Les « Indiens » d’Amérique : entretien avec Véronique Bergen

Aztèques, Hui­chols, Mayas, Iro­quois, Incas, Apach­es, Quechuas, Sioux, Triquis, Nava­jos, Potawatomis… : les Autochtones d’Amérique inspirent auteurs et autri­ces, en Bel­gique et ailleurs. Entre aven­tures de con­quis­ta­dors et réc­its de ren­con­tres dans le monde d’aujourd’hui, ils font sou­vent fig­ure d’altérité rad­i­cale.

Très présents dans la lit­téra­ture belge, les per­son­nages d’Autochtones d’Amérique soulèvent des ques­tions liées à l’identité et à la coloni­sa­tion. Le sujet valait bien un dossier du Car­net et les Instants.

Ini­tié avec l’article « Les ‘Indi­ens’ d’Amérique : de la con­quête au musée » paru dans Le Car­net et les Instants n° 227 (avril 2026), il se pour­suit sur ce blog avec trois entre­tiens, autour d’œuvres qui met­tent en scène des Amérin­di­ens.


Lire aus­si : Les « Indi­ens » d’Amérique : de la con­quête au musée (Le Car­net et les Instants n°227)


Nous vous don­nons donc ren­dez-vous chaque dimanche, du 12 au 26 avril.

Véronique Bergen : « Densifier Moctezuma, non le réhabiliter »

Véronique Bergen

Véronique Bergen

Autrice pro­téi­forme, Véronique Bergen est aus­si bien essay­iste, roman­cière, poétesse que nou­vel­liste. Son roman Moctezu­ma a paru en 2024 chez Mael­ström reEvo­lu­tion. Don­nant tour à tour la parole aux Aztèques et aux Espag­nols, il recrée les derniers instants de l’empire aztèque et les derniers jours de l’empereur Moctezu­ma.  
Véronique Bergen a accep­té de répon­dre à nos ques­tions sur Moctezu­ma.

Bergen Moctezuma

Moctezuma. Le dernier Soleil

Autrice : Véronique Bergen

Mai­son d’édi­tion : Mael­strÖm reEvo­lu­tion

Anne d’édi­tion : 2024

Qua­trième de cou­ver­ture : Com­ment une civil­i­sa­tion en vient-elle à mourir ? Ce roman choral met en voix la fin de l’empire aztèque, la ren­con­tre de Moctezu­ma et de Cortés. Rien ne pré­parait l’univers des dieux, du rêve, des Aztèques, mais aus­si des peu­ples indi­ens soumis au joug des Aztèques, à ren­con­tr­er l’univers de l’Occident qui sur­git sous la forme de con­quérants mus par la croix du Christ et la soif de l’or.

Notre avis : un coup de cœur du Car­net

Le Car­net et les Instants : En Bel­gique et prob­a­ble­ment aus­si ailleurs en Europe occi­den­tale, l’imaginaire sur les peu­ples dits pré­colom­bi­ens a été en par­tie façon­né (selon les généra­tions) par la bande dess­inée (Le tem­ple du soleil) et par la série d’animation Les mys­térieuses cités d’or. Quelles ont été vos pre­mières portes d’entrée vers les Aztèques, ou d’autres peu­ples autochtones d’Amérique ?
Véronique Bergen : Si j’ai lu Le tem­ple du soleil quand j’étais enfant, cette lec­ture ne fig­ure pas par­mi les sources qui, loin en amont, ont sus­cité mon intérêt pour les peu­ples pré­colom­bi­ens. Si, enfant, je rêvai un moment d’être eth­no­logue, c’était afin de m’ouvrir à d’autres manières de vivre et de penser, de rel­a­tivis­er la société occi­den­tale en me pen­chant sur l’ailleurs, dans l’espace ou dans le temps. Ma plongée dans des réc­its, des essais sur l’effacement du monde pré­colom­bi­en, sur la vio­lence de la con­quête espag­nole fut ma pre­mière porte d’entrée. Une porte d’entrée mar­quée par l’effroi de décou­vrir la mise à mort de civil­i­sa­tions extra-occi­den­tales, la destruc­tion de l’empire aztèque ou de la civil­i­sa­tion des Incas.

