Archives par étiquette : ONLiT

Au rythme du cœur qui bat et se débat

Un coup de cœur du Carnet

Ariane LE FORT, Quand les gens dorment, ONLIT, 2022, 186 p., 18 €, ISBN : 9782875601513

le fort quand les gens dormentOn prend l’histoire en cours – l’histoire d’un amour. Janet retrouve Pierre chez lui, dans un immeuble bruxellois promis à la démolition – avec vue sur la cathédrale. Janet : 57 ans, « quelque chose de Barbara », travaille dans une clinique de la douleur, « avec pour mission de la réorganiser de A à Z ». Pierre : « Max von Sydow en plus chevelu », réalisateur en vue, jusqu’à ce que. Sa fille, renversée par un tram. Décédée. Lui, plus mort que vif, depuis. « Plus personne ne le reconnaissait, on ne le regardait plus, il n’avait pas fallu cinq ans ». Ils sont chacun d’un autre côté de la vie, de la mort, Janet et Pierre ; et ça, davantage que la différence d’âge (il est plus âgé de quinze ans), va entraver l’histoire. Le désir. Va faire qu’« ils ne vivraient sans doute jamais ensemble et mourraient chacun chez soi le soir venu ». Continuer la lecture

Le rôle de sa vie

Stefan LIBERSKI, Une grande actrice, ONLiT, 2021, 212 p., 18 €, ISBN : 978-2-87560-141-4

liberski une grande actriceCet automne, ONLiT inscrit un auteur de renom à son déjà riche catalogue. C’est en effet à l’enseigne de la maison d’édition bruxelloise que Stefan Liberski publie son nouveau roman, Une grande actrice.

Ladite actrice s’appelle Jacqueline Boulanger et est non pas comédienne de profession, mais employée administrative dans une université. Elle mène pourtant sa vie comme sur une scène, passant d’un rôle à l’autre au gré de ses humeurs et intérêts. Méprisante avec son mari, cruelle avec ses trois enfants, elle sait toutefois comment se faire apprécier : Continuer la lecture

Véronique Bergen : Hélène on the rocks

Un coup de cœur du Carnet

Véronique BERGEN, Icône H. Hélène de Troie, ONLiT, 2021, 19 , ISBN : 978-2-87560-135-3

bergen icone h« Moi, Hélène, moi qui ne suis pas moi, je suis gratifiée d’une illumination. Je me tiens dans la lignée des sentinelles de l’infini, des veilleurs du néant. »

Portrait d’Hélène version « destroy », Icône H. de Véronique Bergen se présente comme un récit polyphonique qui remonte aux origines du mythe d’Hélène de Troie en le télescopant au 21e siècle. Fille de Zeus et de Léda, Hélène a écopé d’une insoutenable beauté et d’une inconcevable liberté qui lui vaut humiliations, violences, insultes et crachats. Elle y serait pour quelque chose, à la guerre de Troie. Qu’incarne-t-elle, véritablement ? Tour à tour, Hélène elle-même, Léda, Clytemnestre, les prétendants, Hermione, Pâris, Ménélas et Electre se pressent à la barre du récit pour sonder et jeter en pâture Hélène devenue icône (souvent en l’apostrophant), elle qui « plaide l’irresponsabilité totale » : « je suis l’insondable, l’irrésistible par excellence ». Continuer la lecture

Sous le voile les cheveux fauves

Un coup de cœur du Carnet

Pascale TOUSSAINT, Une sœur, ONLIT, 2021, 144 p., 16 €, ISBN : 978-2-87560-139-1

toussaint une soeurAutrice belge née à Bruxelles, Pascale Toussaint habite à la luzerne, cette maison où vécut l’écrivain surréaliste belge Louis Scutenaire qui lui inspira son premier roman en 2013 J’habite la maison de Louis Scutenaire. C’est là, à Schaerbeek, qu’elle accueille avec son mari, l’écrivain Jacques Richard, les Rendez-vous de la Luzerne, rencontres fameuses autour de figures essentielles de la littérature et du livre belges. Continuer la lecture

L’étrangeté et le surgissement

Aliénor DEBROCQ, Philippe MAILLEUX, Lisières, ONLIT, 2021, 12 €, ISBN : 978-2-87560-137-7

debrocq mailleux lisiereQue dire des photographies de Philippe Mailleux ? Ou plutôt, que provoquent-elles en nous ? C’est l’exercice au départ douloureux auquel Aliénor Debrocq, finaliste du prix Rossel 2020, se livre dans Lisières, ouvrage co-signé par le photographe et l’autrice.

