour, se bous­cu­lent dans le ven­tre de la terre, essaient de sor­tir leurs petites racines. Mais les Élagueurs ne voient pas leur venue d’un très bon œil. Trop de « mau­vais­es herbes » détru­iraient tout. Il n’y aura pas assez d’eau pour toutes les nour­rir. Une seule pousse par foy­er, c’est tout ! Mais deux êtres s’aiment tou­jours et con­tin­u­ent de s’enlacer. Une nou­velle graine est plan­tée… Con­tin­uer la lec­ture

Simon Leys ou Pierre Ryckmans ?

Simon LEYS, La Chine, la mer, la lit­téra­ture, Essais choi­sis par Jean-Luc Out­ers et Pierre Piret, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018, 377 p., 9.50 €, ISBN :  978–2‑87568–250‑5

leys la chine la mer la litteratureL’érudition, la sub­til­ité et la vivac­ité du sino­logue Pierre Ryck­mans font des textes réédités, pré­facés et post­facés par Jean-Luc Out­ers et Pierre Piret sous le titre La Chine, la mer et la lit­téra­ture une chance pour quiconque cherche à s’initier à l’immense civil­i­sa­tion chi­noise. Ain­si, dès les pre­mières pages, deux traits mécon­nus nous en sont livrés et surtout expliqués : la « mon­u­men­tale absence du passé » qui se con­state dans le peu de bâti­ments anciens sub­sis­tants, d’une part, et, de l’autre, la cal­ligra­phie en tant qu’« art suprême aux yeux des Chi­nois ». Les deux cor­re­spon­dent à leur con­vic­tion que la péren­nité spir­ituelle appar­tient à l’écrit trans­mis­si­ble et méta­mor­phos­able, jusqu’aux « faux » copiés au fil des siè­cles, bien plus qu’à la pierre aus­si orgueilleuse que soumise aux ruines du temps. La récur­rence des pra­tiques icon­o­clastes dans l’histoire de la Chine, y com­pris sous l’action des Gardes rouges dans les années soix­ante du XXe siè­cle, en reçoit un éclairage inat­ten­du. De même, approchant « Poésie et pein­ture », Ryck­mans met en exer­gue « les ver­tus du vide » qui s’échangent de l’une à l’autre, blanc, silence, non-dit, ellipse du verbe, absence du sujet, et qui répon­dent à l’idéal du qi (esprit, souf­fle, énergie…), « con­cept cen­tral de la théorie esthé­tique » pour man­i­fester la « com­mu­nion avec l’univers ». Exem­ple splen­dide, ces vers de Ma Zhiyuan : Con­tin­uer la lec­ture

Les aventures d’un acupuncteur belge en Chine

François BEYENS, La Dame de Suzhou, Mur­mure des soirs, 2017, 460 p., 22€, ISBN : 978–2‑930657–37‑0

beyens la dame de suzhou.gifMédecin acupunc­teur for­mé en Chine, maîtrisant le man­darin, Gilles est un fer­vent admi­ra­teur de la civil­i­sa­tion chi­noise. Il arrive à Suzhou dont il désire revoir les célèbres jardins. Mais autre chose motive son voy­age : « Jusqu’ici ma vie avait été si rec­tiligne. Avant il y avait le Gilles que je con­nais­sais. Après il y eut une ascen­sion, une évo­lu­tion accélérée, vers un autre moi, un autre Gilles, une autre vie ». Con­tin­uer la lec­ture

Écriture, lune de miel, et autres abeilles

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Philippe TOUSSAINT, Made in Chi­na, Paris, Minu­it, 2017, 188 p., 15 €/ ePub : 10.99 €, ISBN : 9782707343796

toussaint made in chinaDans Made in Chi­na, entre roman, fic­tion et réal­ité, l’auteur de Foot­ball retrace ses tribu­la­tions de tour­nage dans l’ancien Empire du Milieu.

