Archives par étiquette : Jean Claude Bologne

Jean Claude Bologne. Le jeu des perles de vie

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine BINI, L’Envol et le Sil­lon. L’œuvre romanesque de Jean Claude Bologne, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2025, 244 p., 20 €, ISBN : 9782803200924

bini l'envol et le sillonLa ren­con­tre entre le champ romanesque de Jean Claude Bologne et le regard de Chris­tine Bini se place sous le signe de la grâce, d’une grâce athée qui rend toute la mesure de la puis­sance esthé­tique, de la com­plex­ité et de l’exigence d’une œuvre rad­i­cale­ment sin­gulière. Le titre de l’essai, le tableau de Breughel, La Chute d’Icare (la ver­sion du musée Van Buuren) en cou­ver­ture dévoilent l’intuition qui dicte et guide l’étude : « Le titre choisi pour cet essai asso­cie Jean à l’envol, et Claude au labour, sym­bol­ique­ment. Ce sont là deux motifs impor­tants de l’œuvre romanesque de Bologne : l’aspiration à la tran­scen­dance, et l’ancrage dans l’histoire, ter­reau de la fic­tion. » La com­plé­men­tar­ité des deux gestes (le vol vers l’infini et le labour de la terre fic­tion­nelle, de la chair his­torique) par laque­lle Chris­tine Bini définit l’imaginaire du romanci­er est égaiement à l’œuvre dans l’exégèse qu’elle lui con­sacre. Con­tin­uer la lec­ture

Rentrée littéraire 2025 : continuité et renouveau

rentree 2025

Immuable temps fort de l’année édi­to­ri­ale française, la « ren­trée lit­téraire d’automne » sus­cite beau­coup d’attention en Bel­gique aus­si.

De la part des libraires et des lecteurs, évidem­ment, puisque la lit­téra­ture pub­liée en France reste, de loin, la plus ven­due chez nous. Pour les auteurs et autri­ces belges pub­liés en France, cette ren­trée est pleine­ment la leur, et ils se mêleront, comme tous les romanciers hexag­o­naux, à l’effervescence du moment et notam­ment à la course aux prix. Les maisons d’édition belges, quant à elles, adoptent vis-à-vis de cette péri­ode des atti­tudes divers­es. Cer­taines en font un moment-phare de leur année. Elles optent alors pour un pro­gramme d’ampleur, et des dates de paru­tion qui rejoignent celles des voisins français (fin août), ou sont au con­traire plus tar­dives, pour éviter une con­cur­rence déséquili­brée. D’autres maisons, sans être inac­tives au cours du deux­ième semes­tre, pla­cent plutôt le cen­tre de grav­ité de leur année édi­to­ri­ale à la Foire du livre de Brux­elles, et présen­tent donc un pro­gramme plus léger pour l’automne.

Tour d’horizon des auteurs et autri­ces belges qui fer­ont la ren­trée 2025, en Bel­gique ou à l’étranger. Con­tin­uer la lec­ture

Belgique, vieux grimoire

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2024, 124 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 9782875864819

bologne belgiquesLe por­trait chi­nois de la Bel­gique, des mul­ti­ples Bel­giques, que nous livre Jean Claude Bologne pour­rait-il se voir défi­ni par le cumul des titres com­posant les quinze nou­velles du recueil ? Pêle-mêle, on cit­era Aller sim­ple pour Nulle Part qui ouvre le bal de l’écriture, La liasse empoi­son­née qui le referme, Le marc­hand de sourires, Dilemmes, C’est la vie, Mon­sieur et cher Papa, Son Messie aujourd’hui, Le plac­ard… Avec un brio étince­lant trem­pé dans l’humour, Jean Claude Bologne délivre des textes où le fan­tas­tique, les embruns de l’irréel s’invitent sans crier gare, au détour d’une descrip­tion de lieux, de faits. Loin de for­mer un sim­ple décor, les lieux tout à la fois réels, géo­graphiques, de l’enfance, imag­i­naires, qu’il évoque — la val­lée de la Haze, l’Académie de lit­téra­ture, Liège… — exer­cent charmes et sor­tilèges, influ­en­cent les per­son­nages jusqu’à leur vol­er leur libre-arbi­tre. Chaque nou­velle peut se lire comme un réc­it d’apprentissage qui élève la Bel­gique au rang de ter­reau d’expériences fon­da­tri­ces. Con­tin­uer la lec­ture

La rentrée littéraire 2024, avec sobriété

Rentrée littéraire 2024

Pour la plu­part d’entre nous, le début des vacances est aus­si immi­nent qu’attendu. Évo­quer en ce moment la ren­trée, fût-elle lit­téraire, a donc for­cé­ment quelque chose d’incongru. Pour­tant, les maisons d’édition ont générale­ment déjà bouclé leur pro­gramme autom­nal et plusieurs d’entre elles l’ont présen­té aux libraires, voire aux médias. Comme tou­jours, les autri­ces et auteurs belges seront nom­breux à dévoil­er leur nou­veau livre cet automne. Le point sur leurs sor­ties annon­cées au deux­ième semes­tre.

