David DEMAUDE, Entre ville haute et ville basse, Weyrich, coll. « Noir corbeau », 2026, 496 p., 26 €, ISBN : 978–2‑87489–995‑9
Dans le roman policier belge, qui a déjà quelques figures célèbres à son actif, il faudra désormais compter avec un commissaire de plus, au nom assez bizarre, Profonde. Mais, dans ce premier roman dont le titre, Entre ville haute et ville basse, devrait parler à tout Carolorégien, David Demaude met autant en avant son équipe que le chef, insistant sur la collégialité qui préside à une enquête. Une enquête autour de cadavres de… policiers ! Continuer la lecture



Les auteurs belges francophones issus des familles italiennes qui ont émigré en Belgique à la moitié du 20e siècle ont marqué notre patrimoine littéraire d’une empreinte forte. Ils nous ont donné des œuvres qui font désormais partie de notre bien commun et dont la valeur n’est plus à démontrer. Lorenzo Cecchi est au nombre de ceux-ci et le dixième ouvrage qu’il nous livre aujourd’hui, qui comporte deux parties distinctes, y apporte une note spécifique.
Charleroi, dès les premières pages, est renvoyé aux clichés noirs et blancs, noirs surtout, dont il tente d’émerger. Un meurtre. Ou, plutôt, un triple meurtre. Une abomination. Une sculpture a été abandonnée, un « assemblage » artistique composé à partir des fragments de trois cadavres dépecés, étripés :
Dès l’entame, un récit bien écrit et atmosphérique. Un suspense efficacement campé. Qui nous installe dans la foulée de Jean-Régis de Chassart, un magistrat, quand il s’ébroue le long d’un chemin de halage des bords de Sambre, se lance dans son jogging bihebdomadaire, croise un traquenard aux limites du fantastique, lutte contre la noyade et d’énigmatiques agresseurs :
S’il ne s’agissait pas d’opuscules pratiquant un humour (très) gras, on pourrait dire que les aventures de l’inspecteur Désiré Maigros (on n’insistera pas sur la qualité de la référence) ne sont pas faites pour relever l’image de la police. En 2011, Éric Dejaeger, prolixe et anticonformiste auteur de textes courts, avait rassemblé les cent premières aventures de son flic préféré dans La saga Maigros (Cactus inébranlable), après les avoir distillées en feuilleton sur internet. Il a remis le couvert en 2018, à la demande pressante de ses lecteurs (selon lui) avec les cinquante épisodes supplémentaires de Maigros se marie.
Comment dit-on un page turner en français ? L’histoire des Bienheureuses commence pourtant en douceur et sans profondeur. Marcel Douby est un cinquantenaire et un fils modèle. Tellement attentif à sa mère qu’il préfère rester chômeur. Ainsi permet-il à maman de le dorloter tout son soûl. « Mercredi, c’est le jour des boulettes sauce tomate, frites. Elle les prépare super bien et je ne veux pas rater ça. »
La fille du Triangle de Franco Meggeto nous donne à lire une fiction, un polar bien mené mais aussi le fourmillement parfois chaotique d’une ville complexe. Les villes de l’avenir seront les villes du passé, pourrait-on dire en pensant à Charleroi, comme à toutes les métropoles post-industrielles. Elles ont été la force d’une région, l’industrie est tombée, la ville est restée un temps à genoux, couturée de toutes parts, invalide parfois, mais jamais KO. Le renouveau est le destin obligé de ces villes traumatiques, sinon, c’est la disparition dans la poussière d’un western d’après la Ruée vers l’Or. La Wallonie a connu du Nord au Sud cette mutation urbanistique, humaine, historique, légendaire même.
Le polar se porte bien, merci. À en juger par les catalogues et l’abondance des parutions, il devient parfois le fonds de commerce qui porte les maisons d’édition. À en croire la résonance des titres, les fictions noires nous entraînent volontiers hors de nos champs de vue directs, là où la relative étrangeté des lieux ajoute ce zeste d’inconnu qui finit de briser les repères quotidiens, comme si la quiétude de la proximité pouvait mettre à mal la force du scénario.