Archives par étiquette : entretiens

Isabelle Stengers, Frédérique Dolphijn : tissage d’un dialogue

Isabelle STENGERS, Activ­er les pos­si­bles, dia­logue avec Frédérique Dol­phi­jn, Esper­luète, coll. « Orbe », 2018, 144 p., 13.80 €, ISBN : 978–2‑35984–101‑5

La pra­tique du dia­logue peut revêtir dif­férents vis­ages. Si Pla­ton en a fait une des modal­ités de l’exercice philosophique, il peut priv­ilégi­er l’échange exploratoire au fil d’une ren­con­tre lais­sant place à l’aléatoire, au tracé d’une pen­sée qui rebon­dit, qui ric­oche, sans jamais refer­mer en répons­es les événe­ments qui lui arrivent. Le jeu que l’on pour­rait dire lewis­car­rol­lien qui pré­side au recueil Activ­er les pos­si­bles a pris la forme de notions ten­dues par Frédérique Dol­phi­jn à la philosophe Isabelle Stengers. « Sin­guli­er  sin­gulière », « sève », « Starhawk », « per­cep­tion », « con­trainte », « résis­ter », « nom­mer », « fic­tion », « tis­su », « intri­quer » pour n’en con­vo­quer qu’une poignée… Autant de mots au plus loin de mots d’ordre que les deux inter­locutri­ces activent en suiv­ant des « lignes de sor­cière », des lignes qui bifurquent dirait Deleuze. « Dans éton­nement il y a ton­nerre » énonce Isabelle Stengers. Cette puis­sance d’étonnement, d’ouverture au monde place la pen­sée, l’action, le sen­tir, le percevoir sous le signe de la ren­con­tre avec ce qui nous trans­forme. Con­tin­uer la lec­ture

Habiter parmi les livres

Serge MEURANT et Frédérique BIANCHI, Dans l’odeur des livres et le par­fum du papi­er d’Arménie. Entre­tiens avec Jean-Pierre Canon, libraire de La borgne agasse, pho­togra­phies de Daniel Locus, Car­nets du Dessert de Lune, 2018, 48 p., 6 €, ISBN : 9782930607948

Vivre au milieu des livres, quel amoureux de la lit­téra­ture, quel fer­vent lecteur n’en a rêvé ? Une vision roman­tique de la vie de libraire, née à l’adolescence, et que le pas­sage des années, le sens des réal­ités ont tem­pérée sans l’altérer. Une librairie demeure un roy­aume, un monde où pal­pi­tent des his­toires, des pen­sées, des émo­tions, des songes… Et ren­con­tr­er un libraire de voca­tion, de pas­sion, de con­vic­tion nous ouvre des hori­zons, des vibra­tions… Sin­gulière­ment un libraire bouquin­iste, si l’on en croit l’ode exaltée de John Cow­per Powys : « Ah ! le splen­dide con­ser­va­toire de toutes les folies humaines qu’une bou­tique de livres d’occasion ». Con­tin­uer la lec­ture

Bernard Foccroulle, regards sur l’opéra

Bernard FOCCROULLE, Faire vivre l’opéra, un art qui donne sens au monde, Entre­tiens, Actes Sud, 2018, 224 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑330–09625‑0 ; Louis GEISLER et Alain PERROUX (dir.), L’opéra, miroir du monde, Fes­ti­val d’Aix-en-Provence 2007–2018, 2018, Actes Sud, 176 p., 32 €, ISBN : 978–2‑330–10261‑6

À l’occasion de la sep­tan­tième édi­tion du fes­ti­val d’art lyrique d’Aix-en-Provence, un fes­ti­val que Bernard Foc­croulle dirige depuis douze ans, paraît un recueil d’entretiens au fil desquels celui qui fut aupar­a­vant le directeur du Théâtre roy­al de la Mon­naie (1992–2007), livre son regard sur l’opéra, ses devenirs, son avenir, ses enjeux actuels. Pour couron­ner sa dernière sai­son à la tête du fes­ti­val d’Aix, il dresse un bilan, une car­togra­phie de la vital­ité de l’opéra con­tem­po­rain, inter­roge sa place dans la cité, son actu­al­ité, sa capac­ité à penser les muta­tions du monde. Si, loin d’être devenu une insti­tu­tion muséale, tournée vers le passé, l’opéra affiche de nos jours une créa­tiv­ité auda­cieuse et une con­nex­ion à un monde qu’il ques­tionne, c’est, entre autres, grâce à l’engagement de directeurs ouverts non seule­ment aux grandes œuvres du réper­toire — des œuvres recréées, réin­ter­prétées par l’action con­jointe de la direc­tion musi­cale, du met­teur en scène, des inter­prètes — mais aux nou­velles créa­tions. La vie des chefs‑d’œuvre est éter­nelle, leur richesse étant gage d’une relance infinie des inter­pré­ta­tions, des visions qu’on porte sur eux. Non seule­ment, la manière de chanter, de met­tre en scène, de se rap­porter aux œuvres du réper­toire ne cesse d’évoluer, mais les lec­tures que Pierre Boulez/Patrice Chéreau, René Jacobs/Trisha Brown, Marc Minkovski/Olivier Py, Sir Simon Rattle/Stéphane Braun­schweig, Louis Langrée/Peter Sel­l­ars ont pro­duit de Janacek (Dans la mai­son des morts), Mon­tever­di (L’Orfeo), Mozart (Idoménée, roi de Crête), Wag­n­er (la Tétralo­gie, L’Anneau du Nibelung), Mozart (Zaïde), plus que de sim­ple­ment les dépous­siér­er, les ont revi­tal­isés dans des direc­tions insoupçon­nées. Con­tin­uer la lec­ture