Aujourd’hui, il y a comme un dou­ble inter­dit : celui de racon­ter l’histoire de la coloni­sa­tion du point de vue des colons, des vain­queurs, et celui de par­ler à la place des vain­cus quand on est iden­ti­fié, peu ou prou, comme appar­tenant au camp des dom­i­nants. Com­ment situez-vous votre tra­vail sur Moctezu­ma par rap­port à cette dou­ble assig­na­tion ? Sont-ce des con­sid­éra­tions qui vous intéressent ? La poly­phonie, très présente dans votre œuvre romanesque, est-elle une manière d’éviter tout point de vue hégé­monique ?
En écrivant Moctezu­ma (mais cela vaut pour d’autres de mes romans), j’étais con­sciente du dou­ble inter­dit qui pèse actuelle­ment sur toute créa­tion rel­a­tive à la coloni­sa­tion ou autres sujets « sen­si­bles ». Tout en écoutant ce que cette ligne éthico-poli­tique établit, enseigne et inter­roge, lorsque j’écris, je déplace les enjeux sur d’autres plans, je ne ver­rouille pas mon imag­i­naire en lui assig­nant des bar­rières, des garde-fous, en l’enserrant dans un pro­to­cole qui le dis­ci­pline. Veil­lant à repér­er les suc­cé­danés de la Loi, les sub­terfuges d’une esthé­tique qui vise à la pureté, je m’écarte de toute pre­scrip­tion, de toute auto­cen­sure, voire de tout principe de pré­cau­tion. La mise en forme se doit de con­serv­er l’informe, l’informulable, la trouée d’une réel insym­bol­is­able. L’espace des Let­tres ne peut laiss­er entr­er en lui la fig­ure du tri­bunal, du juge­ment, ne peut se soumet­tre à une mod­éli­sa­tion socio-politi­co-morale, aux injonc­tions d’un « poli­tique­ment cor­rect » qui la dessèche et la vide de sa sève anar­chiste. Une lit­téra­ture qui s’instrumentalise procède à un tour de passe-passe au terme duquel ses moyens (son blanchi­ment dans l’innocence) devi­en­nent sa fin. La lit­téra­ture n’a pas à cau­tion­ner sa légitim­ité.
Dans nom­bre de mes romans, je recours en effet à un dis­posi­tif fic­tion­nel qui adopte un point de vue poly­phonique, ce qui déjoue tout prisme hégé­monique et, par la mise en œuvre de chants et de con­tre-chants, de mul­ti­fo­cales, dif­fracte les per­spec­tives. Non pour con­son­er avec les con­signes de l’air du temps mais parce que la fic­tion à mes yeux s’avance comme le champ mou­vant, exploratoire de la plu­ral­ité des voix, des regards, des per­cep­tions. La poly­phonie n’est jamais posée à pri­ori, de façon préju­di­cielle. Le sujet, la manière dont il s’empare de moi dictent la con­struc­tion formelle qui, elle-même, ne cesse de se décon­stru­ire lors de l’écriture. La con­tre-écri­t­ure de l’Histoire passe par l’attention à des con­stel­la­tions de forces obscures, à des trem­blés, elle s’allie à un con­tre-feu qui défer­le sur les visions offi­cielles faisant autorité, elle emprunte des chemins de tra­verse avec, pour cour­siers, la vitesse de la lit­téra­ture et l’invention d’une langue qui recon­tacte la sauvagerie de la vie. Sans ériger le roman en pen­dant nar­ratif de la con­tre-his­toire factuelle, je tente d’entrer dans une matière his­torique en évi­tant de lire le passé à l’aune du présent. Je m’efforce de le res­saisir en tant que passé vivant, en ébul­li­tion, tra­ver­sé par des pos­si­bles, des ten­sions, sans le lire à par­tir de sa fin, d’une vision rétro­spec­tive.

