Archives par étiquette : Névrosée éditions

Un été brûlant et poignant

Jacques CELS, Le cloître de sable, Névrosée, coll. « Les sous-exposés », 2020, 328 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-46-7

cels le cloitre de sableLa lumière et la chaleur rayonnent, en ce bel été, sur la cité balnéaire Delvester. Tout y respire le plaisir de vivre, l’insouciance chatoyante. Pourtant…

À La Méridienne, la vaste demeure où l’esthète et collectionneur d’art Stéphane Varlamov accueille à bras ouverts amis et connaissances, sous l’atmosphère animée, chaleureuse, perce une interrogation : où est passé le journaliste Arnaud Flairoux, qui séjournait ici depuis deux mois, tout sourire, et, du jour au lendemain, a disparu ? Continuer la lecture

Quelque chose comme une définition aveuglante du mot destin

Alain BOSQUET de THORAN, Le musée, Névrosée, coll. « Les sous-exposés », 2020, 162 p., 14 euros, ISBN : 978-2-931048-30-6

bosquet de thoran le museeLa première édition du Musée remonte à 1976. À l’époque, le texte parait aux éditions Jacques Antoine. Les éditions Névrosée décident de le rééditer aujourd’hui dans la collection « Les sous-exposés ». Quand on connait l’ambition de cette collection de (re)donner à lire des auteurs « tombés dans le purgatoire, dont la visibilité est vacillante », on est heureux d’y voir figurer le récit d’Alain Bosquet de Thoran (1933-2012) et d’ainsi avoir les moyens de le (re)découvrir. Continuer la lecture

Sur les traces d’Oncle John

Jean-Baptiste BARONIAN, Lord John, Névrosée, coll. « Sous-Exposés », 2020, 220 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-44-3

baronian lord johnSous-exposé, Jean-Baptiste Baronian ? Lui qui a une bibliographie longue comme les deux bras, et dans des genres très variés, de la littérature de jeunesse à l’essai, en passant par les dictionnaires amoureux (le dernier en date de la cuisine et de la gastronomie belges, au Rouergue) ou encyclopédiques (celui, remarquablement dirigé par ses soins, sur Rimbaud) mais aussi la nouvelle, le roman policier ou d’amour ? Lui dont le nom est cité avec cette déférence qu’on n’accorde qu’aux monstres sacrés par tous les amateurs du genre fantastique ou par les simenoniens – deux castes littéraires éminemment exigeantes, peuplées d’érudits à qui on ne la fait pas ? Lui qui, inlassablement, courageusement, joue son rôle de passeur dans diverses revues littéraires, afin de donner à lire des classiques oubliés comme les plumes contemporaines que son flair infaillible lui fait dénicher ? En sus, force est de constater que la qualité de sa production – que seuls les grincheux, jaloux de cette énergie cavaleuse qu’ils sont incapables de suivre, qualifieront de pléthorique, voire de dispersée – ne faiblit pas. Continuer la lecture

Soleil noir

Monique-Alika WATTEAU, Je suis le Ténébreux,Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées »,2020, 16 , ISBN : 978-2-931048-23-3

watteau je suis le tenebreuxSans courir l’anecdote, on ne peut évoquer l’œuvre artistique – picturale et littéraire – de Monique-Alika Watteau sans détailler quelques étapes de sa vie toujours en cours et débutée à Liège en 1929 sous le nom de Monique Dubois, fille du poète Hubert Dubois. Mariée au zoologiste belge Bernard Heuvelmans, fondateur de la cryptozoologie, elle divorce et épouse ensuite Scott Lindbergh, éthologue et fils du pionnier du vol transatlantique, avec qui elle partage aussi une passion pour les animaux et pour l’étude de leurs comportements, en particulier des singes hurleurs. Entretemps, très présente parmi les célébrités du Tout-Paris, elle  rencontre Yul Brynner et noue avec l’acteur une amitié amoureuse de plus de six ans. Et c’est tant le physique et le charisme de l’acteur (à qui elle doit son prénom additionnel d’Alika ou « petit félin » en langue tsigane) qui inspireront, formellement en tout cas, le personnage masculin de son quatrième et dernier roman, Je suis le Ténébreux, publié en 1962 sous ce pseudonyme de Watteau et qui fait l’objet aujourd’hui de cette réédition, à l’enseigne de la collection « Femmes de lettres oubliées ». Continuer la lecture