Sur les photographies (à la fin de l’ouvrage), des lisières, justement : souvent des lisières de cimetières ou de forêts, et l’horizon, échappé derrière un mur ou zébré de la silhouette des arbres. Aucune trace de vie, en revanche, et c’est là tout le drame que rencontre Aliénor Debrocq. Essayant d’en dire quelque chose, l’autrice tâtonne au point de placer le premier chapitre de l’opuscule sous le sceau de l’étrangeté (à l’autre et à la démarche de Philippe Mailleux en particulier) : Continuer la lecture

Conjuguer douleur et pudeur

Véronique JANZYK, Vincent, ONLiT, 2020, 79 p., 10 €, ISBN : 978-2-87560-128-5

janzyk vincentVéronique Janzyk, autrice la plus publiée chez ONLIT Editions, pose un regard sensible sur une réalité douloureuse, celle d’un sportif qu’une maladie va paralyser. Elle le fait néanmoins sans sensiblerie et avec une économie de moyens qui se reflètent notamment dans le titre, Vincent, mais aussi dans le nombre de pages (79) de ce roman, que l’on pourrait qualifier de novella.

Le livre commence sous les meilleurs auspices puisqu’il nous place dans le sillage de convertis au cyclisme soudés par la même passion, leur meneur enthousiaste et enjoué, le Vincent du titre, avec lequel la narratrice pratique « une drague lente et douce ». Mais très vite, le meneur sort des radars jusqu’au jour où il recontacte chaque membre du peloton. Continuer la lecture

« Gérard est-il seulement Gérard ? »

OSKO, L’incapacité à dire Gérard, ONLiT, coll. « ONLiT Mini », 2020, 64 p., 8 €, ISBN : 978-2-87560-124-7

osko l incapacite a dire gerardL’incapacité à dire Gérard est le premier livre d’Osko.

D’Osko, on sait qu’elle a 28 ans, vit à Bruxelles, a étudié la peinture et la vidéographie. On sait aussi qu’en 2019, elle s’essaie à l’écriture.

De Gérard, en revanche, on n’en sait pas beaucoup plus que cette incapacité qu’a la narratrice à le dire. Continuer la lecture

Nues

Un coup de cœur du Carnet

Jacques RICHARD, Nues, ONLIT, coll. « ONLIT Mini », 2020, 80 p., 8 €, ISBN : 9782875601261

richard nues« Nues, en pied et grandeur nature. De face », les yeux plongés dans ceux de l’artiste. Toiles de mêmes dimensions, supports de qualité identique, toujours de la peinture à l’huile. Pas de décor. Et un « travail d’un réalisme précis, mince et sans effets ». Voilà comment Jacques Richard a peint plusieurs femmes entrant dans la jeunesse ou la quittant, trop maigres ou trop charnues, rétives ou généreuses, inconnues ou familières, maniérées ou naturelles. De son regard parfois gêné et intransigeant, Richard les a dévisagées, contemplées sans désir, observées (face à face ou sur papier glacé) avec « l’urgence patiente d’un ours pêchant au bord de la rivière » ; il a guetté leur apparition et a reconstitué cette impression tout en fugitivité et subjectivité pour qu’elles demeurent « quelqu’un ». Une démarche pleine qui s’inscrit dans la durée, le respect et la méthode. Continuer la lecture

Deux mille signes par jour avec Lily

Un coup de cœur du Carnet

Aliénor DEBROCQ, Cent jours sans Lily, ONLiT, 2020, 181 p., 17 €, ISBN : 9782875601216

Cent jours sans Lily : dès le titre, Aliénor Debrocq annonce la couleur. Elle ne cessera de le faire au cours de son nouveau roman, hors normes, qui séduira les lecteurs et lectrices, dont je suis, qu’interpellent les démarches littéraires aux constructions narratives inédites. Journaliste et professeure de littérature contemporaine, l’autrice y établit un pacte d’écriture – et donc de lecture – avec son lectorat. Continuer la lecture

La gloire de mon père

Un coup de cœur du Carnet

Juan D’OULTREMONT, Judas côté jardin, ONLiT, 2020, 359 p., 19 €, ISBN 978-2-87560-119-3

Eden : lieu où la Bible situe le paradis terrestre (avec une majuscule).
Littéraire. Lieu de délices, séjour plein de charmes, état de bonheur parfait.

(Larousse)

 

Cela commence comme l’histoire du monde, dans un jardin. 

Juan d’Oultremont, personnage pluridisciplinaire et protéiforme. Plasticien, auteur, homme de radio, ancien enseignant fait avec Judas côté jardin son retour sur les rayonnages des librairies.

22 mars 2016, attentats à Bruxelles.

