Archives par étiquette : L’Âge d’Homme

Où l’on se dit qu’un jour on arrivera à sortir de soi

Un coup de cœur du Carnet

Charline LAMBERT, Désincarcération, L’Âge d’homme, coll. « Contemporains », 2017, 12 €, ISBN : 978-2-8251-4714-6

Tu veux désincarcérer la bête de toi,
tu as des bouches à nourrir, et combien

de chiens affamés

au-dedans, en attente

d’une taxidermie.

Tu fourres toujours dans ta structure,
sous ta peau de cuir,
beaucoup trop d’humain.

lambert desincarcerationDésincarcération est un livre épatant. Une tentative impossible. Un geste impossible. Son programme est vaste et ambitieux. Sans compromis. C’est que Charline Lambert, toute jeune poète, même pas trente ans, ne lâche rien. Tourne sans fléchir autour d’une question. Vaste question. Sans réponse. Comment sortir de notre condition de bête ? De nos incarnations ? De la chaîne multimillénaire des générations ?

Parce que voilà bien tout le malheur : un jour, une fois, nous nous incarnons. Débarquons sur Terre. Via la chair de nos mères. Leur passant littéralement à travers le corps. Nous désincarcérant de leurs ventres. Poupons braillards geignant, peut-être, déjà, de nous savoir carcasses. Futures carcasses. Poupons braillards chialant, peut-être, déjà, sur notre sort. Allez savoir. Continuer la lecture

Mémoires d’un homme qui en a trop vu

Michel ROSTEN, Le temps des nervis, L’Âge d’Homme, 2015, 312 p., 25 €

Michel Rosten - Le Temps des NervisJean Guillemin, à l’entame de son récit, se confie à nous : en démissionnant de son poste de ministre des affaires étrangères, il a ressenti le besoin de raconter ses souvenirs. Les mémoires d’hommes politiques, s’ils nous captivent ou nous intriguent parfois par la truculence des détails et l’importance des enjeux, peuvent aussi nous aider à comprendre le fonctionnement de la chose publique, c’est-à-dire former le citoyen qui est en nous. C’est plus vrai encore dans le cas de mémoires d’un homme politique fictif, personnage signifiant plus que lui-même, essence même de dizaines d’années d’observation journalistique de l’auteur. Le roman est une des manières de sortir du registre de l’anecdote et, paradoxalement, d’atteindre la vérité. Continuer la lecture

« Le jour sent bon le cerisier »

Francine GHYSEN

caremeL’ultime recueil posthume de Maurice Carême, Sac au dos, nous emmène sur les pas du poète, chantant les chemins buissonniers, s’émouvant des paysages, cueillant images et impressions. Continuer la lecture

Humains de compagnie

Audrey CHÈVREFEUILLE

gerardIls s’appellent Osbert, Smiley, Minou, Ducker ou Ursus. Chien, chat, moineau, ours en peluche : ils vivent tous auprès de nous, humains de compagnie. Nous les imaginons dépendants de nous, dénués de pensée, passifs, ces animaux de compagnie. Et si la réalité était tout autre ? Continuer la lecture

Et c’est ainsi qu’Alain est grand

Alain VAN CRUGTEN, La Rébrolution et autres histoires à demi belges, Lausanne, L’Âge d’homme, coll. « La Petite Belgique », 144 p., 15 €

van crugtenDoit-on dire qu’Alain Van Crugten est d’abord traducteur sous prétexte qu’avant de publier ses propres romans et nouvelles, il s’est attelé à rendre dans un français admirable maints chefs-d’œuvre des littératures polonaise, tchèque ou flamande de Belgique ? Certes, sans lui, le public francophone trouverait moins de bonheur à s’immerger dans la prose fluviale et chatoyante de Witkiewicz, dans les étranges récits de Bruno Schultz, dans les pièces de Tom Lannoye ou d’Hugo Claus… Là, déjà, on salue bien bas. AVC-sar ! Continuer la lecture

Jacques Calonne, l’insaisissable noctuelle

Un coup de coeur du Carnet
Pierre MALHERBE

calonne_malherbeOutre une délicate pièce pour piano de Maurice Ravel, dédiée à Léon-Paul Fargue, il existe une myriade de noctuelles, près de vingt-cinq mille espèces à la surface de la terre, semble-t-il, et qu’on appelle un peu plus anonymement des papillons de nuit. Les chenilles de noctuelles sont la terreur des agriculteurs et des passionnés des jardins, car, polyphages, elles se nourrissent de tout ce qui leur passe sous le nez, et uniquement la nuit bien sûr – la journée, elles digèrent leur festin et se reposent avec nonchalance. Jacques Calonne, né en 1930 à Mons, fait partie de cette grande famille des noctuelles, à ceci près qu’il n’est la terreur de personne ayant les doigts verts. Continuer la lecture