
En résonance v. 1 et v. 2
Auteur : Collectif
Maison d’édition : La roulotte théâtrale
Année d’édition v. 1 : 2024
Année d’édition v. 2 : 2025
Nombre de pages v. 1 : 48
Nombre de pages v. 2 : 58
Prix v. 1 : 10 €
Prix v. 2 : 10 €
Livre numérique : /
ISBN vol. 1: 978–2‑931183–07‑6
ISBN vol. 2: 978–2‑9311831–3‑7
Basée à Élouges (Dour), la compagnie « La Roulotte Théâtrale » s’efforce depuis maintes années de mettre en valeur les auteurs de notre communauté, tant par la création de spectacles que par l’édition. Encadrée par une convention avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle a lancé récemment une série de livrets intitulée En résonance ; le premier a paru en 2024, le deuxième en 2025, le troisième sortira en novembre 2026. La cheville ouvrière du programme est la bien connue Annie Rak, comédienne, dramaturge en langue picarde, productrice de l’émission « Façon d’écrire, façon de parler » à la RTBF. Forte de ses connaissances littéraires et relations personnelles, elle a proposé à plusieurs auteurs et autrices d’écrire un texte court à propos d’un(e) écrivain(e)s décédé(e) dont ils se sentent proches et qu’ils désirent préserver de l’oubli ; chaque texte sera précédé d’une brève notice sur sa rédactrice (son rédacteur). Continuer la lecture





Comme Guy Goffette l’aime, son cher Verlaine ! Et comme il nous fait partager cet attachement, cette affection, en généreux passeur de textes et de sentiments ! Alors que le coup de foudre n’a eu lieu qu’à la maturité (Verlaine est entré dans ma vie comme la foudre dans une maison fermée), la cinquantaine approchant (sa première idole a été Rimbaud, l’autre du couple glorieux), depuis, il écrit sur lui fidèlement, tendrement, amicalement. De beaux livres, de sa prose la plus poétique, emphatique, celle qu’on aime tant, celle d’
En 2016, comme il le raconte à Nicolas Crousse (Le Soir, 17 mai 2020), Guy Goffette est victime d’un A.V.C. qui l’empêchera d’écrire trois années durant. Or, Gallimard lui demande instamment quelque manuscrit. L’auteur s’avise alors de fouiller son tiroir de poèmes restés inédits, soit qu’à l’époque ils lui aient paru insatisfaisants, soit qu’ils s’intégraient mal dans un projet de recueil. Il en choisit plusieurs, leur apporte les modifications qu’il juge opportunes, opération facilitée par le recul : certains textes remontent à de longues années, jusqu’à 1964… D’autres, qui avaient paru dans des revues ou des anthologies, font l’objet d’une sélection et d’une révision similaires. Tel est le mode rétroactif sur lequel est né Pain perdu, dont le titre suggère plaisamment le procédé de revalidation qui en constitue la genèse. Jadis, en effet, on ne jetait pas les tranches de pain rassis : mouillées dans une soupe de lait et d’œuf, puis frites à la poêle et saupoudrées de sucre, elles devenaient une quasi friandise.
C’est un recueil polygraphique, pourrait-on dire, que nous donne Guy Goffette avec Petits riens pour jours absolus, titre à la fois modeste et réfléchi coiffant quelques méditations d’une grande richesse affective, comme ses livres précédents. Six parties bien distinctes en effet s’y succèdent, chacune avec ses particularités de contenu, de longueur et de forme. Mais en toutes prédominent le sentiment du temps qui coule irrémédiable, les résurgences impératives et douces-amères de la mémoire, le désir chimérique de refaire la vie enfuie, l’absolue tyrannie de la mort – thèmes qui donnent au livre sa forte unité, tant par eux-mêmes que par le ton dans lequel ils sont traités : un ton sans fatalisme, mais sans davantage de révolte bruyante, comme une sorte de rage retenue – pudique – devant l’inéluctable. Le propos n’est certes pas neuf, il est même d’une haute antiquité en littérature, et singulièrement en poésie. Goffette a néanmoins entrepris de le renouveler, de le formuler en un langage original, d’outrepasser le ramassis de clichés où il s’est englué au fil des siècles, d’en faire vraiment une affaire personnelle. Disons-le sans ambages : le défi est superbement relevé. 
