Un coup de cœur du Carnet
Lucas BELVAUX, Les tourmentés, Alma, 2022, 352 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑36279–608‑1
Soldat, avant d’être légionnaire puis mercenaire, Skender rentre traumatisé de toutes ces guerres où il a tué et vu mourir. Impossible pour lui de reprendre la vie tranquille qu’il menait avec sa femme et ses enfants. Sa violence fait peur, il doit quitter le domicile conjugal. Pour aller où ? Chez sa mère, les reproches sont sans fin. La haine est trop grande.
Sans emploi ni maison. Sans raison d’être. Sans vergogne. Il erre dans les bois autour de la ville jusqu’à ce que Max le retrouve. Continuer la lecture
“À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres.”
Il est difficile de s’arracher au ton mineur qui prélude au dernier récit de Caroline Lamarche, Dans la maison un grand cerf. Dès le départ, le battement irrité du sang, le sifflement dans les oreilles vient oblitérer l’écoute. Pourtant elle a lieu l’écoute tout intime et si particulière du père qui, en contraste avec le bruit de la conversation à la table familiale, poursuit son marmonnement discret. Déjà cet environnement envahissant et le brouhaha général font comme une censure et évoquent la violence, que ce soit celle de la meute, des chasseurs, de l’amour même qui lui aussi peut forcer. Mais Lamarche dira tout de l’amour éternel des filles pour leur père, quoi qu’il en aille de ses aléas. Il aurait été et serait encore un antidote aux complications de l’amour. Le charme est donc bien réel.
Lui, il est écrivain. Ou plutôt Écrivain. Même que son premier roman a été salué par la critique. Et ce n’est pas rien, un succès critique pour un premier roman ! Alors forcément, ça met de la pression pour le deuxième : après l’exploit, il s’agit de ne pas décevoir. D’ailleurs, il a déjà envoyé un début de manuscrit à des éditeurs parisiens. Donc prestigieux. Oh, bien sûr, ça ne sera pas son Grand Roman, mais pour ça il a encore le temps. Il a encore beaucoup de chefs‑d’œuvre à écrire alors pour le Grand Roman, celui qui le fera entrer au Panthéon des Grands Écrivains, il devra encore attendre. Évidemment, ce serait certainement plus facile si sa chère épouse adorée ne l’embêtait pas toujours avec ses préoccupations basses de petite-bourgeoise. Et puis ce bébé qui braille sans cesse ! Et qui réclame sans se lasser cette ridicule comptine qui vante les mérites d’un grand cerf qui vient en aide à un stupide lapin. Qui voudrait y croire ? Alors que l’Écrivain aimerait tant raconter à son fils une merveilleuse histoire de son cru mais non, décidément non, l’enfant réclame à corps et à cris le grand cerf.