Archives par étiquette : SDF

Les paroles restent, elles aussi

Un coup de cœur du Carnet

SYLLOGE, Paroles données, paroles perdues ?, MaelstrÖm, 2020, 276 p., 14 €, ISBN : 978-2-87505-362-6

« […] Enfin, commençons. […] Bonjour, je m’appelle Jean-Louis, je suis travailleur social et animateur des réunions. […] : je donne la parole aux uns et aux autres, je coupe, parfois, les uns et les autres. […] L’idée, c’est que globalement, on demande un peu aux gens leur avis. […] ce qu’on essaye de faire ici, c’est de mettre ensemble les gens qui vivent un peu les mêmes choses pour, collectivement, parler de ce qui se passe… » Ces « espaces de paroles » mensuels et itinérants sont nés en 1999 à Bruxelles et sont orchestrés par la Strada (le Centre d’appui au secteur de l’aide aux personnes sans abri, devenu Bruss’help en 2019) depuis 2008. Continuer la lecture

Loi de la rue, rue de la loi

Michel CLAISE, Sans destination finale, Genèse, 2019, 216 p., 21 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689592

Le phénomène du sans-abrisme est difficile à appréhender par la majorité de nos semblables qui peinent à imaginer comment une femme ou un homme peuvent en venir à connaître un niveau de précarité aussi aigu. Approcher cette réalité nécessite une prise de distance par rapport aux émotions que suscite par exemple la mendicité, que celles-ci soient guidées par le rejet agacé ou la compassion béate. Le mystère de la grande précarité a déjà intéressé nos auteurs : on songe ici par exemple à Je n’ai rien vu venir d’Eva Kavian ou Dix centimes de Xavier Deutsch. Patrick Declerck a même rédigé un volume de la collection « Terres humaines » (Les naufragés – Avec les clochards de Paris, Plon, 2001) dans lequel il aborde cette réalité au même titre qu’un anthropologue rendrait compte de son contact avec une population éloignée. Continuer la lecture

Une armée d’invisibles

Jean-Pierre DOPAGNE, J’ai faim, Lansman, 2017, 90 p., 12€, ISBN : 978-2-8071-0134-0

dopagneDans une ville – qui pourrait être n’importe quelle ville – une jeune femme – qui pourrait être n’importe quelle femme – est assise sur le trottoir. Toute la journée, Elle reste là, entre la banque et le salon de coiffure, à attendre que les passants daignent la regarder et lui laisser une petite pièce dans son chapeau rapiécé. Toute la journée défile sous ses yeux un cortège d’humains. Chacun y va de sa petite remarque ou de son petit geste. Il y a ceux qui sont excédés par sa présence. C’est le cas de la jeune coiffeuse envoyée par sa patronne pour la chasser. Il y a ceux qui voient en elle une héroïne : le romancier pour son nouveau livre (au grand dam de sa femme) et le présentateur du JT pour un blockbuster. Il y a ceux qui aimeraient l’aider, comme la commissaire de police et l’assistant social, mais qui ne parviennent pas à établir un dialogue. Il y a ceux qui sympathisent avec elle : l’étudiant qui aime bavarder et lui apporter du miel, la chapelière qui veut lui offrir un beau chapeau. Puis, il y a tous ceux qui voient ces clochards comme de la vermine, des déchets humains à nier et refouler le plus loin possible. Le bourgmestre et futur ministre ne s’apprête-t-il pas d’ailleurs à entreprendre une grande réforme dans sa ville ? Continuer la lecture

Nouveaux départs à la lueur d’une étoile

Évelyne WILWERTH, La nacelle turquoise, Ixelles, M. E. O., 2016, 156 p., 16€/ePub : 9.99 €

La nacelle turquoiseLa nacelle turquoise est un recueil de trois nouvelles qui se déroulent le même jour. Il nous emmène à la rencontre de trois duos d’écorchés vifs, qu’un point commun va réunir.

Nous découvrons ainsi Yanaël, un jeune homme bouleversé par la révélation d’un secret familial, qui espère trouver des réponses auprès de la mystérieuse Angelika. Obsédé à l’idée de comprendre son histoire familiale, il veut à tout prix rencontrer cette Polonaise pour connaître la vérité sur ses origines. Continuer la lecture

Voyage au centre de la terre

Jean-Jacques VANDER, La Voie des profondeurs, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2015, 232 p., 15 €/ePub : 10.99 €

La Voie des profondeurs ? Un de ces livres d’apparence simple qui, mine de rien, entraîne loin ses lecteurs. Très loin même. Ça commence banalement, croirait-on, par la « bête » histoire d’un couple en désamour. Avec d’emblée, toutefois, dès la première page, un ton : Continuer la lecture