Archives par étiquette : autofiction

Conrad Detrez, contemporain capital et réenchanteur du monde

Con­rad DETREZ, Ludo, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 213 p., 9 €, ISBN : 9782875685841
Con­rad DETREZ, Les plumes du coq,  post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 220 p., 9,50 €, ISBN : 9782875685834
Con­rad DETREZ, L’Herbe à brûler, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 220 p., 9 €, ISBN : 9782875685827

On n’achète pas un livre – et a for­tiori on ne le rachète pas – au sim­ple motif qu’il a changé de cou­ver­ture. L’argument pour­rait cepen­dant suf­fire con­cer­nant la repub­li­ca­tion au cat­a­logue Espace Nord des trois vol­umes de l’autobiographie hal­lu­cinée de Con­rad Detrez. L’option graphique crève l’étal des librairies. Pour chaque titre, un auto­por­trait, façon pho­toma­ton en noir et blanc, nous mon­tre leur auteur, clope au bec ou aux doigts. Jamais son regard ne croise l’objectif : par deux fois il s’oriente vers le haut, là où se tien­nent paraît-il la tran­scen­dance et l’imaginaire ; ou il s’absorbe de biais, comme pour inter­roger le terre-à-terre. Comme si, des pupilles, Detrez rejouait seul le dia­logue d’Aristote et Pla­ton dans le célèbre tableau renais­sant… Con­tin­uer la lec­ture

Les frottements de la quarantaine

Char­ly DELWART, Le Grand Lézard, Roman, Flam­mar­i­on, 2021, 255 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑08114–6940‑2

delwart le grand lezardLe nar­ra­teur de ce roman, Le Grand Lézard, le six­ième de Char­ly Del­wart, mène une dou­ble vie : la réelle, où plus rien ne fonc­tionne, la noc­turne, la rêvée, où tout lui réus­sit même s’il se retrou­ve dans la peau d’un nain ! Intro­spec­tions exis­ten­tielles, psy­chologiques, voire psy­ch­an­a­ly­tiques en vue, à gogo même, sur un ton décalé et fan­tai­siste. Con­tin­uer la lec­ture

Qui va là?

Un coup de cœur du Car­net

Aniss EL  HAMOURI, The Thing, Appât, 2019, 24 p., 15 €

Quand deux œuvres se font signe, que l’une prend forme à par­tir de l’autre, les liens, implicites ou explicites, ont des formes très divers­es : il peut y avoir, de façon générale, une influ­ence ou un sou­venir ; il peut y avoir, de manière plus pré­cise, une cita­tion, un emprunt ou un jeu sur les codes ; il peut y avoir, enfin, par une autre pra­tique, une imi­ta­tion, une copie ou un pla­giat…

Ce que pro­pose Aniss El Hamouri est d’un autre ordre : « une aut­ofic­tion intru­sive basée sur le film de John Car­pen­ter : The Thing ». L’histoire, évo­ca­tion de la bi-nation­al­ité bel­go-maro­caine de l’auteur et des malais­es qu’elle engen­dre, a donc pour fonde­ment celle qu’il rend graphique­ment à par­tir de scènes mar­quantes du film de Car­pen­ter.

Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’antre de soi et du Duquesnoy

Lau­rent HERROU, Vie et mort du Duques­noy, Aut­ofic­tion, P.A.T., 2019, 11 €, ISBN :  978–2‑930959–08‑5

Brux­elles est la ville où Lau­rent Her­rou, né à Quim­per, ayant vécu à Nice, Paris, Ville­quiers (Cher) s’est instal­lé au début de l’année 2017 et où il séjour­nait déjà spo­radique­ment depuis plusieurs années, notam­ment à l’occasion de rési­dences d’auteur (Pas­sa Por­ta). C’est aus­si la ville où, depuis 2009, il vis­i­tait l’antre du Duques­noy, ce haut lieu du sexe gay aujourd’hui clos. Là, il jouis­sait du désir des hommes, du sien aus­si. Là, il appre­nait à mieux se con­naître, à affirmer (con­solid­er ?) son iden­tité que l’on a con­nue plus hési­tante dans Lau­ra, sa pre­mière aut­ofic­tion (« J’ai pen­sé : je suis poilu. Je suis un homme »), à exal­ter son nar­cis­sisme (« J’ai pen­sé que j’étais beau, à poil, mes cheveux longs qui tran­chaient avec le look des autres »). Con­tin­uer la lec­ture

Combien et comment suis-je ?

Char­ly DELWART, Data­bi­ogra­phie, Flam­mar­i­on, 2019, 342 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑08–147971‑5

Ado­les­cent, Char­ly Del­wart avait pris l’habitude de faire des référen­dums auprès de ses amis pour l’aider à résoudre les ques­tions exis­ten­tielles dont il trou­vait dif­fi­cile­ment les répons­es, comme savoir s’il devait quit­ter ou non sa petite amie, quelles études il allait suiv­re… « Ça s’est pour­suivi jusqu’à mes vingt-huit ans. Dix années per­son­nelle­ment col­lec­tives ». La démarche de Data­bi­ogra­phie est même et autre. Pour répon­dre à toutes les ques­tions qu’il se pose – et elles sont nom­breuses, ces ques­tions ; « J’ai ques­tion à tout », dit-il – sur son iden­tité, sa per­son­nal­ité, son indi­vid­u­al­ité, il a décidé de se servir de don­nées (datas) col­lec­tives ou per­son­nelles, d’en faire des graphiques et de les illus­tr­er par des com­men­taires, des sou­venirs, des réflex­ions, des his­toires com­munes – des faits divers. Con­tin­uer la lec­ture

Au grand jeu de la société-écran

Myr­i­am LEROY, Les yeux rouges, Seuil, 2019, 192 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑02–142905‑3

L’univers des réseaux soci­aux et des échanges écrits qui s’y déroulent inspire peu à peu les auteurs de romans, don­nant une nou­velle forme d’expression au genre épis­to­laire de longue date exploité par les gens de let­tres. Cor­re­spon­dance réelle ou sim­ple pré­texte à une mise en forme d’un réc­it, il est pra­tiqué dans Les yeux rouges sous une vari­ante sec­onde, dans la mesure où la nar­ra­trice nous relate le con­tenu des envois reçus sans nous les livr­er don­ner in exten­so. Con­tin­uer la lec­ture

Auteur en quête de personnages

Aliette GRIZ, Les Fan­tômes sont des pié­tons comme les autres, ONLiT, 2015, 224 p., 14€/ ePub : 6.99 €

À la recherche d’une forme qui lui redonnerait de l’inspiration, Griz trou­vait la solu­tion pour com­bin­er les élé­ments. Le con­textuel et le suivi. Le papi­er et le blog. Une his­toire et des frag­ments. Des per­son­nages et une ville. Un feuil­leton, ça s’appelait. Un roman, c’était trop dix-neu­vième. Une nou­velle, trop court et plan­i­fié. Pétri, étalé, com­posé, comme une pâte vite sor­tie du four qu’on découpe en parts iné­gales, avant d’y met­tre les doigts, qua­tre fro­mages ou napoli­taine. Ça nour­rit et c’est un peu régres­sif. Il suf­fit ensuite d’avaler les épisodes. Que ça se digère vite, avec ou sans gluten. Un feuil­leton. Voilà la piz­za lit­téraire. […] Alors que les piz­zas frisent sou­vent la per­fec­tion, il n’y a que la surgéla­tion qui peut les desservir.

Con­tin­uer la lec­ture