Archives par étiquette : écrivain

Je m’attends ailleurs

Marc VAN STAEN, Les derniers jours de Lar­ry Park­er, 180°, 20 €, ISBN : 9782940721870

van staen les derniers jours de larry parkerTout quit­ter et s’installer dans un bled per­du pour y finir sa vie. Tel est le pro­jet de Lar­ry Park­er, écrivain renom­mé, lorsqu’il arrive à Bridge Town avec sa chi­enne et qu’il décou­vre la bour­gade en com­mençant par son cimetière. Et ce n’est pas pour rien. Sur son état de san­té, il ne fait aucun secret : les excès aux­quels il a soumis son corps et les maux tenaces qui le ron­gent lui lais­sent peu d’espoir, il sait sa fin proche. Dans un sur­saut sal­va­teur, il a décidé de savour­er le temps qui lui reste sans avoir à s’encombrer des oblig­a­tions et des rela­tions qui lui pèsent. Mais il est dif­fi­cile de pass­er inaperçu quand on a fait la une avec un roman devenu un clas­sique et que l’on a des fans partout en Amérique qui ont rêvé de ser­rer la main d’un auteur qui a comp­té pour eux. Et il est aus­si malaisé, quoi qu’on en dise, de se pass­er de la caresse douce de la notoriété et des louanges que l’on a pris l’habitude de recevoir.  Aus­si la nou­velle de sa présence cir­cule-t-elle sans peine en ce lieu où il se passe peu de choses et où l’on sur­veille volon­tiers ses sem­blables. Con­tin­uer la lec­ture

Je lis, donc je suis

Un coup de cœur du Car­net

Frédéric KURZ, Poste restante, Mur­mure des soirs, coll. “Brèves du soir”, 2024, 187 p., 16 €, ISBN : 978–2‑93123–525‑6

kurz poste restanteDès l’avant-propos, Frédéric Kurz assène un cre­do :

Je n’ai pas par­cou­ru le monde, ma présence en Afrique s’est lim­itée au Maroc, je n’ai jamais mis les pieds en Asie ni en Amérique du Sud. 
Mais je con­nais les aveu­gles men­di­ants de Buenos-Aires, j’ai (…) descen­du l’Amazone en radeau, dan­sé dans un bouge con­go­lais. J’ai pris l’air de la mon­tagne dans un sana­to­ri­um (…) j’ai par­cou­ru l’Inde et le Japon (…) J’étais avec les sur­vivants dans un monde postapoc­a­lyp­tique (…) J’ai enquêté, aimé, cou­ru, tué, cher­ché mes par­ents, trahi, survécu, aidé, soigné, que sais-je encore ?  Con­tin­uer la lec­ture

À moins que

Bernard VISSCHER, Ren­dez-vous incer­tain, Mur­mure des soirs, 2022, 338 p., 22 €, ISBN : 9782930657868

visscher rendez-vous incertainPierre est un jeune homme. Il vient de pub­li­er son pre­mier roman et l’a adressé à son idole, Eduar­do Cal­don, le célèbre auteur argentin. Celui-ci lui répond, et l’invite à Venise où il réside pour con­vers­er. C’est le rêve de tout pri­mo-romanci­er. Pierre rassem­ble ses mai­gres économies, s’envole pour la cité des Doges, et fonce, fiévreux, tout droit vers l’hôtel de son men­tor. Mais dès les pre­miers mots échangés, Pierre com­prend que Cal­don ne l’a pas invité pour par­ler de son livre. Cal­don entend par­ler de lui, et racon­ter pas moins que sa vie qui, dit-il, est bien dif­férente de ce qu’on peut lire dans les biogra­phies autorisées. À moins que. Con­tin­uer la lec­ture

Par la grâce de la Muse

Éric NEIRYNCK, J’ai un pro­jet : devenir fou, Lamiroy, 2020, 123 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87595–260‑8

