Archives par étiquette : patriarcat

L’histoire d’Abraham vue de Liernu

Joseph DEWEZ, Èvôye, Abrâm. Sor­tir du patri­ar­cat avec le pre­mier patri­arche ?, Tétras Lyre, coll. « De Wal­lonie », 2022, 164 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–67‑0

dewez evoye abramD’aucuns se sont peut-être éton­nés de trou­ver la sig­na­ture de Joseph Dewez sur ce livre. Fig­ure notoire des let­tres en langue régionale de Bel­gique, actuel prési­dent des Rèlîs Namur­wès et mem­bre tit­u­laire de la Société de Langue et de Lit­téra­ture wal­lonnes, il est surtout con­nu pour met­tre en valeur d’autres écrivains, passés et présents. À ce titre, il a con­tribué à plusieurs numéros de la col­lec­tion « Mémoire wal­lonne », à l’impressionnante mono­gra­phie Les Kriegscayès. La Grande Guerre des Rèlis Namur­wès, pub­lie régulière­ment des hom­mages et des comptes ren­dus et, depuis la ren­trée dernière, prend en charge un cours à l’école de wal­lon de Namur. Con­tin­uer la lec­ture

La forza del destino

Chris­tiana MOREAU, La nuit de la tar­entelle, Press­es de la Cité, 2023, 269 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782258204140

moreau la nuit de la tarentelleLe nou­veau roman de Chris­tiana More­au nous plonge dans un vil­lage des Pouilles où une bac­térie vir­u­lente attaque les oliviers, l’emblème du vil­lage de Salen­to. Ayant gran­di dans une pro­priété agri­cole désor­mais presque ruinée par l’abattage des arbres malades, Élisa annonce à son père qu’elle désire étudi­er le chant à l’institut de musique clas­sique de Milan afin de devenir can­ta­trice. Si l’on met de côté l’impossibilité pour ses par­ents de pay­er ses études, Élisa se voit oppos­er un refus formel à son désir : c’est qu’elle est la pre­mière de la famille à oser ten­ter un autre méti­er que celui d’agricultrice trans­mis de généra­tion en généra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

La raison des passions

Dominique VAN COTTHEM, Adèle, Genèse, 2022, 288 p., 22,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN: 9782382010112

van cotthem adeleÇa se passe à Mons, à Cuesmes, aux États-Unis, dans un arc entre deux mon­des.

Adèle est le deux­ième roman de Dominique Van Cot­them, qui vient de sor­tir chez Genèse édi­tion en ce début jan­vi­er. Avant de pub­li­er, l’autrice était fleuriste, renom­mée et créa­tive ; elle vit à Chênée, près de Liège. Son pre­mier roman, Le sang d’une autre,  avait été fêté par le prix des Lec­tri­ces et pub­lié ensuite en Pock­et. Con­tin­uer la lec­ture

Carmen ou la résolution

Un coup de cœur du Car­net

Sophie D’AUBREBY, S’en aller, Inculte, 2021, 288 p., 18.90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782360841189

d aubreby s en allerCon­traire­ment à l’amour mis en chant par Bizet, Car­men est enfant de bour­geois, et a tou­jours con­nu des lois. Née au début du 20e siè­cle au sein d’une classe aisée, dès son pre­mier souf­fle, elle a endossé naturelle­ment un cos­tume étriqué con­fec­tion­né de longue date par la société patri­ar­cale, un « corset de manières cousu à même sa peau » par son milieu. Docile, elle a gran­di sage­ment, sans ques­tions ni attentes, en con­for­mité, préservée. L’évidence la menait au mariage arrangé, une des­tinée dont elle était tenue à l’écart mais qu’elle accep­tait en spec­ta­trice. Cepen­dant, même dans les dess(e)ins les plus maîtrisés, il y a tou­jours une ligne de fuite. Con­tin­uer la lec­ture

L’enfant privée d’enfance

Mar­guerite VAN DE WIELE, Âme blanche, Névrosée, 2019, 216 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑931048–08‑5

