Archives par étiquette : Invenit

Au train où vont les événements

Colette NYS-MAZURE, Sans crier gare, Illus­tra­tions d’Élise Kasztelan, Inven­it, coll. « Déplace­ment », 2024, 64 p., 13 €, ISBN : 9782376801078
Colette NYS-Mazure, La grâce et la ren­con­tre, Poe­sis, coll. « Habiter poé­tique­ment le monde », 2024, 16 p., 5 €, ISBN : 9782492239076

nys mazure sans crier gareUne pluie de pub­li­ca­tions récentes fait la part belle aux écrits de Colette Nys-Mazure. Par­mi celles-ci, Sans crier gare évoque son attache­ment pour l’univers fer­rovi­aire. La Tour­naisi­enne y dépeint un micro­cosme en miroir de la société.

Loin de présen­ter ses déplace­ments comme idylliques, Colette Nys-Mazure n’hésite pas à soulign­er com­bi­en ces lieux clos peu­vent appa­raître tour à tour « mal­odor­ants surpe­u­plés nég­ligés ». La clef de son obsti­na­tion à se déplac­er éter­nelle­ment en train ? La volon­té de se mêler aux pas­sants et d’écouter « réson­ner d’autres vies ». Avec humour, la poétesse octogé­naire con­fie avoir raté sa voca­tion : tra­vailler pour le rail ! Con­tin­uer la lec­ture

Manifeste muséal

Colette NYS-MAZURE et Isabelle GILLET, Le tour des aban­dons : une nuit au Mufim, Inven­it, 2024, 96 p., 13 €, ISBN : 9782376801221

nys-mazure gillet le tour des abandonsÀ Tour­nai, au MuFIm, musée du folk­lore et des imag­i­naires, lors d’une nuit « privée du regard d’autres vis­i­teurs », deux habi­tantes ponctuelles se sont lovées : la philo­logue, poétesse et autrice belge Colette Nys-Mazure et Isabelle Gillet, com­mis­saire d’expositions, pro­fesseure des uni­ver­sités (Artois) et essay­iste. Le tour des aban­dons nous greffe à cette errance inspi­rante. Con­tin­uer la lec­ture

Le jardinier-soleil

Chris­tine VAN ACKER, Émile Claus. Le vieux Jar­dinier, Inven­it, coll. « Ekphra­sis », 2022, 54 p., 14 €, ISBN : 9782376800927

van acker le vieux jardinierDans la très belle col­lec­tion « Ekphra­sis » des Édi­tions Inven­it, basée sur le principe du dia­logue entre un écrivain et une œuvre muséale, Chris­tine Van Ack­er décline un texte flo­ral-cos­mique, d’une écopoésie sub­tile, con­sacré au tableau Le vieux jar­dinier du pein­tre Émile Claus. C’est à par­tir du ray­on­nement d’Hélios qu’elle approche cette œuvre exposée à La Bover­ie à Liège et qu’elle déroule un texte-tour­nesol autour d’un artiste qui fut une des fig­ures mar­quantes du lumin­isme. La con­fronta­tion relève de mul­ti­ples reg­istres : du reg­istre exis­ten­tiel dès lors que l’éclat héli­aque du Vieux jar­dinier « sauve des vies », sauve « quelques mois » de celle de l’autrice au creux de l’hiver du con­fine­ment, reg­istre du réc­it biographique, des échos de l’enfance, reg­istre de l’esthétique et des effets qu’il pro­duit, reg­istre d’une sen­si­bil­ité et d’un engage­ment écologiques. Dans ce por­trait d’un por­trait, Chris­tine Van Ack­er tisse des fils de soie, d’or, de mousse entre le corps-monde du per­son­nage peint par Émile Claus et le corps-terre de son grand-père, déplie la carte du Temps et de ses rav­ages écologiques, remonte de la fin du 19e siè­cle à notre présent dévasté. Le mou­ve­ment s’enfonce dans l’esprit et la matière du tableau autant que dans les rêves qui pro­lon­gent la géo­gra­phie de sa com­po­si­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Chimie poétique

Un coup de cœur du Car­net

LABORATOIRE NOVALIS, Le sys­tème poé­tique des élé­ments, Inven­it, 2019, 312 p., 35 €, ISBN : 978–2‑376800–33‑0

novalis le systeme poetique des elementsQuelle for­mi­da­ble idée d’associer le génial tableau péri­odique des élé­ments de Mendeleïev à la poésie, elle-même élé­men­taire et tran­scen­dante. Résul­tat : un très beau livre en quadrichromie, exposant plus de 300 pages d’inventions qui fondent nos con­nais­sances au même moment qu’elles dis­sol­vent la fron­tière entre sci­ence et art ; Con­tin­uer la lec­ture

Comprendre de l’intérieur

Colette NYS-MAZURE, Quand tu aimes il faut par­tir. Sur “Mater­nité” de Modigliani, Inven­it, 2016, 71 p.

nys-mazurePub­liée par les édi­tions Inven­it à Tour­co­ing, la col­lec­tion « Ekphra­sis » con­fie à des écrivains le soin de com­menter en toute lib­erté un tableau remar­quable. Colette Nys-Mazure, qui avait déjà signé en 2013 Val­lo­ton, le soleil ni la mort, con­sacre aujour­d’hui un opus­cule à Mater­nité de Modigliani : Quand tu aimes il faut par­tir. L’in­térêt prin­ci­pal de ce livre, nous sem­ble-t-il, est de pos­er implicite­ment plusieurs ques­tions épineuses quant à l’ap­proche lit­téraire de l’œu­vre pic­turale, entre obser­va­tion visuelle, infor­ma­tions biographiques, rap­proche­ments avec d’autres pein­tres, cita­tions d’écrivains, intu­ition per­son­nelle, inter­pré­ta­tions téméraires. Mater­nité représente la com­pagne du pein­tre, Jeanne Hébuterne, ten­ant sur ses genoux – sans la retenir, pré­cise l’es­say­iste – leur petite Gio­van­na. « Der­rière la jeune fille qu’il a faite femme et mère, je déchiffre la fig­ure tutélaire d’Eugénie », la mère de Jeanne ; « la tristesse suinte de cette œuvre » ; « j’emporte une image tout à la fois désolée et rob­o­ra­tive » ; « “on ne nous aura pas. Je résiste, moi aus­si” affirme Jeanne ». Aucune de ces asser­tions, notons-le, n’est vraie ni fausse : C. Nys-Mazure a fait résol­u­ment le choix de l’ap­préhen­sion sub­jec­tive en vue d’ex­pliciter les sig­ni­fi­ca­tions pro­fondes du tableau, qui pour elle sont prin­ci­pale­ment des sig­ni­fi­ca­tions affec­tives. Con­tin­uer la lec­ture