Archives par étiquette : Table ronde

« Le témoin déjà en poussière de ma propre poussière… »

José-André LACOUR, Le rire de Caïn, Table ronde, coll. « Petite Vermillon », 620 p., 10,5 €, ISBN : 9791037105387

« Le mot chef-d’œuvre est galvaudé. » C’est sur ce constat sans appel que s’ouvre la préface signée par Jacques De Decker à propos d’un des plus grands livres oubliés des lettres francophones de Belgique. Le rire de Caïn de José-André Lacour (1919-2005) constitue en effet un sommet de la veine autobiographique romancée. Publié à l’enseigne de La table ronde en 1980 – soit à l’époque où le questionnement identitaire se disait encore « Belgitude » à Paris –, ce fort volume se verra couronné par le Grand Prix des Lectrices du magazine Elle. Rien d’étonnant à cette reconnaissance si l’on considère la maestria de Lacour à camper les portraits des femmes qui peuplent son récit, à les mettre en scène dans le spectre le plus étendu de leurs attitudes, à faire ressentir leurs douleurs secrètes, leurs doutes, leur force, leur sensibilité, leur violence, bref leur être tout entier. Continuer la lecture

Être à nous-même un poème

William CLIFFMatières fermées, Table ronde, 2018, 256 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN :  9782710384526

cliff matieres fermeesComment trouver la juste cadence d’une vie ? William Cliff la cherche dans les alexandrins qu’il tend comme des filets au travers des années. Elle est dans ces liasses de poèmes jetés au hasard de l’existence et qui restent comme l’écume après la marée. Cette vie qui n’en finit plus de se dérober, de se défaire à l’horizon du lendemain, William Cliff tente de la faire tenir dans la forme stricte et compacte du sonnet. Matières fermées en explore les variations possibles : on y trouve des sonnets classiques, des sonnets shakespeariens – qui rappellent que William Cliff a traduit les poèmes du dramaturge anglais –, mais aussi des sonnets « polaires », où deux quatrains encadrent les tercets. Cette forme rappelle le souvenir de Baudelaire, qui la pratiqua, et la référence à l’auteur des Fleurs du mal nourrit, en contrepoint, une méditation sur le bonheur, sur la fin, sur les mots ordinaires que l’on répète avec l’espoir de voir son histoire, déclinante, se réenchanter. Continuer la lecture