Archives par étiquette : Guillaume Apollinaire

Théâtre 1918–1940 : une synthèse magistrale

Un coup de cœur du Car­net

Pierre PIRET, Le chant du signe. Dra­matur­gies expéri­men­tales de l’entre-deux-guerres, Cir­cé, coll. “Penser le théâtre”, 2024, 210 p., 24 €, ISBN : 978–2‑84242–510‑4

piret le chant du signeNonob­stant le fait qu’ils ont pro­duit leur œuvre pour l’essentiel dans l’entre-deux guer­res, que peu­vent avoir en com­mun des dra­maturges aus­si dif­férents que Fer­nand Crom­me­lynck, Paul Claudel, Michel De Ghelderode, Jean Cocteau, Roger Vit­rac, Hen­ry Sou­magne, Guil­laume Apol­li­naire ? Si l’on se réfère aux études exis­tantes, seules quelques analo­gies très par­tielles sinon super­fi­cielles ont été mis­es en lumière. Or, mal­gré sa brièveté, cette péri­ode fut mar­quée dans les domaines tant musi­cal que plas­ti­cien et lit­téraire par une forte volon­té des créa­teurs de met­tre en ques­tion les codes étab­lis – notam­ment ceux du théâtre de boule­vard – et d’innover sans crain­dre de provo­quer. Cette volon­té s’étant exprimée dans un grand désor­dre appar­ent, sans qu’on puisse la ranger dans le tiroir “avant-gardes”, c’était une gageure d’y recon­naitre une logique com­mune et, à for­tiori, de détailler les rouages d’une telle logique. Voilà le défi que vient de relever bril­lam­ment Pierre Piret, pro­fesseur au Cen­tre d’Études théâ­trales de l’UCLouvain, en s’appuyant sur la panoplie con­ceptuelle de la psy­ch­analyse lacani­enne – on voit mal, tout compte fait, quelle autre grille d’analyse aurait pu con­venir à la tâche. Con­tin­uer la lec­ture

Pierre Alechinsky, dans les marges et au cœur de l’imprimé

Pierre Alechin­sky, les Palimpses­tes, expo­si­tion au Cen­tre de la Gravure et de l’Image imprimée, La Lou­vière, jusqu’au 5 novem­bre 2017.

alechinsky affiche« Palimpses­te : his­torique­ment, par­chemin dont on a effacé la pre­mière écri­t­ure pour pou­voir écrire un nou­veau texte », nous dit Le Robert. Le palimpses­te aujourd’hui, c’est ce que nous donne à voir Pierre Alechin­sky, dans une remar­quable et foi­son­nante expo­si­tion, au Cen­tre de la Gravure et de l’Image imprimée, à La Lou­vière. Près de trois cents œuvres de l’artiste, créées à par­tir de papiers oubliés, man­u­scrits et imprimés d’autrefois.

Depuis plus de six décen­nies, une grande par­tie de l’œuvre d’Alechinsky, né à Brux­elles en 1927, a trou­vé sa source dans le monde du papi­er. Pas­sion­né­ment attiré par les doc­u­ments anciens, let­tres com­mer­ciales, actes notar­iés, fac­tures, cor­re­spon­dances, cartes de géo­gra­phie ou plans de villes, il en a fait la matière de détourne­ments qui lais­sent le champ libre à l’imagination et com­posent ain­si très libre­ment des créa­tions nou­velles. Artiste dont le tra­vail n’a jamais cessé de jon­gler avec les arts plas­tiques et l’écriture, de (se) jouer des images et des mots, de pass­er du pinceau à la plume et vice-ver­sa, Pierre Alechin­sky a pour habi­tude de se désign­er comme « un pein­tre qui vient de l’imprimerie » : sou­venir de ses années d’études à La Cam­bre, en typogra­phie et illus­tra­tion du livre, où cet étu­di­ant « classé can­cre » réal­isa dès 1948, pour décrocher son diplôme, ses pre­mières estam­pes, autour du Poète assas­s­iné de Guil­laume Apol­li­naire. Con­tin­uer la lec­ture

Mystique et athée

Un coup de coeur du Carnet

Jean Claude BOLOGNE, Une mys­tique sans Dieu, Paris, Albin Michel, 2015, 327 p., 20,90 €/ ePub : 14.99 €   ISBN : 978–2226258519

bologne_cottonIl y a quar­ante ans, Jean Claude Bologne a vécu durant quelques instants « une expéri­ence ful­gu­rante de l’absolu ». Quelques instants qui ont mar­qué et trans­for­mé toute sa vie. En 1995, il a con­sacré à cette expéri­ence mys­tique, exempte de toute référence à Dieu, un pre­mier essai qu’il con­sid­érait comme une délivrance, pen­sant n’avoir plus à revenir publique­ment sur le sujet. N’empêche, alors que le temps a passé « sans rien chang­er à la bru­tal­ité de la mémoire », il s’est résolu, poussé par « les con­fi­dences que le livre a sus­citées » et par « les réflex­ions qui l’ont pro­longé » à témoign­er « avec moins de lyrisme et de can­deur » de « l’instant où le monde a bas­culé » et de la fac­ulté de sur­vivre « à l’immense désar­roi de ne plus le con­naître ». En pré­cisant aus­si que cet instant, « on ne peut que le vivre » sans qu’on puisse le provo­quer ou le renou­vel­er volon­taire­ment, sa mar­que étant du reste indélé­bile. Quant au car­ac­tère « inef­fa­ble » de l’événement, il implique, par déf­i­ni­tion, que son abord oblige à des détours par les approx­i­ma­tions de ce qui peut être exprimé. Con­tin­uer la lec­ture