Tra­di­tion­nelle­ment, les romans his­toriques ont plutôt pour per­son­nage cen­tral une fig­ure sec­ondaire de l’Histoire, voire un pro­tag­o­niste imag­iné de toutes pièces par l’auteur mais placé dans un con­texte his­torique rigoureuse­ment recon­sti­tué : les auteurs dis­ent sou­vent qu’il est plus facile de créer une fic­tion quand la vie du per­son­nage n’est pas déjà con­nue. Votre livre s’appelle Moctezu­ma : le héros en est donc, au con­traire, un per­son­nage de pre­mier plan, un roi, mais issu du camp des vain­cus. Pourquoi cette volon­té de racon­ter l’histoire au prisme d’un puis­sant déchu ? Rac­crochez-vous ce livre à la veine des biofic­tions (Edie, Janis Joplin...) qui tra­verse votre œuvre ?
S’il y a sans doute des liens secrets entre les réc­its que j’ai con­sacrés à Edie Sedg­wick, Kas­par Hauser, Mar­i­lyn Mon­roe, Louis II de Bav­ière, Ulrike Mein­hof, Uni­ca Zürn ou d’autres et Moctezu­ma, je ne rat­tache pas ce dernier au genre qu’on appellera biofic­tion, genre dans lequel je ne place en out­re pas mes fic­tions dès lors que le per­son­nage que je mets en scène, je l’immerge dans un chant qui le dépasse, qui le fait voy­ager dans mon imag­i­naire, mes pul­sions, mes scènes fon­da­tri­ces. Le relief du rêve, les embardées de la langue me dépor­tent et dépor­tent la fig­ure que j’élis.

bergen saint justDernier empereur aztèque, dernier Soleil, Moctezu­ma est un sou­verain déchu, que l’historiographie a enfer­mé dans une vision étroite, par­tielle, tron­quée et calami­teuse. C’est aus­si le cas de Saint-Just, à jamais noir­ci, pris­on­nier de clichés qui le con­damnent : dans notre imag­i­naire, il se con­fond avec l’image de l’Ange de la Ter­reur. Hors de toute visée hagiographique ou accusatrice, Saint-Just, roman entend dépous­siér­er Saint-Just, lui ren­dre toute sa com­plex­ité (miroir de celle de la séquence his­torique dont il est un des acteurs prin­ci­paux). De façon sim­i­laire, en recréant un Moctezu­ma fic­tion­nal­isé, il ne s’agissait pas de le réha­biliter, mais de le den­si­fi­er, de l’ériger en caisse de réso­nance d’un monde qui s’apprête à som­br­er dans la nuit. J’ai voulu dress­er un chant hal­lu­ciné qui réver­bère par éclats oniriques la lucid­ité d’un homme qui a la pre­science du naufrage de la civil­i­sa­tion aztèque dont il est l’ultime représen­tant. Moctezu­ma II ne dis­pose pas d’une voix sur­plom­bante qui serait dom­i­nante, qui écraserait les autres. Au fil des chapitres qui scan­dent les jalons du joug espag­nol et la bas­cule de l’Empire aztèque dans le néant, je fais mon­ter d’autres per­son­nages, d’autres sin­gu­lar­ités sur la scène d’une His­toire per­cutée par la con­quête du Nou­veau Monde, un Nou­veau Monde assas­s­iné au 16ème siè­cle par les offi­ciants de la croix et la folie de l’or. Afin de faire voir, il con­vient de faire enten­dre, dans un plan d’immanence choral et égal­i­taire, les voix des peu­ples dom­inés, assu­jet­tis aux Aztèques, celles des hauts dig­ni­taires de l’Empire, celles des con­quis­ta­dors, de Cortés, des mis­sion­naires évangélisa­teurs, du pan­théon des dieux aztèques, des esprits des aigles et des jaguars ou encore du pey­otl. Com­ment, à par­tir de notre 21ème siè­cle, peut-on expéri­menter dans la fic­tion l’abime de la destruc­tion d’un monde, sans le liss­er ni l’enténébrer dans l’innommable ? À l’aide de quelle poé­tique lan­gag­ière abor­der ce point de bas­cule, de coupure qui a con­tribué à façon­ner notre monde actuel, large­ment héri­ti­er de l’arasement des sociétés autres ? Com­ment, dans le régime dis­cur­sif, ne pas recon­duire le crime, ne pas pro­longer la destruc­tion ou la bâil­lon­ner en la reléguant dans l’indéchiffrable ? Et, dans un même mou­ve­ment, com­ment laiss­er des blancs, une dynamique de l’inénarrable ?

