Archives par étiquette : Hélice hélas

Des vies fécondes

Claire MAY, Rêves d’azote, Hélice Hélas, 2026, 192 p., 20 €, ISBN : 978–2‑940700–93‑6

may rêves d'azoteMédi­ta­tion romanesque sur la fécon­dité, sur les liens entre généra­tions, Rêves d’azote con­stru­it un réc­it autour de ce qui relie les mon­des, de ce qui assure la per­pé­tu­a­tion de la lignée. Après un pre­mier roman, Oost­duinkerke (Édi­tions de l’Aire) couron­né par le prix de la pre­mière œuvre fran­coph­o­ne de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles et par le prix SPG, Claire May nous plonge dans le rêve de mater­nité et ce qui, par­fois, l’entrave. Délais­sant l’approche psy­chologique, l’exploration du désir d’enfanter, elle donne à enten­dre le par­cours d’une femme médecin recourant à la fécon­da­tion in vit­ro. Avec son com­pagnon Frédéric, la nar­ra­trice gagne la Lig­urie avec pour via­tique un ouvrage-tal­is­man, Au bon­heur des morts de Vin­ciane Despret. Là où l’essai de Vin­ciane Despret inter­roge les liens, les réc­its qui relient les morts aux vivants, la nar­ra­trice envis­age d’accomplir sem­blable tra­vail avec ceux et celles qui n’arrivent pas à naitre, qui échouent à voir le jour. Con­tin­uer la lec­ture

Errance cosmique

Un coup de cœur du Car­net

Frédéric ROUSSEL, Amormi­na B, Hélice Hélas, coll. « Mycéli­um Mi-raisin », 2025, 336 p., 22 €, ISBN : 9782940700691

roussel amormina bFidèle à l’ap­proche nar­ra­tive ini­tiée dans son précé­dent ouvrage (Grand Nord en 2021 chez le même édi­teur), Frédéric Rous­sel con­tin­ue son explo­ration de l’er­rance et de la soli­tude à tra­vers un réc­it de sci­ence-fic­tion qui nous emmène sur la loin­taine planète Amormi­na B. Con­tin­uer la lec­ture

Retrouvailles avec une famille commune

Un coup de cœur du Car­net

Olivia MOLNAR et Ald­win RAOUL, Atlas des plantes de mau­vaise vie, Hélice Hélas, 2023, 72 p., 24 €, ISBN : 9782940700264

molnar atlas des plantes de mauvaise vieL’Atlas des plantes de mau­vaise vie est présen­té comme un « her­bier de l’infra-ordinaire » en écho au tra­vail de Georges Perec. 31 plantes ver­nac­u­laires s’y déploient, ayant en com­mun la  par­tic­u­lar­ité de grandir à l’état sauvage dans les rues de Brux­elles, mais aus­si partout dans les villes du Nord de l’Europe. Elles sur-vivent entre les pavés, dans les anfrac­tu­osités des trot­toirs, sous le béton qui, banale­ment, nous encer­cle de toute part. En prenant le temps de s’arrêter sur leurs exis­tences, les artistes Olivia Mornar et Ald­win Raoul s’attèlent à mon­tr­er la richesse du lex­ique dans lequel les plantes appa­rais­sent. Cette richesse est un trem­plin pour activ­er notre imag­i­naire végé­tal, et rap­pel­er à notre mémoire les mythes, les his­toires et les légen­des que les plantes véhicu­lent. À chaque plante est reliée une recherche minu­tieuse dans des gri­moires, des livres savants et autres tré­sors les consignant, les pro­tégeant. On y redé­cou­vre que les plantes ne sont pas seule­ment de mau­vais­es herbes insignifi­antes et invis­i­bles. Elles sont surtout des « com­pagnonnes dis­crètes » de l’humanité. Majori­taires sur la planète et il est plus que temps d’en par­ler, de leur accorder de l’attention et du soin, pour voir le monde autrement, pour déplac­er et trans­former notre rap­port à la ville, à la nature, à l’humanité. Con­tin­uer la lec­ture

D’une exploration

Un coup de cœur du Car­net

Frédéric ROUSSEL, Grand Nord, Hélice Hélas, coll. « Mycéli­um mi-raisin », 2021, 184 p., 18 €, ISBN : 978–2‑940522–97‑2

roussel grand nordOn entame la tra­ver­sée du Grand Nord comme sur des raque­ttes, pré­cau­tion­neuse­ment, assez mal­adroite­ment, en quête de sta­bil­ité. On est quelque peu désori­en­té face à l’étendue poudreuse et l’absence de repères fam­i­liers, mais une chose scin­tille aus­si claire­ment que les cristaux de glace : il faut trac­er un chemin, un pas après l’autre, et pénétr­er l’immensité. « En haut à droite, un glac­i­er gigan­tesque, / qui couronne l’archipel. / La presqu’île, en haut à gauche, se pro­longe par le cap de la Mélan­col­ie. / Les îles lit­torales, dans le bas, / ce sont les îles de la Soli­tude. / Il y a des riv­ières et des lacs, / innom­brables, / le lac du Mal­heur, / le lac de l’Oubli, / le lac de l’Abandon, pour les prin­ci­paux. / Il y a des mon­tagnes, aus­si. / Comme le Pic des Calamités, / qui cul­mine à 2358 mètres, / dans la chaîne côtière ». Tel est le paysage aux réso­nances émo­tion­nelles dans lequel le lecteur-explo­rateur évoluera. Con­tin­uer la lec­ture

Qu’est-ce qu’il fait, qu’est ce qu’il a, qui c’est celui- là ?

Xavier LÖWENTHAL, Nathan. Roman pornographique et misog­y­ne pour jeune fille, Hélice Hélas, coll. « Mycéli­um mi-raisin », 2019, 224 p., 20 €, ISBN : 978–2‑940522–80‑4

« Alors j’ai cogné ; de toutes mes forces. Du bout de ma chaus­sure, j’ai déplacé sa tête pour voir son vis­age et le sang ». C’est l’incipit du pre­mier chapitre de Nathan qui ne compte que sept lignes… Ce meurtre obscur, sans doute acci­den­tel et dont on ne saura rien de plus sinon qu’il est con­sid­éré comme raciste, Nathan se l’impute sans aucune cer­ti­tude à ce pro­pos. Ques­tion ironique à se pos­er : n’est-ce pas somme toute acces­soire en regard de son style de vie d’une rare incor­rec­tion? Celui d’un jouis­seur, sex­iste et dés­in­volte, fig­ure cen­trale de cet opus effron­té­ment sous-titré « roman pornographique et misog­y­ne pour jeune fille ». Nor­mal quand on s’avise que l’auteur n’est autre que Xavier Löwen­thal, véri­ta­ble couteau suisse de la sub­ver­sion créa­tive : auteur, dessi­na­teur, enseignant, théoricien de la BD, fon­da­teur des édi­tions « La cinquième couche » et féru de détourne­ments (dont ceux, notam­ment du Maus de Spiegel­man ou des Schtroumpfs). Con­tin­uer la lec­ture