On avait lais­sé Jean-Philippe Tou­s­saint nous dévoil­er, durant l’été 2015, une robe toute en miel, portée par une man­nequin lors d’un défilé de mode, et pour­suiv­ie par un essaim d’abeilles : son court-métrage The Hon­ey Dress, réal­isé en Chine à par­tir d’un épisode de son roman Nue, était alors présen­té à Bozar, durant l’exposition « Les Belges. Une his­toire de mode inat­ten­due ». Lorsqu’on a pro­posé à Jean-Philippe Tou­s­saint d’effectuer un pre­mier voy­age en Chine, et qu’on lui a demandé quelles étaient ses con­di­tions, l’écrivain et réal­isa­teur n’en n’a for­mulé qu’une : « Rester longtemps. » C’est sans doute pour cela que, depuis le début du 21e siè­cle, et bien avant The Hon­ey Dress, il s’est ren­du à plusieurs repris­es à Pékin, à Shang­hai, à Guangzhou, à Chang­sha, à Nankin, à Kun­ming, à Lijiang. Et qu’il est revenu encore à Guangzhou. Nous qui ignorons beau­coup de choses sur la Chine (vous avez une idée des dis­tances séparant ces mégapoles, vous?) et notam­ment de ce qu’il en est là-bas du monde de l’édition (pour ne s’en tenir qu’au man­darin), nous n’imaginions pas qu’il y ait eu pra­tique­ment à chaque fois der­rière ces voy­ages, son édi­teur chi­nois (acces­soire­ment aus­si, celui de Beck­ett et de Robbe-Gril­let). À la fois homme de let­tres, pro­fesseur aux Beaux-Arts, directeur d’un cen­tre d’art, pein­tre estimé, Chen Tong, c’est son nom, est égale­ment chef d’entreprises en tout genre, pro­duc­teur de films, et le “leader of the gang” de quelques jeunes Can­ton­ais qui gravi­tent dans son orbite et ses affaires, là où le com­merce et les arts ont sou­vent par­tie liée. Con­tin­uer la lec­ture

Blues et tango à Hong Kong

Alain BERENBOOM, Hong Kong blues, Genèse, 2017, 317 p., 23,50 €/ePub : 14.99 €   ISBN : 9791094689028

berenboomSit­u­a­tion par­ti­c­ulière­ment incon­fort­able que celle de l’écrivain et jour­nal­iste français Mar­cus Deschanel, retenu à Hong Kong parce que le passe­port qu’on lui avait volé a été retrou­vé dans le sac d’une jeune femme assas­s­inée. La police sem­ble priv­ilégi­er la thèse de son impli­ca­tion dans l’assassinat. Une lueur d’espoir survient lorsqu’intervient Patri­cia (au nom chi­nois imprononçable). La rela­tion entre eux est ambiguë, Mar­cus ne pou­vant s’empêcher de jouer le Don Juan. Et puis Patri­cia dis­paraît. Et Mar­cus va être inculpé et incar­céré. Mais… de rebondisse­ments en rebondisse­ments, l’affaire se com­plique. Surtout, les pièges « byzan­tins » et les manip­u­la­tions se mul­ti­plient, les masques tombent les uns après les autres, dans un sens comme dans l’autre (les amis ne le sont peut-être pas tant que ça, et ceux qui parais­sent les « enne­mis » ne sont peut-être pas hos­tiles). Les cer­ti­tudes vac­il­lent et les scé­nar­ios et hypothès­es du Français ne sont pas aus­si déli­rants qu’ils le parais­sent. Quel est le degré de duplic­ité de cha­cun des per­son­nages ? Mar­cus a toutes les peines du monde à (sur)vivre dans ce jeu de vrais et de faux sem­blants. D’autant que c’est un per­son­nage dou­teux qui lui donne les clés de com­préhen­sion de sa sit­u­a­tion et lui per­met de s’en sor­tir. Con­tin­uer la lec­ture

Les vies nouvelles de Simon Leys

Un coup de coeur du Carnet

Philippe PAQUET, Simon Leys, Nav­i­ga­teur entre les mon­des, Paris, Gal­li­mard, 2016, 672 p., 25€/ePub : 17.99€

paquetEn 1992, dans son dis­cours de récep­tion à l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture française de Bel­gique, où il allait occu­per le fau­teuil de Georges Simenon, Simon Leys rap­pelait que « Samuel John­son esti­mait que l’on ne peut entre­pren­dre de racon­ter la vie d’un homme si l’on n’a pas mangé et bu en sa com­pag­nie. ». La biogra­phie  que lui con­sacre Philippe Paquet en est une belle preuve. La con­vivi­al­ité – et la com­plic­ité de Han­fang, l’épouse de l’écrivain – lui a per­mis d’entamer ses recherch­es sans en avoir l’air, sans prévenir l’intéressé. Con­tin­uer la lec­ture