Claire MAY, Rêves d’azote, Hélice Hélas, 2026, 192 p., 20 €, ISBN : 978–2‑940700–93‑6
Méditation romanesque sur la fécondité, sur les liens entre générations, Rêves d’azote construit un récit autour de ce qui relie les mondes, de ce qui assure la perpétuation de la lignée. Après un premier roman, Oostduinkerke (Éditions de l’Aire) couronné par le prix de la première œuvre francophone de la Fédération Wallonie-Bruxelles et par le prix SPG, Claire May nous plonge dans le rêve de maternité et ce qui, parfois, l’entrave. Délaissant l’approche psychologique, l’exploration du désir d’enfanter, elle donne à entendre le parcours d’une femme médecin recourant à la fécondation in vitro. Avec son compagnon Frédéric, la narratrice gagne la Ligurie avec pour viatique un ouvrage-talisman, Au bonheur des morts de Vinciane Despret. Là où l’essai de Vinciane Despret interroge les liens, les récits qui relient les morts aux vivants, la narratrice envisage d’accomplir semblable travail avec ceux et celles qui n’arrivent pas à naitre, qui échouent à voir le jour. Continuer la lecture


On entame la traversée du Grand Nord comme sur des raquettes, précautionneusement, assez maladroitement, en quête de stabilité. On est quelque peu désorienté face à l’étendue poudreuse et l’absence de repères familiers, mais une chose scintille aussi clairement que les cristaux de glace : il faut tracer un chemin, un pas après l’autre, et pénétrer l’immensité. « En haut à droite, un glacier gigantesque, / qui couronne l’archipel. / La presqu’île, en haut à gauche, se prolonge par le cap de la Mélancolie. / Les îles littorales, dans le bas, / ce sont les îles de la Solitude. / Il y a des rivières et des lacs, / innombrables, / le lac du Malheur, / le lac de l’Oubli, / le lac de l’Abandon, pour les principaux. / Il y a des montagnes, aussi. / Comme le Pic des Calamités, / qui culmine à 2358 mètres, / dans la chaîne côtière ». Tel est le paysage aux résonances émotionnelles dans lequel le lecteur-explorateur évoluera.
« Alors j’ai cogné ; de toutes mes forces. Du bout de ma chaussure, j’ai déplacé sa tête pour voir son visage et le sang ». C’est l’incipit du premier chapitre de Nathan qui ne compte que sept lignes… Ce meurtre obscur, sans doute accidentel et dont on ne saura rien de plus sinon qu’il est considéré comme raciste, Nathan se l’impute sans aucune certitude à ce propos. Question ironique à se poser : n’est-ce pas somme toute accessoire en regard de son style de vie d’une rare incorrection? Celui d’un jouisseur, sexiste et désinvolte, figure centrale de cet opus effrontément sous-titré « roman pornographique et misogyne pour jeune fille ». Normal quand on s’avise que l’auteur n’est autre que Xavier Löwenthal, véritable couteau suisse de la subversion créative : auteur, dessinateur, enseignant, théoricien de la BD, fondateur des éditions « La cinquième couche » et féru de détournements (dont ceux, notamment du Maus de Spiegelman ou des Schtroumpfs).