Archives par étiquette : chasse

Polyphonie du combat

Un coup de cœur du Car­net

Lucas BELVAUX, Les tour­men­tés, Alma, 2022, 352 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑36279–608‑1

belvaux les tourmentésSol­dat, avant d’être légion­naire puis mer­ce­naire, Skender ren­tre trau­ma­tisé de toutes ces guer­res où il a tué et vu mourir. Impos­si­ble pour lui de repren­dre la vie tran­quille qu’il menait avec sa femme et ses enfants. Sa vio­lence fait peur, il doit quit­ter le domi­cile con­ju­gal. Pour aller où ? Chez sa mère, les reproches sont sans fin. La haine est trop grande.  

Sans emploi ni mai­son. Sans rai­son d’être. Sans ver­gogne. Il erre dans les bois autour de la ville jusqu’à ce que Max le retrou­ve. Con­tin­uer la lec­ture

La preuve vivante

Ade­line DIEUDONNÉ, La vraie vie, L’I­con­o­claste, 2018, 270 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑37880–023‑9

À la mai­son, il y avait qua­tre cham­bres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes par­ents, et celle des cadavres.
Papa tire du gros gibier, dès qu’il peut. Ici et jusqu’en Himalaya. Cette “cham­bre des cadavres”, c’est celle où il dis­pose ses trophées. Il y a des têtes de san­gli­er, d’an­tilopes, de zèbres, même un lion entier. Et une hyène dans un coin. Pré­da­teur, papa l’est aus­si envers maman, bien sûr, et maman esquive la vio­lence con­ju­gale en se faisant la plus trans­par­ente, la plus molle pos­si­ble, encais­sant juste les coups. La nar­ra­trice et son petit frère Gilles vivent une rela­tion fusion­nelle. À l’aube de la puberté, ils dor­ment encore ensem­ble, se parta­gent tous leurs secrets et réen­chantent leur quo­ti­di­en en jouant dans une casse de voitures. De retour de l’é­cole, lorsque c’est la sai­son, ils achè­tent quo­ti­di­en­nement une glace au marc­hand ambu­lant — avec sup­plé­ment chan­til­ly pour elle. On ne peut pas dire que ce soit une vie rêvée, mais au moins rien ne vien­dra s’in­ter­pos­er entre Gilles et elle. Rien, jusqu’à l’ac­ci­dent. Con­tin­uer la lec­ture

La chasse et l’amour

Car­o­line LAMARCHE, Dans la mai­son un grand cerf, Gal­li­mard, 2017, 131 p., 12,50 €/ePub : 8.99 €, ISBN 978–2‑07–270024‑8

lamarcheIl est dif­fi­cile de s’arracher au ton mineur qui prélude au dernier réc­it de Car­o­line Lamarche, Dans la mai­son un grand cerf. Dès le départ, le bat­te­ment irrité du sang, le sif­fle­ment dans les oreilles vient oblitér­er l’écoute. Pour­tant elle a lieu l’écoute tout intime et si par­ti­c­ulière du père qui, en con­traste avec le bruit de la con­ver­sa­tion à la table famil­iale, pour­suit son mar­mon­nement dis­cret. Déjà cet envi­ron­nement envahissant et le brouha­ha général font comme une cen­sure et évo­quent la vio­lence, que ce soit celle de la meute, des chas­seurs, de l’amour même qui lui aus­si peut forcer. Mais Lamarche dira tout de l’amour éter­nel des filles pour leur père, quoi qu’il en aille de ses aléas. Il aurait été et serait encore un anti­dote aux com­pli­ca­tions de l’amour. Le charme est donc bien réel. Con­tin­uer la lec­ture

Folie et génie : le duo gagnant

Un coup de coeur du Carnet

Nico­las MARCHAL, Le Grand Cerf, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2016, 164 p., 14€

marchalLui, il est écrivain. Ou plutôt Écrivain. Même que son pre­mier roman a été salué par la cri­tique. Et ce n’est pas rien, un suc­cès cri­tique pour un pre­mier roman ! Alors for­cé­ment, ça met de la pres­sion pour le deux­ième : après l’exploit, il s’agit de ne pas décevoir. D’ailleurs, il a déjà envoyé un début de man­u­scrit à des édi­teurs parisiens. Donc pres­tigieux. Oh, bien sûr, ça ne sera pas son Grand Roman, mais pour ça il a encore le temps. Il a encore beau­coup de chefs‑d’œuvre à écrire alors pour le Grand Roman, celui qui le fera entr­er au Pan­théon des Grands Écrivains, il devra encore atten­dre. Évidem­ment, ce serait cer­taine­ment plus facile si sa chère épouse adorée ne l’embêtait pas tou­jours avec ses préoc­cu­pa­tions bass­es de petite-bour­geoise. Et puis ce bébé qui braille sans cesse ! Et qui réclame sans se lass­er cette ridicule comp­tine qui vante les mérites d’un grand cerf qui vient en aide à un stu­pide lapin. Qui voudrait y croire ? Alors que l’Écrivain aimerait tant racon­ter à son fils une mer­veilleuse his­toire de son cru mais non, décidé­ment non, l’enfant réclame à corps et à cris le grand cerf. Con­tin­uer la lec­ture