Jean Muno, Maître ès leurres

Jean MUNO, Jeu de rôles, Névrosée, coll. « Sous-Exposés », 2020, 210 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-42-9

muno jeu de rôlesDernier des neuf romans que l’on doit à Jean Muno (1924-1988), Jeu de rôles est bien davantage qu’un testament : il parachève une expérience littéraire globale et représente un aboutissement esthétique. Tenant de « l’école belge de l’étrange », Muno n’est pas à proprement parler un fantastiqueur. Les données de son onirisme, enraciné dans le réel, se renversent en une sorte d’« ironisme » magique dont il demeure un spécimen singulier. Continuer la lecture

Le lever des astres sous-exposés

Jacques HENRARD, Du bleu dans les nuages, préface de Guy Delhasse, Névrosée, coll. « Les sous-exposés », 2020, 146 p., 14 €, ISBN : 978-2-931048-32-0

henrard du bleu dans les nuagesAux côtés de la collection « Femmes de lettres oubliées », les éditions Névrosée ont créé une nouvelle collection, « Les sous-exposés ». Non pas, à proprement parler, les auteurs oubliés, mais des écrivains tombés dans le purgatoire, dont la visibilité est vacillante, dont l’existence dans les circuits de la reconnaissance officielle est clandestine. Un geste de renaissance qu’on louera pour deux raisons. D’une part pour la découverte de plumes, de titres épuisés, inédits, relégués dans l’invisible, d’autre part pour le retour critique qu’il autorise sur les mécanismes (tout à la fois aléatoires et formatés) de promotion culturelle de certains auteurs médiatisés de leur vivant et de la mise à l’ombre des autres. On peut qualifier de loi, voire de constante fondamentale du paysage littéraire, du champ artistique en général, les changements de signe qui affectent  la  renommée. Des notoriétés éclatantes de manière anthume sombrent dans le néant quand sonne l’heure posthume. Et, parfois, inversement, les maudits de leur vivant jouissent d’une gloire que seule leur mort leur confère. Continuer la lecture

Bruges-la-Belle

Georges RODENBACH, Le carillonneur, Préface de Frédéric Saenen, Névrosée, 2020, 325 p., 16 €, ISBN : 978-2-931-048405

rodenbach le carillonneurSous les signatures respectives de Georges Rodenbach, Jean Muno, Jean-Baptiste Baronian, Horace Van Offel et Jacques Henrard, ce ne sont pas moins de cinq romans que la jeune éditrice Sara Dombret met à disposition des lecteurs attachés au patrimoine de la littérature belge de langue française. Sous le label « Les sousexposés », cette nouvelle collection constitue, au sein des Editions Névrosée, le « double masculin » de « Femmes de lettres oubliées », complétant ainsi l’offre patrimoniale littéraire constituée par Espace Nord, les éditions Samsa et, bien sûr, les publications de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique. Continuer la lecture

Sister Louis

Un coup de cœur du Carnet

Louis DUBRAU, À part entière, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2020, 192 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-36-8

Il paraît que la romancière Louise Scheidt – alias Louis Dubraulouis dubrau a part entiere éditions névroséene goûtait pas vraiment l’œuvre de Simenon. Pourtant, l’incipit d’À part entière est digne d’un des meilleurs romans durs de ce dernier. La première page voit un attroupement se créer sur le trottoir où vient de chuter lourdement le corps de Marie. Avant de sombrer dans le néant, on l’entend distinctement articuler : « C’est Guillaume. Il m’a poussée… ». Continuer la lecture