La postérité est quelque­fois injuste, le présent trop sou­vent amnésique et le pub­lic belge fran­coph­o­ne peu con­scient de son pat­ri­moine lit­téraire. Ain­si des écrivains de valeur con­nais­sent-ils les affres du pur­ga­toire et leurs œuvres restent-elles absentes des rayons des librairies. Pour les femmes, la dif­fi­culté est accrue par le fait que l’Histoire lit­téraire a été écrite par des hommes. Pour­tant, dès le début de la Bel­gique, cer­taines ont ten­té de percer dans un monde des let­tres encore exclu­sive­ment mas­culin et ont bravé les préjugés qui entourent les femmes artistes. Ce sont ces fig­ures oubliées que la jeune mai­son d’édition Névrosée, dirigée par Sara Dom­bret, entend sor­tir de l’ombre en pub­liant une pre­mière série de douze livres de femmes écrivains belges. Par­mi celles-ci, cer­tains noms sont con­nus comme Car­o­line Grav­ière ou Madeleine Bour­doux­he, alors que d’autres ont totale­ment dis­paru de la mémoire col­lec­tive. Mar­guerite Baulu et Jeanne de Tal­lenay, dont le roman L’invisible con­stitue une remar­quable décou­verte, se voient ain­si remis­es à leur juste place grâce à cette ini­tia­tive. Con­tin­uer la lec­ture

Occupation militaire et domination masculine durant la Guerre 14–18

Emmanuel DEBRUYNE, « Femmes à Boches ». Occu­pa­tion du corps féminin, dans la France et la Bel­gique de la Grande Guerre, Belles Let­tres, 2018, 456 p., 25,90€ / ePub : 18.99 €, ISBN : 9782251448435

Se revendi­quant à la fois de l’histoire du genre et de celle de la guerre, l’ouvrage « Femmes à Boches », d’Emmanuel Debruyne, pro­fesseur d’histoire con­tem­po­raine à l’UCL, exam­ine une ques­tion auda­cieuse, dans sa for­mu­la­tion même : l’« occu­pa­tion du corps féminin », en France et en Bel­gique, durant la Guerre 14–18. Quel est le con­texte ? « Pen­dant qua­tre ans, la qua­si-entièreté de la Bel­gique et de larges pans de dix départe­ments français sont occupés par l’armée alle­mande » : ces ter­ri­toires, découpés par l’ennemi en plusieurs zones dis­posant de leur admin­is­tra­tion, for­ment un large périmètre regroupant une dizaine de mil­lions d’habitant-e‑s. Con­tin­uer la lec­ture

Une liste sans fin ?

Un coup de cœur du Car­net

Céline DELBECQ, Cinglée, Lans­man / Rideau de Brux­elles, 2019, 60 p., 11€, ISBN : 9782807102569

Car­men Gar­cia Orte­ga. Flo­rence Koot. Sofie Muylle. Shashia More­au. Incon­nue. Geneviève Demeul­dre. Femke Wet­zels. Renate Bolte. Vjoll­ca Hox­ha. Kari­ma Essai­di. … et trois longs points de sus­pen­sion. Ain­si réson­nent ces noms. Toutes les femmes citées dans cet extrait sont mortes, assas­s­inées par leur com­pagnon, mari, ex… Con­tin­uer la lec­ture

Claire Lejeune, « voix pourpre » et « contrebandière de la pensée »

Claire LEJEUNE, Pour trou­ver la clé, il fal­lut per­dre la mémoire des ser­rures, textes inédits choi­sis par Anne André, Danielle Bajomée et Mar­tine Renouprez, Arbre de Diane, coll. « Les Deux Sœurs », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–10‑5

La prose poé­tique, les essais de Claire Leje­une (1926–2008) sont placés sous le signe de la ful­gu­rance, d’une poé­tique rad­i­cale­ment nova­trice qui entend décloi­son­ner les savoirs, les expéri­ences afin de tra­vers­er les chapes du pou­voir, de la dom­i­na­tion et de recon­tac­ter les promess­es à venir des orig­ines. Dans les années 1960, La gangue et le feu, Le pour­pre, La geste, Le dernier tes­ta­ment, Elle sig­nent l’avènement d’une parole qui noue indis­sol­uble­ment nais­sance à soi hors des rets du patri­ar­cat, expéri­ence mys­tique d’un verbe poli­tique et poé­tique, sub­ver­sion des piliers d’une civil­i­sa­tion qui a muselé les femmes. De se dire, les sans-voix mon­tent à l’existence, gag­nent un proces­sus de sub­jec­ti­va­tion que Claire Leje­une place sous le signe de l’ouverture à l’autre de la rai­son et aux ter­res du sym­bole. « Nous ne faisons pas la poésie. Elle nous fait de nous défaire » écrivait-elle. Con­tin­uer la lec­ture