Archives par étiquette : L'Atelier contemporain

Objets de Marcel Broodthaers à marée haute

Un coup de cœur du Car­net

Mar­cel BROODTHAERS, Le Bes­ti­aire n°III de Mar­cel Broodthaers, Poèmes, 1960–1963, édi­tion et présen­ta­tions par Maria Gilis­sen-Broodthaers et Jean Daive, L’atelier con­tem­po­rain, 2024, 208 p., 30 €, ISBN : 9782850351433

le bestiaire n°III de marcel broodthaersInclass­able briseur de moules, poète, artiste con­ceptuel qui, dans une veine post­duchampi­enne, boulever­sa les rap­ports entre écri­t­ure, images et objets, d’une lib­erté de pirate au pays des signes et de l’institution muséale, Mar­cel Broodthaers (1924–1976) fut un génial brouilleur de fron­tière entre l’écrit et le dessin, l’humain et l’animal, le con­cept et la matière. À l’occasion du cen­te­naire de la nais­sance de Mar­cel Broodthaers, L’Atelier con­tem­po­rain pub­lie des poèmes-poèmes, des poèmes-objets placés sous le signe du bes­ti­aire. Remar­quable­ment édité et présen­té par Maria Gilis­sen-Broodthaers et Jean Daive, Le Bes­ti­aire n° III de Mar­cel Broodthaers, Poèmes, 1960–1963 nous plonge dans l’espace de créa­tion physique et men­tal d’un artiste qui pub­lia des recueils de poèmes, des ouvrages — Mon livre d’Ogre, Minu­it, La bête noire, Pense-bête —, qui décon­stru­isit la poésie en la dépor­tant vers les arts plas­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Dépasser l’anti-art avec Dotremont

Chris­t­ian DOTREMONT, Dépas­sons l’anti-art. Écrits sur l’art, le ciné­ma et la lit­téra­ture, 1948–1978, édi­tion établie par Stéphane Mas­sonet, Ate­lier con­tem­po­rain, 2022, 944 p., 25 €, ISBN : 978–2‑85035–073‑3

dotremont depassons l anti artNous sommes en 1960. Une revue danoise sol­licite Chris­t­ian Dotremont pour retrac­er l’apport spé­ci­fique des artistes danois à l’art expéri­men­tal et au mou­ve­ment CoBrA. Mais CoBrA s’est dis­sout en 1951, peu après sa 2e et dernière expo­si­tion inter­na­tionale qui s’est tenue à Liège. Les artistes du groupe, qu’ils soient hol­landais, danois, belges, français, et autres, ont con­tin­ué à trac­er leur chemin, n’ignorent plus Paris dont ils s’étaient écartés en 1948, et la cap­i­tale française les accueille plutôt mieux. Alors Dotremont, un peu ennuyé, revient aux sources, vingt ans plus tôt : la créa­tion en 1941 d’un péri­odique danois, Hel­h­esten, et d’un groupe réu­nis­sant des créa­teurs, archi­tectes, pein­tres, dessi­na­teurs, sculp­teurs, poètes… dans une spon­tanéité expres­sion­niste, un intérêt pour le prim­i­tivisme et une effer­ves­cence inter­dis­ci­plinaire qui sera l’une des clés à venir de CoBrA. Con­tin­uer la lec­ture

Contes, fables et poèmes de Dotremont

Chris­t­ian DOTREMONT, Abrupte fable, édi­tion établie et présen­tée par Stéphane Mas­sonet, pré­face de Georges A. Bertrand, Ate­lier con­tem­po­rain, 2022, 256 p., 20 €, ISBN : 978–28-50350–74‑0

dotremont abrupte fableAvec Dotremont, tou­jours se laiss­er bal­ancer – comme lui – au hasard du noir et blanc, tourbe des Fagnes et neige de Laponie, d’une page l’autre et d’une plume voleuse :

Tor­dre ton image
déjouer ton ordre
te faire gri­mace
dis­lo­quer ton verbe
non pour te grimer
mais pour te revoir
comme tu riais (Lta­tion exa tumulte, 1970)