Mais d’abord quelques con­stats. À part les édi­tions M.E.O., Weyrich et Les impres­sions nou­velles, dont cer­tains romans parais­sent dès la fin août, les maisons d’édition belges ne se calquent pas sur le cal­en­dri­er de la ren­trée lit­téraire française : la plu­part de leurs pub­li­ca­tions sont prévues plus tard dans la sai­son. Ce décalage peut s’expliquer par une volon­té de ne pas se plac­er en con­cur­rence, for­cé­ment déséquili­brée, avec des sor­ties hexag­o­nales accom­pa­g­nées de moyens pro­mo­tion­nels sans com­mune mesure. Il reflète aus­si une logique autre : plusieurs maisons d’édition inter­rogées pour pré­par­er cet arti­cle nous ont expliqué pro­gram­mer leurs paru­tions en fonc­tion non de la ren­trée lit­téraire, mais des événe­ments plus por­teurs pour elles, tels que le Marché de la poésie, le fiEs­ti­val ou encore le Poet­ik Bazar. Con­tin­uer la lec­ture

Le palais des plumes et des âmes

COLLECTIF, Une vie de palais, Académie royale de la langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2024, 159 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8032–0077‑1

collectif une vie de palaisLa jaque­tte du livre et sa cou­ver­ture, en dis­tor­sion, offrent une mise en abyme du pro­jet offert aux lecteurs. Une volon­té d’ouverture (fenêtre aux bat­tants écartés), de jovi­al­ité (ciel bleu en arrière-plan et rose en encart), de sec­ond degré (un fau­teuil – d’académicien – flotte dans un tour­bil­lon de noms d’auteurs et autri­ces). Der­rière, la solen­nité d’une insti­tu­tion pres­tigieuse, l’Académie royale… séduit davan­tage, dans sa ligne épurée. Con­tin­uer la lec­ture

Pouvoirs de la parole et de la lettre

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Empris­es. Les con­tes du père Susar, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 324 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–475‑3

bologne emprisesÉblouis­sant roman tail­lé dans l’ambition, l’érudition et la magie du verbe, Empris­es. Les con­tes du père Susar enracine son réc­it dans les plis du 18ème siè­cle, aus­culte les secrets, les jougs famil­i­aux qui s’étirent sur plusieurs généra­tions. Jean Claude Bologne a le secret des dis­posi­tifs nar­rat­ifs d’une folle intel­li­gence qui allie ques­tions méta­physiques et com­plex­ité des âmes. Con­stru­it comme une cathé­drale, le roman met en scène un con­teur hors pair, le père Susar qui, accusé de sor­cel­lerie, vit caché dans un hameau près de Liège depuis des décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture

Jean Claude Bologne : en lettres dorées

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Légendaire, Tail­lis Pré, 2023, 144 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87450–212‑5

bologne legendaireTail­lé dans une langue poé­tique extrême­ment fine et pré­cise, le nou­v­el opus de Jean Claude Bologne, Légendaire, a paru aux édi­tions Le Tail­lis Pré, après le non moins mag­nifique recueil Rit­u­aire (2020) du même auteur.

Scindé en trois par­ties, inti­t­ulées « Il est un peu­ple », « Ce que con­tent les arbres » et « Le roi rebelle », ce recueil oscille entre poésie, suite de petits con­tes et paraboles. Chaque par­tie est dédiée à un écrivain en par­ti­c­uli­er : Otto Ganz, Wern­er Lam­ber­sy et Michel Host, témoignant de la con­stel­la­tion qui se tisse autour du livre. Trois œuvres vien­nent ain­si se pos­er en fron­tispice de cha­cune des sec­tions. Con­tin­uer la lec­ture

Rentrée littéraire 2023 : abondance et diversité

rentrée littéraire 2023

Le rit­uel est con­nu : chaque année en juin, les maisons d’édition dévoilent le pro­gramme de leur ren­trée lit­téraire. Et lec­tri­ces et lecteurs de par­tir en vacances avec la cer­ti­tude de trou­ver en librairie, dès la mi-août, pléthore de nou­veaux livres qui adouciront à n’en point douter le retour à la vie pro­fes­sion­nelle.

