Conrad DETREZ, Ludo, postface de Clément Dessy, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2023, 213 p., 9 €, ISBN : 9782875685841
Conrad DETREZ, Les plumes du coq, postface de Clément Dessy, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2023, 220 p., 9,50 €, ISBN : 9782875685834
Conrad DETREZ, L’Herbe à brûler, postface de Clément Dessy, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2023, 220 p., 9 €, ISBN : 9782875685827
On n’achète pas un livre – et a fortiori on ne le rachète pas – au simple motif qu’il a changé de couverture. L’argument pourrait cependant suffire concernant la republication au catalogue Espace Nord des trois volumes de l’autobiographie hallucinée de Conrad Detrez. L’option graphique crève l’étal des librairies. Pour chaque titre, un autoportrait, façon photomaton en noir et blanc, nous montre leur auteur, clope au bec ou aux doigts. Jamais son regard ne croise l’objectif : par deux fois il s’oriente vers le haut, là où se tiennent paraît-il la transcendance et l’imaginaire ; ou il s’absorbe de biais, comme pour interroger le terre-à-terre. Comme si, des pupilles, Detrez rejouait seul le dialogue d’Aristote et Platon dans le célèbre tableau renaissant… Continuer la lecture
Le narrateur de ce roman, Le Grand Lézard, le sixième de Charly Delwart, mène une double vie : la réelle, où plus rien ne fonctionne, la nocturne, la rêvée, où tout lui réussit même s’il se retrouve dans la peau d’un nain ! Introspections existentielles, psychologiques, voire psychanalytiques en vue, à gogo même, sur un ton décalé et fantaisiste.
Quand deux œuvres se font signe, que l’une prend forme à partir de l’autre, les liens, implicites ou explicites, ont des formes très diverses : il peut y avoir, de façon générale, une influence ou un souvenir ; il peut y avoir, de manière plus précise, une citation, un emprunt ou un jeu sur les codes ; il peut y avoir, enfin, par une autre pratique, une imitation, une copie ou un plagiat…
Bruxelles est la ville où Laurent Herrou, né à Quimper, ayant vécu à Nice, Paris, Villequiers (Cher) s’est installé au début de l’année 2017 et où il séjournait déjà sporadiquement depuis plusieurs années, notamment à l’occasion de résidences d’auteur (Passa Porta). C’est aussi la ville où, depuis 2009, il visitait l’antre du Duquesnoy, ce haut lieu du sexe gay aujourd’hui clos. Là, il jouissait du désir des hommes, du sien aussi. Là, il apprenait à mieux se connaître, à affirmer (consolider ?) son identité que l’on a connue plus hésitante dans Laura, sa première autofiction (« J’ai pensé : je suis poilu. Je suis un homme »), à exalter son narcissisme (« J’ai pensé que j’étais beau, à poil, mes cheveux longs qui tranchaient avec le look des autres »).
Adolescent, Charly Delwart avait pris l’habitude de faire des référendums auprès de ses amis pour l’aider à résoudre les questions existentielles dont il trouvait difficilement les réponses, comme savoir s’il devait quitter ou non sa petite amie, quelles études il allait suivre… « Ça s’est poursuivi jusqu’à mes vingt-huit ans. Dix années personnellement collectives ». La démarche de Databiographie est même et autre. Pour répondre à toutes les questions qu’il se pose – et elles sont nombreuses, ces questions ; « J’ai question à tout », dit-il – sur son identité, sa personnalité, son individualité, il a décidé de se servir de données (datas) collectives ou personnelles, d’en faire des graphiques et de les illustrer par des commentaires, des souvenirs, des réflexions, des histoires communes – des faits divers.
L’univers des réseaux sociaux et des échanges écrits qui s’y déroulent inspire peu à peu les auteurs de romans, donnant une nouvelle forme d’expression au genre épistolaire de longue date exploité par les gens de lettres. Correspondance réelle ou simple prétexte à une mise en forme d’un récit, il est pratiqué dans Les yeux rouges sous une variante seconde, dans la mesure où la narratrice nous relate le contenu des envois reçus sans nous les livrer donner in extenso.
À la recherche d’une forme qui lui redonnerait de l’inspiration, Griz trouvait la solution pour combiner les éléments. Le contextuel et le suivi. Le papier et le blog. Une histoire et des fragments. Des personnages et une ville. Un feuilleton, ça s’appelait. Un roman, c’était trop dix-neuvième. Une nouvelle, trop court et planifié. Pétri, étalé, composé, comme une pâte vite sortie du four qu’on découpe en parts inégales, avant d’y mettre les doigts, quatre fromages ou napolitaine. Ça nourrit et c’est un peu régressif. Il suffit ensuite d’avaler les épisodes. Que ça se digère vite, avec ou sans gluten. Un feuilleton. Voilà la pizza littéraire. […] Alors que les pizzas frisent souvent la perfection, il n’y a que la surgélation qui peut les desservir.