Quelles sont les sources disponibles pour recon­stituer la vie de Moctezu­ma ? Lesquelles avez-vous util­isées ?
le clezio le reve mexicainMon roman repose sur un vaste tra­vail doc­u­men­taire, sur des lec­tures d’essais, de romans qu’il serait trop long d’énumérer. Dans mon étude des peu­ples amérin­di­ens, de la reli­gion aztèque, des sac­ri­fices, de leurs sci­ences, de leurs arts, de leur sys­tème politi­co-social, dans mes approches de la langue nahu­atl, de leurs sys­tèmes d’écriture idéo­graphique, des codex préhis­paniques ou encore de leurs « guer­res fleuries », de la civil­i­sa­tion maya, j’ai veil­lé à con­fron­ter les réc­its, par déf­i­ni­tion idéologiques, biaisés, des con­quérants, des prêtres jésuites aux écrits des auteurs autochtones. Deux ouvrages m’ont incitée à me lancer dans ce pro­jet, l’essai de J. M. G. Le Clézio, Le rêve mex­i­cain ou la pen­sée inter­rompue et la pièce de théâtre Moctezu­ma d’Arnaldo Calveyra. L’ombre mag­né­tique d’Artaud, de ses voy­ages chez les Tarahu­maras plane égale­ment sur ce livre véri­ta­ble­ment mis à l’épreuve, dans sa forme et sa matière lan­gag­ière, par la vio­lence de l’anéantissement des mon­des pré­colom­bi­ens.

Dans Moctezu­ma, la destruc­tion des Aztèques par les Espag­nols est cor­rélée à leur auto-désig­na­tion comme « peu­ple élu ». Est-ce une manière d’établir un par­al­lélisme entre les con­quérants espag­nols et les nazis d’une part, entre les Aztèques et les Juifs durant la Deux­ième guerre mon­di­ale d’autre part ?
Le sys­tème mythico-poli­tique des Aztèques véhicule la vision de leur peu­ple comme celle d’un peu­ple élu, choisi par le dieu Huitzilopochtli (de la Guerre et du Soleil) pour régn­er sur un univers dont ils doivent assur­er la sur­vivance. Poly­théistes, recourant aux sac­ri­fices humains afin de préserv­er l’équilibre cos­mique, de con­tenter les divinités, ils se con­sid­èrent comme le peu­ple élu du Soleil. Bâtis­sant une civil­i­sa­tion floris­sante dans le domaine des sci­ences, des arts, du com­merce, une société com­plexe, de nature impéri­ale, forte­ment hiérar­chisée, basée sur la guerre, le rêve, l’alliance avec d’autres cités-états, l’oppression des peu­ples vain­cus, ils ont assisté à une alliance qui a provo­qué leur perte, celle entre les peu­ples amérin­di­ens qu’ils dom­i­naient et les Espag­nols perçus par ces derniers comme des libéra­teurs. En aucune manière, je n’ai songé à établir un par­al­lélisme avec la Shoah. Par une com­po­si­tion qui tient du déchant et du thrène, j’ai ten­té de don­ner à voir et à enten­dre un monde per­du, vic­time d’un eth­no­cide, sans l’idéaliser, sans en don­ner une vision idyllique, asep­tisée.  

L’espace du roman, tel que je le conçois, est étranger à tout manichéisme, à toute thèse. La lit­téra­ture ne peut être la vas­sale d’idées, de con­vic­tions aux­quelles elle sub­or­don­nerait son exer­ci­ce.