Cette année encore, auteurs et autri­ces belges seront nom­breux à par­ticiper à ce temps fort de l’année édi­to­ri­ale. La ren­trée lit­téraire est tra­di­tion­nelle­ment asso­ciée au roman. Il ne sera pas, loin s’en faut, le seul genre à faire l’actualité cet automne, mais il en sera cer­taine­ment l’un des points névral­giques. Tour d’horizon des sor­ties annon­cées. Con­tin­uer la lec­ture

La littérature par le menu

COLLECTIF, La cui­sine de nos écrivains, Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2022, 130 p., 15 €, ISBN : 9782803200672

collectif la cuisine de nos écrivainsIl n’y a que les imbé­ciles qui ne soient pas gour­mands. On est gour­mand comme on est artiste, comme on est poète”.

Inci­tant le lecteur au péché de gour­man­dise, Yves Namur cite Guy de Mau­pas­sant dans son intro­duc­tion aux actes du col­loque con­sacré à La cui­sine de nos écrivains qui s’est tenu en octo­bre 2021, à l’occasion du cen­te­naire de l’Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique. La gour­man­dise est en effet de mise pour évo­quer un sujet d’une telle ampleur. C’est que les écrivains ne man­quent pas, qui ont fait de la nour­ri­t­ure un sujet à part entière  ou la métaphore de leur art, et du repas, le sub­til décor de leur roman ou le sym­bole de l’appartenance sociale de leurs per­son­nages. Et que l’on ne s’y trompe pas, les auteurs et autri­ces dont il est ques­tion ici, « nos écrivains », sont belges ou français. Ce sont les écrivains de notre pat­ri­moine lit­téraire, ceux qui ont façon­né (et façon­nent encore) notre imag­i­naire. La gour­man­dise, comme la lit­téra­ture, n’a pas de fron­tière. Con­tin­uer la lec­ture

La vieille dame qui murmurait à l’oreille des marginalisés

Un coup de cœur du Car­net

Yves NAMUR, Nadine VANWELKENHUYZEN, Hélène CARRERE D’ENCAUSSE, David BONGARD, Danielle BAJOMEE, Jean Claude BOLOGNE et S.A.R. Lau­rent DE BELGIQUE, Cen­te­naire de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 1920–2020, Textes des dis­cours pronon­cés lors de la séance solen­nelle du 16 octo­bre 2021, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2022, 81 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8032–0065‑8

centenaire de l'academie royale de langue et de litterature francaises de belgiqueQu’appréhende-t-on face à des textes pronon­cés lors d’une céré­monie com­mé­mora­tive ? Du pesant, de l’obséquieux et du byzan­tin. Or… L’objet-livre, déjà, prédis­pose en faveur des con­tenus. Mise en abyme ? Une belle mise en page mais un for­mat réduit, un cahi­er pho­tographique en guise de témoignage mais une sobriété à mille coudées du livre d’art, etc. Quant aux textes… Passées quelques for­mules de politesse, ils sont flu­ides et justes, tein­tés de sec­ond degré et d’empathie. Ils se com­plè­tent surtout har­monieuse­ment pour nous offrir une vision syn­thé­tique de ce qu’est, de ce qu’a été, de ce que devrait être à l’avenir l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

Routes de la gémellité et puissances du livre

Jean Claude BOLOGNE, Le nou­v­el an can­ni­bale, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 232 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87505–384‑8

bologne le nouvel an cannibaleLa vie des livres, la manière dont ils font vol­er en éclats la fron­tière entre réal­ité et imag­i­naire, les pou­voirs ontologiques, les sor­tilèges dont ils sont por­teurs sont au cœur du dernier roman de Jean Claude Bologne, Le nou­v­el an can­ni­bale. Auteur d’une œuvre mar­quante riche d’une quar­an­taine de titres, romanci­er, essay­iste, philo­logue de for­ma­tion, Jean Claude Bologne met en réc­it avec ambi­tion, éru­di­tion et humour le coup de dés de la créa­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Charline Lambert

Chaque jour, Le Car­net et les Instants revis­ite l’an­née lit­téraire 2020 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujour­d’hui : la sélec­tion de Char­line Lam­bert. Con­tin­uer la lec­ture

Prise de rites

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Rit­u­aire, Tail­lis Pré, 2020, 15 €, ISBN : 978–2‑87450–159‑3

« […] car toi et moi, qui ne nous ren­con­trons que dans le geste de don­ner, que sommes-nous, quand le geste s’achève ? Rêve, et rêve de rêve. » ( « Kapala »)

Rit­u­aire (paru aux édi­tions Le Tail­lis Pré) ne peut être que l’œuvre d’un amoureux des dic­tio­n­naires et des ouvrages his­toriques, d’un pas­sion­né des livres et du sacré, de leur mys­tère et de leur poésie. Ne témoignant ni d’une éru­di­tion écras­ante ni d’une curiosité super­fi­cielle, ce recueil de Jean Claude Bologne s’inscrit en justesse dans la vaste bib­li­ogra­phie de l’auteur. Sans plus ter­gi­vers­er, dis­ons-le tout net : Rit­u­aire est un régal. Con­tin­uer la lec­ture

