Archives par étiquette : William Cliff

Bruxelles, bien- et mal-aimée

Marc MEGANCK, Amour et désamour. Regards d’écrivains sur Bruxelles. 1845-1978, Historia, 2018, 64 p., p.50 €, ISBN : 978-2-93042-326-5

Le vingtième titre de la collection proposée par le Musée de la Ville de Bruxelles est l’un des plus attrayants : Amour et désamour. Regards d’écrivains sur Bruxelles 1845-1978. Cette petite anthologie, composée par Marc Meganck, s’ouvre par une lettre de Balzac à sa bien-aimée Eveline Hanska, célébrant en Bruxelles une des villes  « sacrées », « primordiales », où ils se sont retrouvés. Continuer la lecture

Être à nous-même un poème

William CLIFFMatières fermées, Table ronde, 2018, 256 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN :  9782710384526

cliff matieres fermeesComment trouver la juste cadence d’une vie ? William Cliff la cherche dans les alexandrins qu’il tend comme des filets au travers des années. Elle est dans ces liasses de poèmes jetés au hasard de l’existence et qui restent comme l’écume après la marée. Cette vie qui n’en finit plus de se dérober, de se défaire à l’horizon du lendemain, William Cliff tente de la faire tenir dans la forme stricte et compacte du sonnet. Matières fermées en explore les variations possibles : on y trouve des sonnets classiques, des sonnets shakespeariens – qui rappellent que William Cliff a traduit les poèmes du dramaturge anglais –, mais aussi des sonnets « polaires », où deux quatrains encadrent les tercets. Cette forme rappelle le souvenir de Baudelaire, qui la pratiqua, et la référence à l’auteur des Fleurs du mal nourrit, en contrepoint, une méditation sur le bonheur, sur la fin, sur les mots ordinaires que l’on répète avec l’espoir de voir son histoire, déclinante, se réenchanter. Continuer la lecture

Le désarroi et la maraude

William CLIFF, Au Nord de Mogador, Le Dilettante, 2018, 124 p., 15 €, ISBN : 978-2-84263-931-0

cliff au nord de mogadorPeut-être ses lecteurs seront-ils un peu déçus par le dernier recueil de W. Cliff, au style et aux contenus plus prosaïques que jamais. Davantage encore que dans ses livres précédents, l’auteur prend à bras le corps l’ordinaire de la vie en évitant toute espèce d’embellissement. Pour la plupart, les textes prennent – ou semblent prendre – leur source dans une anecdote vécue personnellement, laquelle devient matière à réflexion sinon à méditation généralisante. Le paradoxe, c’est qu’ils adoptent la forme de poèmes, versifiés selon une métrique généralement régulière : décasyllabes, alexandrins, heptasyllabes, etc., avec recours à l’assonance plutôt qu’à la rime. Il en résulte une tension constante, caractéristique de l’écriture cliffienne, entre le poétique et le prosaïque : le premier n’est là que pour transcender le second, le sauver de l’insignifiance, lui donner relief et intérêt. C’est ainsi qu’au fil des pages sont évoqués telle auditrice hautaine, une panne d’électricité, le chant d’un oiseau, le soleil printanier, chacune de ces expériences devenant l’occasion de contrecarrer, sans exaltation superflue, la pesante banalité de la vie. De même, l’on note une curieuse insistance sur le motif du repas, acte d’une parfaite quotidienneté, mais assorti en l’occurrence d’une valeur positive et même salvatrice. Continuer la lecture

L’abdication : William Cliff au Poème 2

cliff

William Cliff a au cours de sa carrière littéraire varié ses beaux travaux d’écriture. Outre sa poésie, il a mis son rapport aux mots au service de la traduction. Du théâtre aussi. Dans ce genre que pouvait-il écrire d’autre que des tragédies en vers ? Et qui dit tragédie pense aux histoires de grandeur et de majesté. De pouvoir aussi. Dans L’abdication, il donne sa version poétique et rêvée de la Question royale. Une version où comme il dit dans le prologue : Continuer la lecture