Archives par étiquette : Pierre Malherbe

Léopold II sous la plume du pamphlétaire Paul Gérardy

Paul GERARDY, Les Carnets du Roi, édition présentée et annotée par Anne Cornet, Regain de lecture, 256 p., 23,40 €, ISBN : 9782353910076

gerardyNous sommes en 1903. Un scandale d’une ampleur inédite secoue la Belgique, le France, et les pays voisins. Les Carnets du Roi, un ouvrage publié anonymement à Paris, et rapidement interdit à Bruxelles, dresse le portrait d’un autocrate à barbe blanche. Arrogant, prétentieux et roublard, il se révèle plus soucieux de s’enrichir et de collectionner les maîtresses que de veiller au bien commun des citoyens et au respect des lois d’un état démocratique. Continuer la lecture

Quand le X s’invite dans l’univers de la génération Y

WePorn. Le X et la génération Y, sous la direction de Julie VAN DER KAR, François DE CONINCK et Pierre-Yves DESAIVE, La Lettre volée/GSARA, 124 p., 22 €, ISBN : 978-2-87317-478-1

wepornIl y a deux décennies, Amélie Nothomb publiait Attentat (Albin Michel, 1997), son cinquième roman, et, au détour d’une histoire d’amour et des normes à respecter ou non en société, elle livrait cette réflexion : « La pornographie, c’est ce qui parvient à susciter un simulacre de désir chez ceux qui ont eu trop de tout. C’est pourquoi, aujourdhui, l’art dominant est pornographique: il est le seul qui parvient à attirer l’attention. » Ce qui était déjà vrai il y a vingt ans l’est davantage encore aujourd’hui. En choisissant comme titre d’ouvrage un terme qui détourne un site connu de pornographie en ligne, les éditeurs de ce recueil de textes ouvrent d’emblée le champ d’investigation : « La pornographisation (sic) galopante du monde nous regarde désormais tous et toutes. » Assurer la pertinence du constat, et surtout tenter d’en évaluer les contours au sens large, serait-elle une partie de plaisir ? Le point de départ de cet ouvrage collectif est d’abord une exposition d’artistes et plasticiens contemporains, organisée par le GSARA à Bruxelles en novembre dernier[1]. Il s’agissait moins de remettre en débat les arguments, tant de fois présentés, du pour ou contre la pornographie, que de donner à voir des œuvres où l’image pornographique est reprise, citée, détournée, source de questionnement, dans un environnement où sa surabondance devrait bien finir par trouver une (d)ébauche de sens. Continuer la lecture

Se retrouver chez Mauriac à Malagar, et se trouver

Claude FROIDMONT, Chez Mauriac à Malagar, Les Impressions nouvelles, 2016, 240 p., 18 €/ePub : 9.99 €   ISBN : 978-2-87449-321-8

froidmontLes trajets d’une vie sont parfois – et fort heureusement – faits de circonstances où le hasard tient sa place. Si les talents d’historien et de conteur d’Henri Guillemin, célèbre chroniqueur médiatique des années 1960, 70 et 80, n’étaient pas parvenus aux oreilles de Claude Froidmont (c’est le pseudonyme d’un Liégeois, aujourd’hui professeur de lettres à Bordeaux), nous n’aurions pas entre les mains ce livre, Chez Mauriac à Malagar. Continuer la lecture

Au Mexique, « sur la route », avec Alechine

Un coup de coeur du Carnet

Ivan ALECHINE, Enterrement du Mexique, avec des dessins d’Eduardo ARROYO, Galilée, 2016, 96 p., 16 €   ISBN : 9782718609492

alechineIl est toujours en marche, à pied, à cheval, dans un autocar surchargé, une voiture que conduit un adolescent pauvre imbibé de substances frelatées et de mauvaise bière. On the road. Il est sonné, « moitié éveillé, marchant dans la plaine », groggy, allongé dans une miteuse chambre d’hôtel, parfois avec une femme fourmi, indienne ou japonaise  – mais on ne sait lequel soutient l’autre. Ou au contraire il est d’une lente patience, les sens en alerte, et guette d’un œil l’instant décisif où l’image, qu’elle soit poétique ou photographique, prendra place dans son champ de vision. « Un poète prépare le terrain, certes, écrit Ivan Alechine dans Enterrement du Mexique, son nouveau recueil, mais le pouvoir de la poésie écrite tient à ce que des phrases entières s’imposent à soi et qu’il faut capturer sur le champ. » Continuer la lecture

Entre Congo et Belgique, la longue marche des créateurs artistiques

Créer en postcolonie. 2010-2015, Voix et dissidences belgo-congolaises, volume édité sous la direction de Sarah DEMART et Gia ABRASSART, Bruxelles, coédition Africalia et Bozar Books, 2016, 330 p., 14,90 €   ISBN : 9789074816496

postcolonieDepuis plusieurs années, les recherches scientifiques et les projets muséographiques consacrés aux relations entre les pays européens et leurs anciennes colonies africaines ont pris un nouvel essor. En témoigne ce volume de textes et d’images, recueillant des interventions de chercheurs et de plasticiens, belges et congolais, entre 2010 et 2015.

Impossible en quelques lignes de résumer toutes les problématiques que soulève ce livre de plus de trois cents pages, où s’exprime une multiplicité de points de vue. Mais où se lit de manière sous-jacente une question récurrente : comment se situer encore et toujours, face à l’héritage colonial, sans hypocrisies, dénis ou faux-fuyants ? Continuer la lecture

Roger Van de Wouwer, ni Dieu ni maître

Un coup de cœur du Carnet

Jean WALLENBORN, Roger Van de Wouwer, l’incorruptible, Verbeke Foundation, 2016, 224 p., 20 €   ISBN 978-90-825-2080-4

wallenbornÀ l’heure où Paris célèbre une nouvelle fois et en grande pompe les œuvres de René Magritte, une première monographie révèle la vie et l’œuvre de Roger Van de Wouwer (1933-2005), peintre, dessinateur et écrivain surréaliste peu connu, originaire d’Anvers, proche de Marcel Mariën, Tom Gutt et Louis Scutenaire.

En mai 1963, la librairie-galerie « La Proue », à Bruxelles, exposait un jeune artiste né à Hoboken trente ans plus tôt. Roger Van de Wouwer n’était alors guère connu que d’un petit noyau d’activistes surréalistes – que Louis Scutenaire avait surnommé « le gang de Bruxelles » – regroupés autour du poète, écrivain et polémiste Tom Gutt (1941-2002). Envoyée par la poste, l’invitation au vernissage était accompagnée d’un petit catalogue où figurait entre autres l’une des œuvres exposées : Galathée, soit un tableau représentant un torse féminin à l’antique, garni cependant… d’une serviette hygiénique rehaussée de couleur rouge. Continuer la lecture