J’ai un pro­jet : devenir fou, le dernier livre d’Éric Neirynck, fait référence à une cita­tion de Fiodor Dos­toïevs­ki, reprise par Bukows­ki et claquant comme la ban­nière de tant d’écrivains ou artistes rongés par une fièvre d’inadaptation sociale ver­tig­ineuse… Ces rares auteurs célébrés par le nar­ra­teur de ce court roman aux allures de provo­ca­tion ressem­blent plutôt au par­fait por­trait d’un auteur empêtré dans des illu­sions de lit­téra­ture et d’édition qui ont tou­jours été le véhicule des rêves avortés. Con­tin­uer la lec­ture

Littérature et faux-semblants

Aliénor DEBROCQ, Le tiers sauvage, Luce Wilquin, 2018, 320p., 21 €, ISBN : 978–2882535528

Après deux recueils de nou­velles chez Quad­ra­ture (Cruise Con­trol en 2013, À voie basse en 2017), Aliénor Debrocq se lance avec Le tiers sauvage dans le temps long et de nou­velles eaux, n’hésitant pas à éclabouss­er quelques-unes de nos cer­ti­tudes. Con­tin­uer la lec­ture

Comme un bonnet sur la mer

Claude DONNAY, Un été immo­bile, M.E.O., 2018, 300 p., 20 €, ISBN : 978–2807001657

Écrivain belge dans la trentaine, Jésus-Noël cherche l’inspiration à Amble­teuse, sur la Côte d’Opale. Il y fait la con­nais­sance d’Amelle, une nageuse coif­fée d’un bon­net blanc qu’il a observée avec gour­man­dise tous les matins depuis la dune et qui était elle-même attirée par ce guet­teur immo­bile. S’ensuit une com­plic­ité ami­cale qui va débouch­er sur un rap­port plus intime dont la dis­pari­tion brusque d’Amelle, apparem­ment enlevée par un bel­lâtre à cabri­o­let, déjoue l’heureuse con­clu­sion. Grande frus­tra­tion pour Jésus qui n’a plus pour la retrou­ver que le fil d’Ariane qu’elle sem­ble avoir lais­sé à des­sein chez elle : le jour­nal de Maria, sa mère, espag­nole d’origine, vic­time d’un mariage calami­teux avec un fils-à-maman et tor­turée par le mépris très act­if que lui voue sa belle-famille du Bra­bant Wal­lon, bour­geoise et cul-ser­ré. Réc­it poignant dont Jésus envis­age de faire un livre tout en y cher­chant un élé­ment qui le met­trait sur la piste de la dis­parue. Ain­si com­mence le sec­ond roman de Claude Don­nay où affleure la fibre poé­tique qui a nour­ri ses nom­breux recueils. Et où le sexe s’exprime aus­si avec fran­chise, qu’il s’agisse de saphisme ou d’une par­touze où per­son­ne ne laisse sa part aux chiens. Con­tin­uer la lec­ture

La peau d’une autre

Hélène DELHAMENDE, Lara Gard­ner a dis­paru¸Bas­son, 2018, 320 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930582–58‑0

delhamende_lara gardner a disparuJeanne Morin, une femme apparem­ment sans his­toires, nous livre, en un réc­it par épisodes datés, la sin­gulière aven­ture qui lui est arrivée. Alors qu’elle se rend aux toi­lettes du club de ten­nis qu’elle fréquente, son regard est attiré par un sac rouge dont elle s’empare. Ce geste très peu réfléchi mais irré­press­ible l’entraîne dans un imbroglio sur lequel se bâtit l’intrigue de ce roman qui ne vous lâche plus. Con­tin­uer la lec­ture

As de pique et Reine de cœur : la littérature avec Éric Allard

Éric ALLARD, Les écrivains nuisent grave­ment à la lit­téra­ture, Cac­tus Inébran­lable, 2018, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–68‑8

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Éric Allard a de l’e­sprit et un amour de la lit­téra­ture suff­isam­ment fin pour pou­voir la taquin­er, la moquer ou même la hous­piller. Dans son livre récent Les écrivains nuisent grave­ment à la lit­téra­ture, il nous offre,  de page en page, ses «Maux d’au­teurs, vices de lec­ture et autres calamités lit­téraires » avec la jubi­la­tion d’un amoureux atten­tif. Con­tin­uer la lec­ture