Tout le reste est littérature

Jacques DUBOIS, Tout le reste est lit­téra­ture, entre­tiens avec Lau­rent Demoulin, Impres­sions nou­velles, 2018, 240 p., 17 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87449–574‑8

dubois tout le reste est litteratureL’entretien lit­téraire est un genre lit­téraire en soi, qui non seule­ment peut s’avérer une source his­torique­ment ines­timable comme témoignage vivant d’un temps réel (Paul Léau­taud avec Robert Mal­let en 1950, André Bre­ton et André Parin­aud en 1952), mais égale­ment, en ce qu’il révèle une part de créa­tion lit­téraire inédite : quand Modi­ano soumet à l’interrogatoire Emmanuel Berl (en 1976), ou lorsque Piv­ot laisse le champ libre à Mar­guerite Duras (en 1984), on est bien obligé de recon­naître qu’il se des­sine là autre chose qu’un sim­ple question/réponse : dans l’entretien, l’écrivain parvient à se don­ner la parole, et à s’approprier une forme de dis­cours (con­stru­it sou­vent, mais pas tou­jours) qui font inter­venir des élé­ments que précédem­ment un texte lit­téraire de l’auteur n’a pas tou­jours pu, ou voulu, dévoil­er. Con­tin­uer la lec­ture

Orbe, une nouvelle collection des éditions Esperluète

Ève BONFANTI et Yves HUNSTAD, Accueil­lir l’inattendu, Esper­luète, 2017, 100 p., 9,50€, ISBN : 978–2‑35984–083‑4 ; Colette NYS-MAZURE, Quelque chose se déploie, Esper­luète, 2017, 96p., 9,50€, ISBN :  978–2‑35984–081‑0 ; Jaco VAN DORMAEL, Écrire le chaos, Esper­luète, 2017, 78p., 9,50€, ISBN :  978–2‑35984–082‑7

orbe bonfantiOn con­naît déjà les dif­férentes col­lec­tions lit­téraires et imagées des édi­tions belges Esper­luète, cette mai­son qui soigne par­ti­c­ulière­ment les écri­t­ures sin­gulières alliées à un art visuel de choix. La ren­trée lit­téraire est pour Esper­luète l’occasion de présen­ter une toute nou­velle col­lec­tion, « Orbe », qui offre à lire, sous la forme des dia­logues, des réflex­ions d’auteurs à pro­pos de leur pra­tique d’écriture et de lec­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Frédéric Jannin, maître en désobéissance

Jan­nin et nous… Trop de tout, Entre­tien avec J.-C. de la Royère, Cat­a­logue offi­ciel de l’exposition Jan­nin et nous tenue au Cen­tre belge de la bande dess­inée à Brux­elles du 22 sep­tem­bre 2015 au 5 mars 2016, Édi­tions Lamiroy, 76 p.

On a tous quelque chose en nous de Frédéric Jan­nin. Com­bi­en de lecteurs de Ger­main et nous n’éprouvent pas, tel le bien den­té Luc-Luc, l’irrésistible envie de sauter en hurlant : « Waouw ! Ter­ri­ble ! Plus fort ! » à chaque fois que vient à pass­er, dans les dif­fuseurs du mag­a­sin où ils font leurs cours­es, une daube qu’ils adorent ? Quel fan authen­tique de l’électro made in Bel­gium n’a pas fait ses gammes – ou du moins répété devant son miroir de lan­goureuses pass­es – sur Whooo are you, What’s your name ? Quel ama­teur de jar­di­nage ne s’est pas inspiré des pièges machi­avéliques ten­dus par Arnest Ringard afin de coin­cer la taupe respon­s­able des per­ma­nents saccages de son potager ? Con­tin­uer la lec­ture