Archives par étiquette : Nicolas Grégoire

Nicolas Grégoire : « vie malgré lui »

Nico­las GRÉGOIRE, Désas­tre ravalé / ravaler désas­tre, dessins de Pauline Emond, Æncrages & Co, coll. « Ecri(peind)re », 2022, 21 €, ISBN : 978–2‑35439–110‑2

« une de mes colères brusques
j’ai écrit d’abord père à la place du mot colère
 »

gregoire desastre ravale ravaler desastreD’une implaca­ble dureté, le recueil Désas­tre ravalé / ravaler désas­tre de Nico­las Gré­goire creuse le mou­ve­ment de « relire, redire, encore ». Pour ten­ter d’affronter un effon­drement, pour ten­ter d’élucider un désas­tre sur lequel se cogne tant le réel que le tra­vail de la parole.

Le nœud coulant de cet effon­drement, son noy­au, n’est autre que la rela­tion vio­lente à un père alcoolique et l’insoutenable dif­fi­culté de « dire autre chose de soi-même » qui ne soit irrémé­di­a­ble­ment apposé du sceau de ce désas­tre, de dire quelque chose qui ne soit pas sans cesse ramené à cet épi­cen­tre. Par­mi les débris du soi et d’une rela­tion qui s’est ain­si dél­itée dès le départ, qui tel un verre s’est éclatée en mille morceaux sans pou­voir être con­tenue, on con­state en effet que le désas­tre « a eu lieu », comme l’écrit Marc Dugardin dans la pré­face à ce recueil, a été « avalé, donc, une pre­mière fois, le désas­tre. Puis ravalé, des tas de fois ». La pen­sée et les mots sont ain­si pris au piège d’une cir­cu­lar­ité inten­able que le tra­vail de l’écriture, buté et obstiné, tente de bris­er. Con­tin­uer la lec­ture

La poésie est-elle possible après le génocide ?

Nico­las GRÉGOIRE, Tra­vail de dire, Rougerie, 2019, 62 p., 12 €, ISBN : 978–2‑85668–406‑1

« Écrire un poème après Auschwitz est bar­bare, et de ce fait affecte même la con­nais­sance qui explique pourquoi il est devenu impos­si­ble d’écrire aujour­d’hui des poèmes » (Theodor Adorno, Prismes). Bien­tôt célèbre, cette affir­ma­tion de 1955 don­na lieu à de vir­u­lentes dis­cus­sions où s’il­lus­tra notam­ment un Paul Celan. L’ef­froi sus­cité par la décou­verte de la bar­barie nazie rendait en effet inac­cept­able la réac­ti­va­tion de l’ac­tiv­ité cul­turelle et artis­tique antérieure, laque­lle n’avait pu empêch­er quoi que ce soit. Ain­si, écrit encore Adorno, « les artistes authen­tiques du présent sont ceux dont les œuvres font écho à l’hor­reur extrême » (Mod­èles cri­tiques). Or, voici que le géno­cide rwandais de 1994 a eu pour effet d’en­gen­dr­er avec acuité – le pub­lic étant infor­mé qua­si en direct – des réac­tions ana­logues : sidéra­tion muette, choc émo­tif, recours à des for­mules stéréo­typées (« sauvagerie », « folie meu­trière », « cru­auté », etc.), honte envers les rescapés, sen­ti­ment de cul­pa­bil­ité. Vint ensuite le vouloir-com­pren­dre, qui se nour­rit de témoignages, de reportages, de travaux his­to­riens, d’en­quêtes judi­ci­aires : sur­saut ratio­nal­iste hon­or­able qui n’en étouffe pas moins les émo­tions ini­tiales, por­teuses d’une cer­taine vérité autant que d’une évi­dente impuis­sance. Mais, devant des dévoiements aus­si ter­ri­fi­ants, existe-t-il une “bonne” atti­tude ? Con­tin­uer la lec­ture

Tendre et tendue, la mémoire …

Nico­las GRÉGOIRE, S’effondrer sans, illus­tra­tions Daph­né Bitchatch, Aen­crages & Co, 2017, 21€, ISBN : 978–2354390839

gregoire-seffondrer-sansÀ quoi sert d’écrire encore et encore, de not­er ces tranch­es de mémoires, ces ten­dres ten­sions que le sou­venir nous pousse à con­sign­er dans un car­net ? À quoi rime la volon­té du dire tou­jours quand on vit et tra­vaille dans un pays rav­agé par le géno­cide ? Telles sont en somme les ques­tions dif­fi­ciles et implaca­bles que pose Nico­las Gré­goire au fil de ses recueils et aux­quelles, mal­gré sa con­nais­sance du Rwan­da, il se garde bien de répon­dre. Car le poète ne cherche pas à élu­cider l’inexprimable juste­ment parce qu’il est indi­ci­ble. Plutôt, il tente la douloureuse entre­prise d’interroger les sou­venirs en déliant les réseaux inex­tri­ca­bles d’une mémoire déchirée, frag­men­tée. Une mémoire en lam­beaux comme l’écrirait Charles Juli­et et dont on sait d’avance qu’on ne pour­ra la rapiécer. Une mémoire fis­surée à laque­lle font écho des corps mar­tyrisés, per­dus, repliés sur leur détresse, pliés dans les cages d’escaliers que le poète souhait­erait explor­er sachant très bien l’impudeur qu’il y aurait à en gravir les march­es. Con­tin­uer la lec­ture

Bourses de la Fondation Spes

L’association de mécé­nat privé Spes décerne chaque année  des bours­es de 5.000 euros pour aider des plas­ti­ciens, musi­ciens, écrivains, poètes, créa­teurs tex­tiles à réalis­er un pro­jet de créa­tion ou de per­fec­tion­nement leur per­me­t­tant d’avancer dans leur car­rière. Par­mi les sept bours­es décernées cette année, trois revi­en­nent à des écrivains.  Con­tin­uer la lec­ture

Art de vivre en période mortifère

Marc DUGARDIN, Table sim­ple, Rougerie, 2015, 76 p., 13 €

dugardin_tholoméDis­ons-le d’emblée : Marc Dugardin n’écrit pas. Marc Dugardin vit. Marc Dugardin ren­con­tre, partage, s’in­ter­roge, s’an­goisse, rêve, s’of­fusque, regarde, ose un mot ou deux, se fait des amis, admire, écoute, goûte, appré­cie, se dés­espère, fait décou­vrir, s’adoucit. Con­tin­uer la lec­ture