Christophe KAUFFMAN, Vieille peau, Basson, coll. “Basson rouge”, 2020, 162 p., 12 €, ISBN : 978-2-930582-71-9
Le fait divers a toujours livré la matière première des films et des romans noirs comme si la purulence ne pouvait se donner à voir véritablement que dans le huis-clos d’une vie saisie dans l’horreur d’un tragique crapuleux. Le tout est de « flairer » le délétère qui s’évade de cette concentration. La mise en scène, la narration exacerbe dans la violence verbale ou physique ce qui nous est généralement commun : la peur, le sentiment de la perte… Le noir, c’est la couleur des révélations ordinaires quand la vie privée, la vie intime, la vie banale sont frappées du fouet de l’extraordinaire démence des hommes. La vie des personnages mis en scène sublime alors cette marée noire qui stagne au fond de chacun. Continuer la lecture
Richard Lorent a décidément pris le parti d’écrire des thrillers politiques et d’en situer le récit dans la proche actualité de notre pays, de préférence dans le décor carolo. Mais ses romans n’ont rien à envier aux plus sombres polars et la familiarité des faits et lieux évoqués ne fait qu’ajouter aux frissons.
Jeanne Morin, une femme apparemment sans histoires, nous livre, en un récit par épisodes datés, la singulière aventure qui lui est arrivée. Alors qu’elle se rend aux toilettes du club de tennis qu’elle fréquente, son regard est attiré par un sac rouge dont elle s’empare. Ce geste très peu réfléchi mais irrépressible l’entraîne dans un imbroglio sur lequel se bâtit l’intrigue de ce roman qui ne vous lâche plus.
Âmes sensibles s’abstenir ! Si vous appréciez les histoires bien propres sur elles et le vocabulaire châtié, vous n’aimerez pas 41 centimètres. Si par contre le sexe, la folie, la drogue et la vue du sang ne vous font pas peur, ce texte est fait pour vous.
Comment dit-on un page turner en français ? L’histoire des Bienheureuses commence pourtant en douceur et sans profondeur. Marcel Douby est un cinquantenaire et un fils modèle. Tellement attentif à sa mère qu’il préfère rester chômeur. Ainsi permet-il à maman de le dorloter tout son soûl. « Mercredi, c’est le jour des boulettes sauce tomate, frites. Elle les prépare super bien et je ne veux pas rater ça. »
La fille du Triangle de Franco Meggeto nous donne à lire une fiction, un polar bien mené mais aussi le fourmillement parfois chaotique d’une ville complexe. Les villes de l’avenir seront les villes du passé, pourrait-on dire en pensant à Charleroi, comme à toutes les métropoles post-industrielles. Elles ont été la force d’une région, l’industrie est tombée, la ville est restée un temps à genoux, couturée de toutes parts, invalide parfois, mais jamais KO. Le renouveau est le destin obligé de ces villes traumatiques, sinon, c’est la disparition dans la poussière d’un western d’après la Ruée vers l’Or. La Wallonie a connu du Nord au Sud cette mutation urbanistique, humaine, historique, légendaire même.
Le polar se porte bien, merci. À en juger par les catalogues et l’abondance des parutions, il devient parfois le fonds de commerce qui porte les maisons d’édition. À en croire la résonance des titres, les fictions noires nous entraînent volontiers hors de nos champs de vue directs, là où la relative étrangeté des lieux ajoute ce zeste d’inconnu qui finit de briser les repères quotidiens, comme si la quiétude de la proximité pouvait mettre à mal la force du scénario. 
