Hier en aujourd’hui

”Collectif

En résonance v. 1 et v. 2

Auteur : Col­lec­tif

Mai­son d’édition : La roulotte théâ­trale

Année d’édition v. 1 : 2024

Année d’édition v. 2 : 2025

Nom­bre de pages v. 1 : 48

Nom­bre de pages v. 2 : 58

Prix v. 1 : 10 €

Prix v. 2 : 10 €

Livre numérique : /

ISBN vol. 1: 978–2‑931183–07‑6

ISBN vol. 2: 978–2‑9311831–3‑7

Basée à Élouges (Dour), la com­pag­nie « La Roulotte Théâ­trale » s’efforce depuis maintes années de met­tre en valeur les auteurs de notre com­mu­nauté, tant par la créa­tion de spec­ta­cles que par l’édition. Encadrée par une con­ven­tion avec la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles, elle a lancé récem­ment une série de livrets inti­t­ulée En réso­nance ; le pre­mier a paru en 2024, le deux­ième en 2025, le troisième sor­ti­ra en novem­bre 2026. La cheville ouvrière du pro­gramme est la bien con­nue Annie Rak, comé­di­enne, dra­maturge en langue picarde, pro­duc­trice de l’émission « Façon d’écrire, façon de par­ler » à la RTBF. Forte de ses con­nais­sances lit­téraires et rela­tions per­son­nelles, elle a pro­posé à plusieurs auteurs et autri­ces d’écrire un texte court à pro­pos d’un(e) écrivain(e)s décédé(e) dont ils se sen­tent proches et qu’ils désirent préserv­er de l’oubli ; chaque texte sera précédé d’une brève notice sur sa rédac­trice (son rédac­teur). 

Pour le vol­ume I, ce dis­posi­tif a débouché sur neuf con­tri­bu­tions : Daniel Charneux évoque Yvon Givert ; Luc Del­lisse, Mar­cel Thiry ; Mor­gane Eeman, Andrée Sodenkamp ; Françoise Houdart, Marie Gev­ers ; Ludi­vine Join­not, Véronique Wau­ti­er ; Maud Joiret, Jean Dominique (pseu­do­nyme de Marie Clos­set) ; Françoise Lison-Leroy, Paul André ; Yves Namur, Lil­iane Wouters ; Francesco Pit­tau, Jean-Claude Pirotte. Quant au vol­ume II, il compte huit textes, Car­o­line Boulord par­lant d’Élise Cham­pagne, Aurélien Dony de Jacques Crickil­lon, Mor­gane Eeman de Mar­cel More­au, David Gian­noni de Gas­ton Com­père, Vio­laine Lison de Michèle Vilet, Carl Norac de Claire Leje­une, Olivi­er Ter­wagne de Guy Gof­fette et Lau­rence Vielle de Jean-Pierre Ver­heggen. Tant du côté des morts que chez les vivants, on note que la pro­por­tion hommes/femmes est qua­si par­i­taire, témoignant d’un souci à la fois bien actuel et bien légitime.

Quoique dis­crètes, les qual­ités de cette pub­li­ca­tion sont nom­breuses. Pointons d’abord le fait que les com­men­ta­teurs sont eux-mêmes des écrivain(e)s, peu porté(e)s au mono­logue pro­fes­so­ral : plus empirique­ment, il leur était demandé d’expliciter les « réso­nances » qui peu­vent exis­ter entre leurs prédécesseurs et eux-mêmes (elles-mêmes), entre leur œuvre pro­pre et celle qu’ils (elles) ont choisi de redé­cou­vrir. Soulignons ensuite la belle diver­sité des auteurs et autri­ces ain­si remis en lumière, leurs pro­fils étant pour le moins con­trastés, sinon franche­ment dis­tants. Plus générale­ment, comme le rap­pelait Roland Barthes au début de Cri­tique et vérité, il est néces­saire qu’une com­mu­nauté reprenne péri­odique­ment les œuvres de son passé et les décrive à nou­veau pour savoir ce qu’elle peut en faire. L’enjeu n’est pas le sou­venir pour le sou­venir, soit la thésauri­sa­tion : l’oubli sig­ni­fierait rien de moins qu’un appau­vrisse­ment cul­turel, une perte de capac­ité en fait de régénéra­tion, et con­séquem­ment d’innovation – laque­lle ne saurait con­sis­ter à refaire ce qui a déjà été fait jadis.

La for­mule des “livrets” offre un avan­tage appré­cia­ble, celui de la légèreté. Leur minceur per­met de ne pas intimider. Les textes sont courts et de style à chaque fois dif­férent, sou­vent com­pos­ite : notes de lec­ture, poème, let­tre posthume, témoignage per­son­nel, anec­dotes vécues, com­men­taire savant, etc. On devine en fil­igrane la maxime de Voltaire « tous les gen­res sont bons hors le genre ennuyeux »… La présen­ta­tion est d’une sobriété sans faille. Tout est fait pour ren­dre ces recueils attrayants et agréable­ment lis­i­bles sans rien sac­ri­fi­er de la qual­ité des con­tenus. Cet autre signe ne trompe pas : ils n’ont pas été conçus comme des objets pure­ment livresques, mais sont des­tinés à une lec­ture-spec­ta­cle qu’interpréteront les comé­di­ens de la Roulotte Théâ­trale. Bref, le cœur du pro­jet appa­rait claire­ment : il s’agit non d’exhumer des écrivain(e)s mais de les faire revivre, de les ré-ani­mer, de les traiter comme des per­son­nes tou­jours présentes et actives auprès de nous. Nulle­ment fer­més sur eux-mêmes, les dix-sept dia­logues suc­ces­sifs sont les amorces d’une con­ver­sa­tion col­lec­tive à laque­lle lecteurs et spec­ta­teurs sont chaleureuse­ment con­viés.

Daniel Laroche