Archives par étiquette : Névrosée éditions

Sister Louis

Un coup de cœur du Carnet

Louis DUBRAU, À part entière, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2020, 192 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-36-8

Il paraît que la romancière Louise Scheidt – alias Louis Dubraulouis dubrau a part entiere éditions névroséene goûtait pas vraiment l’œuvre de Simenon. Pourtant, l’incipit d’À part entière est digne d’un des meilleurs romans durs de ce dernier. La première page voit un attroupement se créer sur le trottoir où vient de chuter lourdement le corps de Marie. Avant de sombrer dans le néant, on l’entend distinctement articuler : « C’est Guillaume. Il m’a poussée… ». Continuer la lecture

Anne-Marie La Fère. Les sept tiroirs et les giroflées

Anne-Marie LA FÈRE, Le semainier, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2020, 294 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-26-9

Bonheur absolu de découvrir ou redécouvrir dans la très belle collection « Femmes de lettres oubliées » des éditions Névrosée Le Semainier d’Anne-Marie La Fère. Née en 1940, romancière (Le semainier, Aux six jeunes hommes, La renarde), souveraine critique littéraire durant de nombreuses années, productrice d’émissions culturelles radio durant une vingtaine d’années, Anne-Marie La Fère est l’une des plumes les plus fines de la critique belge, une grande voix de la RTBF. Continuer la lecture

« La vie est trop courte pour être petite »

Marianne PIERSON-PIÉRARD, Dora , Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2019, 232 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-931048-14-6

Dora nous est une belle occasion d’évoquer la collection « Femmes de lettres oubliées » au catalogue de laquelle figure le roman que Marianne Pierson-Piérard publiait en 1951.

Pas moins de treize romans composent le catalogue de cette maison d’édition apparue de façon fulgurante dans le paysage éditorial belge. Juriste, romancière et passionnée de lettres, Sara Dombret avec une énergie infatigable, défend la démarche qui l’a amenée à rendre justice aux femmes de lettres belges francophones oubliées. Cette initiative saluée par la presse et les médias, trouvera bien vite un public de lecteurs  qui ont enfin accès à ces titres et à ces autrices oubliés.    Continuer la lecture

Un roman inédit de Madeleine Bourdouxhe

Madeleine BOURDOUXHE, Mantoue est trop loin. Névrosée, 2019, coll. « Femmes de lettres oubliées ». 208 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-9311048-16-0

Madeleine Bourdouxhe, dont Gallimard a publié La femme de Gilles en 1937, soumet à l’éditeur en 1956 le manuscrit d’un nouveau roman, Mantoue est trop loin – après en avoir publié les premières pages dans Le Monde nouveau sous le titre Les temps passés. D’abord accepté, il est ensuite refusé sans explication. Sans doute l’avis favorable du comité de lecture n’a-t-il pas été suivi plus haut, devant cette œuvre complexe où les normes narratives classiques sont bousculées à plus d’un titre. Rappelons que l’autrice se lie vers 1949 avec J.P. Sartre, dont vient précisément de paraitre l’essai anticonformiste Qu’est-ce que la littérature ?  À la même époque, N. Sarraute entame une série d’articles qui marquera les débuts du « nouveau roman ». Sans aucun doute, M. Bourdouxhe est influencée par ce courant novateur, qui notamment rejète l’analyse introspective des personnages au profit d’une approche behaviouriste, mais veut aussi se dégager du récit linéaire pour mettre en jeu une narration diffractée, assortie de nombreux effets de miroir. Ces choix romanesques n’iront pas sans déconcerter. Si M. Marini évoque « un texte à facture originale » (1989), C. Sarlet « se perd dans l’entremêlement des voix et des points de vue narratifs », ajoutant que « l’ajustage de la machine narrative qui eût permis le passage entre les différents niveaux du récit n’est pas au point » (1993). Quant à la préface de l’actuelle réédition et à la 4e de couverture, elles sont tout aussi réticentes : « certes, cette fusion engendre une certaine confusion. Nous voulons comprendre, mais nous ne pouvons pas comprendre »… Continuer la lecture

L’enfant privée d’enfance

Marguerite VAN DE WIELE, Âme blanche, Névrosée, 2019, 216 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-931048-08-5

La postérité est quelquefois injuste, le présent trop souvent amnésique et le public belge francophone peu conscient de son patrimoine littéraire. Ainsi des écrivains de valeur connaissent-ils les affres du purgatoire et leurs œuvres restent-elles absentes des rayons des librairies. Pour les femmes, la difficulté est accrue par le fait que l’Histoire littéraire a été écrite par des hommes. Pourtant, dès le début de la Belgique, certaines ont tenté de percer dans un monde des lettres encore exclusivement masculin et ont bravé les préjugés qui entourent les femmes artistes. Ce sont ces figures oubliées que la jeune maison d’édition Névrosée, dirigée par Sara Dombret, entend sortir de l’ombre en publiant une première série de douze livres de femmes écrivains belges. Parmi celles-ci, certains noms sont connus comme Caroline Gravière ou Madeleine Bourdouxhe, alors que d’autres ont totalement disparu de la mémoire collective. Marguerite Baulu et Jeanne de Tallenay, dont le roman L’invisible constitue une remarquable découverte, se voient ainsi remises à leur juste place grâce à cette initiative. Continuer la lecture

Le secret de l’étang

Nelly KRISTINK, Le Beaucaron, coll. « Femmes de lettres oubliées », Névrosée, 2019, 246 p., 16 €

« La route était taillée d’un seul jet dans la toison broussailleuse du plateau, jusqu’à la limite du ciel où elle s’amincissait en une courroie étroite. À ras du sol, le vent soulevait un peu de poussière comme un chien de chasse qui bourre un lapin ; des nuages lourds de pluie fuyaient dans la même direction, vers le haut pays, si bien que le ciel et la route semblaient glisser d’une même poussée par-dessus la lande immobile. Un appel d’oiseau, trois notes brèves et inquiètes, s’éleva d’un bouquet de prunelliers. »

Sur cette route, qui ouvre Le Beaucaron de la romancière et conteuse Nelly Kristink (1911-1995), née à Bruxelles mais inséparable de la terre ardennaise, un jeune homme roule à vélo, solitaire. Continuer la lecture

« Ah, je les vois déjà… »

Jeanne DE TALLENAY, L’invisible, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2019, 276 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-931048-06-1

Il est bien ardu de débusquer le nom de Jeanne de Tallenay dans les anthologies ou les ouvrages généraux, et c’est dans la somme Les écrivains belges contemporains de Camille Hanlet – qui fut décidément aussi exhaustif que catholique – que l’on trouvera une notice la concernant, dans le riche chapitre qu’il consacrait, en 1947, aux femmes de lettres, plus particulièrement aux poétesses… Continuer la lecture