En 2022, Chris­t­ian Dotremont aurait eu cent ans. S’il n’avait été trop tôt, en 1979, emporté par la mal­adie, la tuber­cu­lose, l’épuisement, si « la tache », « le trou », « la cat­a­stro­phe » n’avaient eu rai­son de lui. Con­tin­uer la lec­ture

En l’espace d’un échange

Jean DAIVE, Penser la per­cep­tion, Ate­lier con­tem­po­rain, 2022, 25 €, ISBN : 978–2‑85035–063‑4

daive penser la perceptionTroisième volet du cycle Le monde encore une fois, Penser la per­cep­tion fait suite aux ouvrages L’exclusion (2015) et Pas encore une image (2020) pour inter­roger le rap­port, très vaste et large, de la parole à l’image. Somme d’interviews et de textes con­sacrés à divers artistes, Penser la per­cep­tion se con­sacre pour sa part essen­tielle­ment à la ques­tion de la sen­sa­tion au tra­vers de la pho­togra­phie, du film et de l’écriture. Comme l’écrit Jean Daive dans l’avant-propos, « Il y a très tôt une fébril­ité visuelle ou acous­tique qui stim­ule sans toute­fois l’expliquer le déplace­ment (notre déplace­ment) et cherche néan­moins à com­pren­dre ses éten­dues sinon son exis­tence et ses liaisons. » Con­tin­uer la lec­ture

Écrire pour tenter de comprendre

Stéphane LAMBERT, Tout est paysage, Ate­lier con­tem­po­rain, 2021, 133 p., 20 €, ISBN : 978–2‑85035–013‑9

lambert tout est paysageUne cer­taine dis­parate, à pre­mière vue, règne dans le dernier livre de Stéphane Lam­bert, con­sacré à la pein­ture. D’abord, les neuf textes rassem­blés ont paru précédem­ment à des dates et dans des cir­con­stances bien dif­férentes : expo­si­tion, revue, brochure-spec­ta­cle, mise en ligne, cat­a­logue. Ensuite, les œuvres com­men­tées relèvent d’épo­ques, de pays et surtout de gen­res éloignés, même à invo­quer la brumeuse notion de “moder­nité” : C. Mon­et, Cy Twombly, P. Klee, A. Tàpies, Z. Mušič, P. Mon­dri­an, G. Moran­di, N. de Staël. De plus, le nom­bre de pages con­sacré à chaque artiste va de quar­ante-et-une pour Mon­et à une seule pour Klee ou Mon­dri­an… Con­tin­uer la lec­ture

Bruts et convulsifs, Jean Dubuffet et Marcel Moreau

Jean DUBUFFET et Mar­cel MOREAU, De l’Art Brut aux Beaux-Arts con­vul­sifs, pré­face de Nathalie Junger­man, Stras­bourg, L’Atelier con­tem­po­rain, 2014, 96 p., 20 €

moreauJean Dubuf­fet, Mar­cel More­au : la ren­con­tre de deux créa­teurs de cet acabit, tous deux jetant aux flammes, avec la même rage, « l’asphyxiante cul­ture » – selon le titre de l’un des ouvrages les plus con­nus du créa­teur du cycle de L’Hourloupe – pou­vait être risquée : ça passe ou ça casse. De 1969 à 1984 (Dubuf­fet meurt en 1985), ils échangèrent une soix­an­taine de let­tres, se ren­con­trèrent à plusieurs repris­es, à Paris et dans l’atelier du pein­tre-sculp­teur, échangèrent des livres et quelques œuvres, et restèrent en bons ter­mes – ce qui n’était pas gag­né, quand on con­naît les rela­tions sou­vent ten­dues, puis suiv­ies de rup­tures fra­cas­santes, que Dubuf­fet a entretenues avec bon nom­bre de ses con­tem­po­rains. Dubuf­fet est plus âgé que More­au, trois décen­nies les sépar­ent. Pour­tant, il ne s’agit pas entre eux d’un rap­port d’aîné à cadet, d’artiste et père (spir­ituel) à écrivain déjà un peu con­nu, mais encore au début d’une œuvre qui aujourd’hui compte plus de soix­ante titres.

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