Anne-Marie La Fère. Les sept tiroirs et les giroflées

Anne-Marie LA FÈRE, Le semainier, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2020, 294 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-26-9

Bonheur absolu de découvrir ou redécouvrir dans la très belle collection « Femmes de lettres oubliées » des éditions Névrosée Le Semainier d’Anne-Marie La Fère. Née en 1940, romancière (Le semainier, Aux six jeunes hommes, La renarde), souveraine critique littéraire durant de nombreuses années, productrice d’émissions culturelles radio durant une vingtaine d’années, Anne-Marie La Fère est l’une des plumes les plus fines de la critique belge, une grande voix de la RTBF. Continuer la lecture

« La vie est trop courte pour être petite »

Marianne PIERSON-PIÉRARD, Dora , Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2019, 232 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-931048-14-6

Dora nous est une belle occasion d’évoquer la collection « Femmes de lettres oubliées » au catalogue de laquelle figure le roman que Marianne Pierson-Piérard publiait en 1951.

Pas moins de treize romans composent le catalogue de cette maison d’édition apparue de façon fulgurante dans le paysage éditorial belge. Juriste, romancière et passionnée de lettres, Sara Dombret avec une énergie infatigable, défend la démarche qui l’a amenée à rendre justice aux femmes de lettres belges francophones oubliées. Cette initiative saluée par la presse et les médias, trouvera bien vite un public de lecteurs  qui ont enfin accès à ces titres et à ces autrices oubliés.    Continuer la lecture

Un roman inédit de Madeleine Bourdouxhe

Madeleine BOURDOUXHE, Mantoue est trop loin. Névrosée, 2019, coll. « Femmes de lettres oubliées ». 208 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-9311048-16-0

Madeleine Bourdouxhe, dont Gallimard a publié La femme de Gilles en 1937, soumet à l’éditeur en 1956 le manuscrit d’un nouveau roman, Mantoue est trop loin – après en avoir publié les premières pages dans Le Monde nouveau sous le titre Les temps passés. D’abord accepté, il est ensuite refusé sans explication. Sans doute l’avis favorable du comité de lecture n’a-t-il pas été suivi plus haut, devant cette œuvre complexe où les normes narratives classiques sont bousculées à plus d’un titre. Rappelons que l’autrice se lie vers 1949 avec J.P. Sartre, dont vient précisément de paraitre l’essai anticonformiste Qu’est-ce que la littérature ?  À la même époque, N. Sarraute entame une série d’articles qui marquera les débuts du « nouveau roman ». Sans aucun doute, M. Bourdouxhe est influencée par ce courant novateur, qui notamment rejète l’analyse introspective des personnages au profit d’une approche behaviouriste, mais veut aussi se dégager du récit linéaire pour mettre en jeu une narration diffractée, assortie de nombreux effets de miroir. Ces choix romanesques n’iront pas sans déconcerter. Si M. Marini évoque « un texte à facture originale » (1989), C. Sarlet « se perd dans l’entremêlement des voix et des points de vue narratifs », ajoutant que « l’ajustage de la machine narrative qui eût permis le passage entre les différents niveaux du récit n’est pas au point » (1993). Quant à la préface de l’actuelle réédition et à la 4e de couverture, elles sont tout aussi réticentes : « certes, cette fusion engendre une certaine confusion. Nous voulons comprendre, mais nous ne pouvons pas comprendre »… Continuer la lecture

L’enfant privée d’enfance

Marguerite VAN DE WIELE, Âme blanche, Névrosée, 2019, 216 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-931048-08-5

