Archives par étiquette : Névrosée éditions

L’enfant privée d’enfance

Mar­guerite VAN DE WIELE, Âme blanche, Névrosée, 2019, 216 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑931048–08‑5

La postérité est quelque­fois injuste, le présent trop sou­vent amnésique et le pub­lic belge fran­coph­o­ne peu con­scient de son pat­ri­moine lit­téraire. Ain­si des écrivains de valeur con­nais­sent-ils les affres du pur­ga­toire et leurs œuvres restent-elles absentes des rayons des librairies. Pour les femmes, la dif­fi­culté est accrue par le fait que l’Histoire lit­téraire a été écrite par des hommes. Pour­tant, dès le début de la Bel­gique, cer­taines ont ten­té de percer dans un monde des let­tres encore exclu­sive­ment mas­culin et ont bravé les préjugés qui entourent les femmes artistes. Ce sont ces fig­ures oubliées que la jeune mai­son d’édition Névrosée, dirigée par Sara Dom­bret, entend sor­tir de l’ombre en pub­liant une pre­mière série de douze livres de femmes écrivains belges. Par­mi celles-ci, cer­tains noms sont con­nus comme Car­o­line Grav­ière ou Madeleine Bour­doux­he, alors que d’autres ont totale­ment dis­paru de la mémoire col­lec­tive. Mar­guerite Baulu et Jeanne de Tal­lenay, dont le roman L’invisible con­stitue une remar­quable décou­verte, se voient ain­si remis­es à leur juste place grâce à cette ini­tia­tive. Con­tin­uer la lec­ture

Le secret de l’étang

Nel­ly KRISTINK, Le Beau­caron, coll. « Femmes de let­tres oubliées », Névrosée, 2019, 246 p., 16 €

“La route était tail­lée d’un seul jet dans la toi­son brous­sailleuse du plateau, jusqu’à la lim­ite du ciel où elle s’amincissait en une cour­roie étroite. À ras du sol, le vent soule­vait un peu de pous­sière comme un chien de chas­se qui bourre un lapin ; des nuages lourds de pluie fuyaient dans la même direc­tion, vers le haut pays, si bien que le ciel et la route sem­blaient gliss­er d’une même poussée par-dessus la lande immo­bile. Un appel d’oiseau, trois notes brèves et inquiètes, s’éleva d’un bou­quet de prunel­liers.”

Sur cette route, qui ouvre Le Beau­caron de la roman­cière et con­teuse Nel­ly Kristink (1911–1995), née à Brux­elles mais insé­para­ble de la terre arden­naise, un jeune homme roule à vélo, soli­taire. Con­tin­uer la lec­ture

« Ah, je les vois déjà… »

Jeanne DE TALLENAY, L’invisible, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 276 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑931048–06‑1

Il est bien ardu de débus­quer le nom de Jeanne de Tal­lenay dans les antholo­gies ou les ouvrages généraux, et c’est dans la somme Les écrivains belges con­tem­po­rains de Camille Han­let – qui fut décidé­ment aus­si exhaus­tif que catholique – que l’on trou­vera une notice la con­cer­nant, dans le riche chapitre qu’il con­sacrait, en 1947, aux femmes de let­tres, plus par­ti­c­ulière­ment aux poét­esses… Con­tin­uer la lec­ture

Entre ici, Marie Denis…

Un coup de cœur du Car­net

Marie DENIS, L’odeur du père, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 110 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑931048–20‑7

Il est des textes qui, une fois lus, se déposent en vous, et mènent dans les tré­fonds de votre sen­si­bil­ité un lent tra­vail d’irrigation phréa­tique, dont l’impact réel peut pren­dre des mois, des années à se mesur­er. Ain­si, imman­quable­ment, L’odeur du père de Marie Denis, pub­lié pour la pre­mière fois en 1972 chez le très con­fi­den­tiel Robert Morel – qui pro­po­sait des petits ouvrages d’un for­mat atyp­ique, tout car­ton­nés de blanc, et où le texte com­mençait à même la pre­mière de cou­ver­ture… Con­tin­uer la lec­ture

Pure coïncidence ?

Anne FRANÇOIS, Nu-tête, Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 130 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑931048–22‑1

Les Femmes de Let­tres belges exis­tent, on le sait. De tout style, de toute encre, mais aus­si de tout temps ; cela, on le sait moins. Le genre (avec toute la déli­catesse qu’impose le maniement de ce terme), en lui-même, ne suf­fit pas à con­fér­er une quel­conque valeur à une pro­duc­tion artis­tique. Certes. Mais il ne peut en aucun cas con­tribuer à lui ôter vis­i­bil­ité, recon­nais­sance ou/et légitim­ité. C’est en cela que la démarche de la nou­velle mai­son d’édition « Névrosée » s’avère essen­tielle, et juste : empêch­er l’éclipse d’auteures tenues dans l’ombre, par le biais de réédi­tions de textes impor­tants. Par­mi ces éner­gies scrip­turales mul­ti­ples, divers­es, bigar­rées mis­es en avant dans la col­lec­tion « Femmes de let­tres oubliées », le Nu-tête d’Anne François est por­teur d’ondes intens­es et crues. Con­tin­uer la lec­ture