Emmanuelle POL, Jan (sur un air de jazz), Finitude, 2025, 176 p., 18 €, ISBN : 9782363392343
« La musique est moins mystérieuse que la vie, c’est peut-être pour ça que je fais de la musique », disait un jour Keith Jarrett. Jan, le pianiste (fictif) du roman éponyme d’Emmanuelle Pol, au toucher aérien, aurait pu le dire lui aussi — lui pour qui « la musique était le réel. Pas de transcendance. Elle était le concret, ce qu’il y avait de plus concret. » Un concret fait de compositions, de répétitions, de concerts, d’enregistrements. Tandis que sa vie, elle, est faite de blessures, d’angoisses, de peurs, de solitude. De creux aussi. Et ce, dès avant sa naissance. Et ce prénom qu’il porte, peut-être à cause d’un célèbre collaborateur nazi flamand, dont c’était le deuxième prénom… Continuer la lecture

« ‘Pour suivre Jésus, le Christ, rejetez-vous Satan ?’ Satan ! Au vingt et unième siècle ! Donc l’Église admettait toujours l’existence du Diable. Pourquoi nous cachait-on cela ? » Ainsi s’insurge la narratrice, une quadra banale, épouse et mère quelconque, lors d’une cérémonie religieuse prononcée au cours d’une fête familiale. C’est que cette liturgie aux accents d’exorcisme revêt pour elle les atours d’une réelle salvation, un arrachement à « l’autre » qu’elle invoquera corps et âme dans sa descente aux enfers. Qui l’y propulse ? Lui, l’autre, le « Prince de ce monde », le mal en personne, celui qui la séduira, l’obnubilera, la fascinera, la possédera, la détruira… 