15 nouvelles à liker

COLLECTIF, #bal­anc­etavie, Ker, coll. « Dou­ble jeu », 2019, 242 p., 10 €, ISBN : 9782875862525

Treize écrivains, quinze nou­velles, un sujet. Voilà le pro­gramme du nou­v­el ouvrage col­lec­tif que Ker édi­tions a con­sacré à la thé­ma­tique de la traça­bil­ité de notre vie sur le web. La mai­son n’en est pas à son coup d’essai puisqu’en 2015, elle avait pub­lié un pre­mier recueil de qua­torze nou­velles, Le peu­ple des Lumières, autour du fon­da­men­talise et du ter­ror­isme, puis, en 2017, L’heure du leurre, qui traitait du pop­ulisme et du racisme. Tou­jours dans la col­lec­tion Dou­ble jeu, qui a voca­tion à pro­pos­er des textes lit­téraires pour ado­les­cents sus­cep­ti­bles d’être lus et tra­vail­lés dans les class­es de l’enseignement sec­ondaire, #bal­anc­etavie s’empare d’un autre sujet d’actualité pour offrir aux pro­fesseurs un out­il ad hoc afin d’évoquer en classe cette prob­lé­ma­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Les mouches, ces déesses

Otto GANZ, Les vig­i­lantes,  Post­face de Jean Claude Bologne, Mael­ström, 2019, 156 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87505–330‑5 2

Cisel­er le ter­ri­ble en le coulant dans une prose per­cu­tante, descen­dre dans les tré­fonds d’une con­di­tion humaine appréhendée selon ses phénomènes-lim­ites, couler la fic­tion dans une écri­t­ure scalpel… l’œuvre de l’écrivain, poète et pein­tre Otto Ganz s’enroule autour des par­ti­tions du ver­tige. Au proverbe « on n’attrape pas des mouch­es avec du vinai­gre », le roman Les vig­i­lantes rétorque qu’on har­ponne le lecteur dès lors qu’on le plonge dans un dis­posi­tif nar­ratif déroutant. Les mouch­es, ces déess­es des détri­tus, ces vig­i­lantes qui s’attaquent au dis­cours et aux corps, sont au cœur de ce réc­it qui prend le déroule­ment nar­ratif à rebrousse-poil. Loin de toute gra­tu­ité comme le souligne Jean Claude Bologne dans sa post­face (qui, principe d’inversion oblige, ouvre le livre), loin d’un exer­ci­ce de prouesse vir­tu­ose, cette pro­gres­sion à rebours, allant de la con­clu­sion (« Con­clu­sion posthume au Jour­nal des âmes ») au chapitre I inti­t­ulé « La géné­tique et la merde », per­forme formelle­ment ce que le roman décrit : la désagré­ga­tion du per­son­nage — un nain trem­pé dans le crime, qui ter­mine ses jours coulé dans du béton —, la dévas­ta­tion de la logique de la vie et du lan­gage, l’extinction de la nais­sance par le couperet de la fin. Con­tin­uer la lec­ture

Fable sur l’après-catastrophe

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, L’âme du cor­beau blanc, Mael­strÖm, 2019, 298 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–329‑9

Avec L’âme du cor­beau blanc, le romanci­er et essay­iste Jean Claude Bologne livre une éblouis­sante fic­tion qui tient de la fable poé­tique, méta­physique et théologique sur fond d’un événe­ment nom­mé la Grande Cat­a­stro­phe. Sous la forme d’une com­mu­nauté de sur­vivants, l’auteur campe le temps de l’après-apocalypse : seuls les pen­sion­naires d’un orphe­li­nat ont échap­pé à la dévas­ta­tion des eaux amères qui ont recou­vert la planète, tuant les hommes, la faune, la flo­re. Entourée d’un mur de dia­mant expan­sé (seule matière inat­taquable par l’acidité de l’eau), la colonie d’enfants est dirigée par des adultes ayant fait table rase de tout ce qui relève de l’ancien monde. Ayant provo­qué un anéan­tisse­ment écologique plané­taire, l’hubris, le prométhéisme, la folie de l’ancienne ère ont fait place à une com­mu­nauté où les livres ont été ban­nis et où règne l’unique loi du Texte (trans­mis orale­ment et par des fresques). « Les derniers seront les pre­miers », les orphe­lins, les aban­don­nés sont les seuls rescapés de la fin du monde. Dans cette ébauche d’un nou­v­el Éden — un Éden, un par­adis mât­iné de total­i­tarisme —, survient le meurtre qui défait la cohé­sion du groupe. Le doute cor­rode les esprits ; les repères, les tran­scen­dan­taux du vrai et du faux, du bien et du mal vac­il­lent.

Con­tin­uer la lec­ture