Archives par étiquette : Inculte éditions

Exquise maîtrise

Un coup de cœur du Car­net

Char­lotte BOURLARD, L’apparence du vivant, Inculte, 2022, 132 p., 13,90€ / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782360841431

bourlard l apparence du vivant« Je pieute au dernier étage, sous les toits. Eux dor­ment au rez-de-chaussée. Ils ont fait for­tune dans les pom­pes funèbres. On se partage un funérar­i­um désaf­fec­té. On vit en tête à tête avec mon­sieur Mar­tin qui nous sur­veille, couché dans leur grand lit. Son corps ne bouge plus, ça fait des années. On con­tin­ue à lui par­ler. Un peu comme s’il était mort, sauf qu’on peut le touch­er. »

« Je », c’est une femme, sans âge pré­cis (début de la trentaine), dont peu de traits physiques sont révélés (une cer­taine force physique, des cheveux tein­tés auburn, une cica­trice mangeant sa joue droite – sou­venir d’une brûlure). Il faut grat­ter le ter­reau fer­tile de l’indifférence et de la bru­tal­ité pour déter­rer les racines de son car­ac­tère. Tel le lis­eron, au fil des années, la nar­ra­trice s’est déployée par sa seule volon­té, avec la ténac­ité d’une mau­vaise herbe à l’apparente inof­fen­siv­ité. Si l’on creuse un peu, pour­tant, on pour­rait notam­ment s’interroger sur sa pas­sion : pho­togra­phi­er « des vieux nus aux yeux ouverts ». C’est d’ailleurs par l’entremise d’une annonce passée dans un jour­nal local qu’elle les a ren­con­trés, eux. Con­tin­uer la lec­ture

Les livraisons dangereuses

Un coup de cœur du Car­net

Philippe MARCZEWSKI, Un corps trop­i­cal, Inculte, 2021, 400 p., 19,90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–23-60841–22‑6

marczewski un corps tropicalDans une « ville du Nord » mar­quée par son passé indus­triel – peut-être est-ce en Bel­gique – demeure le « héros » de Corps trop­i­cal, le roman magis­tral de Philippe Mar­czews­ki. Mar­ié avec une femme qu’il n’appelle que « la femme  chez qui je vis » il lui a fait un fils (« l’enfant ») qui, en quelque sorte, l’assigne à rési­dence chez elle. C’est « un de ces hommes qui – comme l’écrivait Bar­ri­co dans Soie – aiment assis­ter à leur pro­pre vie, con­sid­érant comme déplacée toute ambi­tion de la vivre. » Con­tin­uer la lec­ture

Carmen ou la résolution

Un coup de cœur du Car­net

Sophie D’AUBREBY, S’en aller, Inculte, 2021, 288 p., 18.90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782360841189

d aubreby s en allerCon­traire­ment à l’amour mis en chant par Bizet, Car­men est enfant de bour­geois, et a tou­jours con­nu des lois. Née au début du 20e siè­cle au sein d’une classe aisée, dès son pre­mier souf­fle, elle a endossé naturelle­ment un cos­tume étriqué con­fec­tion­né de longue date par la société patri­ar­cale, un « corset de manières cousu à même sa peau » par son milieu. Docile, elle a gran­di sage­ment, sans ques­tions ni attentes, en con­for­mité, préservée. L’évidence la menait au mariage arrangé, une des­tinée dont elle était tenue à l’écart mais qu’elle accep­tait en spec­ta­trice. Cepen­dant, même dans les dess(e)ins les plus maîtrisés, il y a tou­jours une ligne de fuite. Con­tin­uer la lec­ture

Déplier une ville

Un coup de cœur du Car­net

Philippe MARCZEWSKI, Blues pour trois tombes et un fan­tôme, Inculte, 2019, 232 p., 17.90 €, ISBN : 978–2‑36084–018‑2

Il est des livres qui déten­dent et don­nent envie d’allonger les jambes sur le divan, et d’autres qui vous oblig­ent à d’incessants aller-retours vers votre bib­lio­thèque et votre col­lec­tion de dis­ques, qui vous font véri­fi­er telle pho­togra­phie ou tel détail car­tographique sur Inter­net, et puis qui imman­quable­ment vous tirent de chez vous, ne vous apaisent qu’une fois sur la route. Blues pour trois tombes et un fan­tôme est de ces livres-là : il se met en bran­le quand on l’ouvre, et con­tin­ue de vivre quand on le pose, nous chu­chotant à l’oreille des injonc­tions de prom­e­nades et de décou­vertes, exis­tant de plus en plus en nous au fur et à mesure que l’on explore les pistes qu’il nous pro­pose. Con­tin­uer la lec­ture

Marie Peltier. Analyse du complotisme

Marie PELTIER, Obses­sion. Dans les couliss­es du réc­it com­plo­tiste, Inculte, 2018, 146 p., 15,90 €, ISBN : 979–10-95086–89‑5

Après L’ère du com­plo­tisme : la mal­adie d’une société frac­turée (Les petits matins, 2016), l’historienne, la chercheuse et l’enseignante Marie Pelti­er appro­fon­dit son étude des réc­its com­plo­tistes à par­tir  de polémiques par­a­dig­ma­tiques comme l’affaire Tariq Ramadan, la ques­tion de la laïc­ité, du port du voile (dans l’affaire Men­nel notam­ment), Char­lie Heb­do, @metoo, @balancetonporc… Au fil d’une enquête sur les dérives des débats publics figés entre camps enne­mis, l’essai ques­tionne la mon­tée en puis­sance des réseaux soci­aux, les straté­gies de guerre nar­ra­tive, la struc­tura­tion de l’imaginaire col­lec­tif par ce que Marie Pelti­er nomme des réc­its polar­isés. Com­ment sor­tir de débats publics qui, enfer­més dans la bina­ri­sa­tion et rel­e­vant non de l’agora mais de l’arène et d’une scène parox­ys­tique de guerre, se détour­nent de l’universalisme ? L’événement du 11 sep­tem­bre 2001 a mar­qué l’entrée dans l’ère du doute, de la rup­ture de con­fi­ance dans le dis­cours offi­ciel et généré un imag­i­naire du com­plot. Cet imag­i­naire bicéphale, Marie Pelti­er le définit comme civil­i­sa­tion­nel et iden­ti­taire d’une part, comme anti-sys­tème et anti-impéri­al­iste d’autre part. Défi­ance envers le dis­cours pub­lic et médi­a­tique et désil­lu­sion à l’égard des promess­es de la démoc­ra­tie vont de pair. Con­tin­uer la lec­ture