L’exil en partage

Kenan GÖRGÜN, J’habite un pays fan­tôme, Brux­elles, Tra­verse, coll. « Caram­bole », 2016, 66 p., 8 €

"J'habite un pays fantôme" de Kenan Görgün (Représentations Bruxelles, Liège)  Edition du texteCréée au Cen­tre cul­turel de Dison l’automne dernier, la pièce J’habite un pays fan­tôme de l’écrivain belge d’origine turque Kenan Görgün, né à Gand en 1977, met en scène deux frères, Kenan et Oth­mane.

Le pre­mier est un auteur qui se cherche, mais espère trou­ver « de quel fil se tri­cote notre iden­tité » et démon­tr­er com­ment ce qui est fait peut être défait et refait à l’infini. Il pré­tend domin­er le sec­ond, à ses yeux un gen­til pan­tin qu’il aurait inven­té pour l’écouter penser. Con­tin­uer la lec­ture

Folie et génie : le duo gagnant

Un coup de coeur du Carnet

Nico­las MARCHAL, Le Grand Cerf, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2016, 164 p., 14€

marchalLui, il est écrivain. Ou plutôt Écrivain. Même que son pre­mier roman a été salué par la cri­tique. Et ce n’est pas rien, un suc­cès cri­tique pour un pre­mier roman ! Alors for­cé­ment, ça met de la pres­sion pour le deux­ième : après l’exploit, il s’agit de ne pas décevoir. D’ailleurs, il a déjà envoyé un début de man­u­scrit à des édi­teurs parisiens. Donc pres­tigieux. Oh, bien sûr, ça ne sera pas son Grand Roman, mais pour ça il a encore le temps. Il a encore beau­coup de chefs‑d’œuvre à écrire alors pour le Grand Roman, celui qui le fera entr­er au Pan­théon des Grands Écrivains, il devra encore atten­dre. Évidem­ment, ce serait cer­taine­ment plus facile si sa chère épouse adorée ne l’embêtait pas tou­jours avec ses préoc­cu­pa­tions bass­es de petite-bour­geoise. Et puis ce bébé qui braille sans cesse ! Et qui réclame sans se lass­er cette ridicule comp­tine qui vante les mérites d’un grand cerf qui vient en aide à un stu­pide lapin. Qui voudrait y croire ? Alors que l’Écrivain aimerait tant racon­ter à son fils une mer­veilleuse his­toire de son cru mais non, décidé­ment non, l’enfant réclame à corps et à cris le grand cerf. Con­tin­uer la lec­ture

« Écrire, c’était partir à l’aventure »

Daniel FANO, La Con­trepar­tie, Paris, Pierre-Guil­laume de Roux, 2015, 140 p., 20,90€

« Lester Godard n’était ni un dandy de droite, ni un esthète vir­tu­ose de gauche, ni un idiot utile ni un révo­lu­tion­naire clan­des­tin, pas davan­tage un moral­iste funèbre ou un Robin­son mélan­col­ique, c’était un franc-tireur, un non-aligné absolu. » Godard est surtout un écrivain à suc­cès, ayant con­nu une inex­pliquée (mais explic­a­ble) mise au plac­ard édi­to­ri­ale de dix-sept ans et partageant un apparte­ment avec sa vieille chat­te, Made­moi­selle Chanel. Revenu sur le devant de la scène grâce à ses pub­li­ca­tions provoc’ (telles que Chronique de la béat­i­fi­ca­tion d’Adolf Hitler), ce lecteur assidu de la chronique « Dis­pari­tions » du Monde et ama­teur de vinyles porte un regard dés­abusé sur ses con­tem­po­rains (sou­vent source de per­les philosophiques et lan­gag­ières qu’il recy­cle dans ses romans). Con­tin­uer la lec­ture