La postérité est quelquefois injuste, le présent trop souvent amnésique et le public belge francophone peu conscient de son patrimoine littéraire. Ainsi des écrivains de valeur connaissent-ils les affres du purgatoire et leurs œuvres restent-elles absentes des rayons des librairies. Pour les femmes, la difficulté est accrue par le fait que l’Histoire littéraire a été écrite par des hommes. Pourtant, dès le début de la Belgique, certaines ont tenté de percer dans un monde des lettres encore exclusivement masculin et ont bravé les préjugés qui entourent les femmes artistes. Ce sont ces figures oubliées que la jeune maison d’édition Névrosée, dirigée par Sara Dombret, entend sortir de l’ombre en publiant une première série de douze livres de femmes écrivains belges. Parmi celles-ci, certains noms sont connus comme Caroline Gravière ou Madeleine Bourdouxhe, alors que d’autres ont totalement disparu de la mémoire collective. Marguerite Baulu et Jeanne de Tallenay, dont le roman L’invisible constitue une remarquable découverte, se voient ainsi remises à leur juste place grâce à cette initiative. Continuer la lecture

Le secret de l’étang

Nelly KRISTINK, Le Beaucaron, coll. « Femmes de lettres oubliées », Névrosée, 2019, 246 p., 16 €

« La route était taillée d’un seul jet dans la toison broussailleuse du plateau, jusqu’à la limite du ciel où elle s’amincissait en une courroie étroite. À ras du sol, le vent soulevait un peu de poussière comme un chien de chasse qui bourre un lapin ; des nuages lourds de pluie fuyaient dans la même direction, vers le haut pays, si bien que le ciel et la route semblaient glisser d’une même poussée par-dessus la lande immobile. Un appel d’oiseau, trois notes brèves et inquiètes, s’éleva d’un bouquet de prunelliers. »

Sur cette route, qui ouvre Le Beaucaron de la romancière et conteuse Nelly Kristink (1911-1995), née à Bruxelles mais inséparable de la terre ardennaise, un jeune homme roule à vélo, solitaire. Continuer la lecture

« Ah, je les vois déjà… »

Jeanne DE TALLENAY, L’invisible, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2019, 276 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-931048-06-1

Il est bien ardu de débusquer le nom de Jeanne de Tallenay dans les anthologies ou les ouvrages généraux, et c’est dans la somme Les écrivains belges contemporains de Camille Hanlet – qui fut décidément aussi exhaustif que catholique – que l’on trouvera une notice la concernant, dans le riche chapitre qu’il consacrait, en 1947, aux femmes de lettres, plus particulièrement aux poétesses… Continuer la lecture

Entre ici, Marie Denis…

Un coup de cœur du Carnet

Marie DENIS, L’odeur du père, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2019, 110 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978-2-931048-20-7

Il est des textes qui, une fois lus, se déposent en vous, et mènent dans les tréfonds de votre sensibilité un lent travail d’irrigation phréatique, dont l’impact réel peut prendre des mois, des années à se mesurer. Ainsi, immanquablement, L’odeur du père de Marie Denis, publié pour la première fois en 1972 chez le très confidentiel Robert Morel – qui proposait des petits ouvrages d’un format atypique, tout cartonnés de blanc, et où le texte commençait à même la première de couverture… Continuer la lecture

Pure coïncidence ?

Anne FRANÇOIS, Nu-tête, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2019, 130 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978-2-931048-22-1

Les Femmes de Lettres belges existent, on le sait. De tout style, de toute encre, mais aussi de tout temps ; cela, on le sait moins. Le genre (avec toute la délicatesse qu’impose le maniement de ce terme), en lui-même, ne suffit pas à conférer une quelconque valeur à une production artistique. Certes. Mais il ne peut en aucun cas contribuer à lui ôter visibilité, reconnaissance ou/et légitimité. C’est en cela que la démarche de la nouvelle maison d’édition « Névrosée » s’avère essentielle, et juste : empêcher l’éclipse d’auteures tenues dans l’ombre, par le biais de rééditions de textes importants. Parmi ces énergies scripturales multiples, diverses, bigarrées mises en avant dans la collection « Femmes de lettres oubliées », le Nu-tête d’Anne François est porteur d’ondes intenses et crues. Continuer la lecture