Vous n’idéalisez pas les Aztèques, met­tant au jour leur pra­tique des sac­ri­fices humains, leur bru­tal­ité avec les autres peu­ples. Néan­moins, dans la con­fronta­tion avec les Espag­nols, Moctezu­ma tend à les présen­ter comme « les bons », non seule­ment parce qu’ils sont les vic­times de l’action colonisatrice des His­paniques, mais aus­si parce que leur mode de vie se car­ac­térise par le respect de la nature, une osmose avec le rythme du monde qui les entoure. Com­ment Moctezu­ma s’inscrit-il dans la réflex­ion écologique qui est l’un des axes de votre tra­vail ?
L’espace du roman, tel que je le conçois, est étranger à tout manichéisme, à toute thèse. La lit­téra­ture ne peut être la vas­sale d’idées, de con­vic­tions aux­quelles elle sub­or­don­nerait son exer­ci­ce. Comme dis­ait André Gide, « on ne fait pas de lit­téra­ture [de bonne lit­téra­ture écrivait-il] avec de bons sen­ti­ments ». Sa lib­erté est sou­veraine, vibre à la devise sous laque­lle Michel Surya range l’œuvre de Georges Bataille : « non servi­am ». On ne peut l’asservir à une cause, à un engage­ment, à une police de l’écriture, de la pen­sée ou de l’action. L’écriture ne peut faire allégeance à une instance qui la domes­tique ou la for­mate.
Cepen­dant, comme vous le soulignez, Moctezu­ma s’inscrit en effet dans la réflex­ion envi­ron­nemen­tale que je mène dans mon tra­vail. La plongée dans le passé, la mise en fic­tion d’un événe­ment fon­da­teur des Temps mod­ernes — l’effacement des civil­i­sa­tions pré­colom­bi­ennes — ser­vent de clés de lec­ture du présent, éclairent les phénomènes de  la coloni­sa­tion, de la mon­di­al­i­sa­tion — des phénomènes assis sur la destruc­tion des sociétés autres. Au tra­vers des Aztèques, des sys­tèmes de pen­sée analogique ou ani­miste, étrangers au nat­u­ral­isme et aux dual­ismes de l’Occident, j’interroge des socles con­ceptuels, des sociétés qui étab­lis­sent une autre écolo­gie des liens entre l’humain et le non-humain, qui veil­lent à la coex­is­tence entre le vis­i­ble et l’invisible. Pour les Aztèques, la nature était sacrée, vivante, ne pou­vait être saccagée afin qu’on en exploite les ressources. Des études actuelles mon­trent que les chi­nam­pas, les îles arti­fi­cielles qu’ils ont con­stru­ites à Tenochti­t­lan, leur ges­tion des déchets, leur usage du com­post ren­con­trent la per­ma­cul­ture, l’attention à une société durable et anticipent nos pra­tiques écologiques. Les peu­ples autochtones ont mis en place des manières har­monieuses d’habiter la Terre et, à l’heure de la débâ­cle envi­ron­nemen­tale, éla­borent des résis­tances inédites, nous lèguent des ressources inven­tives.

Les con­quis­ta­dors se récla­ment de la rai­son, con­tre l’irrationalité qu’ils prê­tent aux Aztèques, à leurs croy­ances et à leur mode de vie. Faut-il con­sid­ér­er la rai­son comme mau­vaise con­seil­lère ? Quel autre régime de vie, non ou moins rationnel, les Aztèques pro­posent-ils ?
Sans établir des typolo­gies trop tranchées, sans tomber dans le piège d’une sim­pli­fi­ca­tion qui passe par pertes et prof­its les nuances, le sys­tème de penser, de vivre des Aztèques com­bine la ratio­nal­ité des sci­ences, des tech­niques, de l’urbanisation, la créa­tion des arts à une pen­sée mythique, poly­théiste, tra­ver­sée par l’animisme ou l’analogisme, l’attention aux esprits des oiseaux, des forêts, des mon­tagnes, des morts. D’autres schèmes organ­isent leur expéri­ence du monde. Je con­clu­rai en citant Le Clézio dans Le rêve mex­i­cain, « La tragédie de cet affron­te­ment est tout entière dans ce déséquili­bre. C’est l’ex­ter­mi­na­tion d’un rêve ancien par la fureur d’un rêve mod­erne, la destruc­tion des mythes par un désir de puis­sance. L’or, les armes mod­ernes et la pen­sée rationnelle con­tre la magie et les dieux : l’is­sue ne pou­vait pas être autre ».

Pro­pos recueil­lis par Nau­si­caa Dewez

Un extrait de Moctezuma

 

Extrait pro­posé par les édi­tions Mael­strÖm reEvo­lu­tion