Confronté aux images de la catastrophe, je sens monter en moi la nécessité d’une réaction déraisonnable.  Continuer la lecture

Bruxelles, section criminelle

Anne-Cécile HUWART, Mourir la nuit, Onlit, 2019, 252 p., 18 € / ePub : 6 €, ISBN : 978-2-87560-114-8

S’il est un domaine de la vie que l’on connaît essentiellement par la fiction, c’est bien celui de la criminalité. On est nourri de romans policiers, de films noirs, criminels, de séries télévisées, téléchargées ou en flux diffusées, de Faites entrer l’accusé… On absorbe les gestes (la gesticulation parfois) des enquêteurs, les techniques scientifiques, les procédures judiciaires au point de finir par les croire vrais alors qu’ils ne sont que vraisemblables (et encore…), qu’ils sont nourris autant par leur propre mythologie que par la réalité du terrain. Davantage ? Qu’en sait-on vraiment ? Pour dépasser la fiction, Anne-Cécile Huwart, journaliste spécialisée dans les affaires judiciaires, la santé, l’enseignement, le social est allée observer au plus près l’instruction des crimes. Puis elle l’a racontée au plus juste, « de l’intérieur, sans voyeurisme, dans le respect de l’instruction et de la dignité des victimes et de leurs proches. » In fine, outre le fait qu’il n’y ait héroïsation ni de la police ni des criminels, le plus étonnant est le rapport au temps : rien ne va vite. Entre le moment où le meurtre est commis et l’énoncé du verdict, il se passe des années. Anne-Cécile Huwart a respecté cette temporalité lente. Elle a mené son travail minutieusement, au long cours. Son enquête a duré près de six ans. Un temps que permet le livre et que ne souffrent pas les médias et les réseaux sociaux. Continuer la lecture

Ceux qui partent-partent-partent et ceux qui parlent-parlent-parlent

Véronique DEPRÊTRE, Fanchon, la dérive des incontinents, Onlit, 2019, 226 p., 17 € / ePub : 6 €, ISBN : 978-2-87560-116-2

À la suite du décès brutal de son père, une gamine se retrouve entre une mère dépressive, hors course, et sa grand-mère paternelle qui prend en charge toute la famille, dans un débordement d’énergies et de générosité qui se révèle aussi une manière de stigmatiser sa belle-fille, jusqu’à vampiriser sa petite-fille. Continuer la lecture

Aux champs… élisés !

Un coup de cœur du Carnet

Marcel SEL, Elise, ONLiT, 2019, 434 p., 24,99€ / ePub : 15 €, ISBN : 978-2-87560-108-7

Marcel Sel a-t-il été tétanisé par le succès de son premier roman, Rosa (quatre prix et deux finales) ? Ou une ambition artistique démultipliée a-t-elle élevé la barre à tout rompre (attentes et limites) ? La question se pose dès l’entame du livre. Dont la structuration, l’écriture et le fond secouent irrésistiblement.


Lire aussi : notre recension de Rosa


La première page, en surplomb, dégage une force incantatoire qui rappelle James Ellroy, le génie du roman noir américain : Continuer la lecture

Gaïa s’en va-t-en guerre

Véronique BERGEN, Guérilla, ONLiT, 2019, 176 p., 14 € / ePub : 4.49 €, ISBN : 978-2-87560-112-4

Qui ne connaîtrait de Véronique Bergen que ses contributions au Carnet et les Instants (des textes récents sur Isabelle Stengers ou la collapsologie théorisée par Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, notamment) pressentirait déjà le haut intérêt, sinon l’engagement, de l’écrivaine et philosophe pour la cause écologique et la défense d’une planète que l’exploitation humaine menace d’épuisement. De cette implication, elle donne une nouvelle illustration avec, cette fois, un court roman, Guérilla, paru dans l’élégant petit format des éditions ONLiT.

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Le chant du mensonge

Jacques RICHARD, La femme qui chante, ONLiT, 2019, 176 p., 16€ / ePub : 9€, ISBN : 978-2-87560-110-0

Il y a quelque chose de froid dans l’œuvre scripturale de Jacques Richard. Cette impression est d’autant plus déroutante que l’auteur n’hésite jamais à nous confronter à l’intériorité de ses personnages. Dans leur intimité crûment dévernie, ces derniers nous tiennent pourtant en respect, à l’extérieur. Ils restent hors de portée. Les mécanismes d’empathie, si confortables, ne s’enclenchent donc pas ; ce n’est pas le propos. On pourrait se croire à une représentation théâtrale : il y a des protagonistes, des scènes, des mono/dialogues, mais aussi une distance entre le public plongé dans l’obscurité silencieuse et les acteurs évoluant en actes et en paroles sur les planches. Mais la comparaison ne se pousse pas plus loin car rien n’est joué ni factice chez Richard. Et c’est peut-être cette authenticité nue qui déstabilise. Il est des choses qu’on préfère en effet ne pas (sa)voir : « Tout le monde sait qu’elles sont là, mais personne ne dit rien. Il ne faut pas tourner la tête de ce côté-là. Tant qu’on reste ici, ça va. » Continuer la lecture

Respirer des mots

Véronique JANZYK, La robe de nuit, ONLIT, 2018, 80 p., 9 € / ePub : 5.49 €, ISBN : 978-2-87560-106-3

Les mots que l’on respire ce sont les fleurs d’un bouquet dont on demande le nom.

Ce serait l’apaisement, le côté positif et l’espoir qui l’emportent dans ce livre de Véronique Janzyk qui tout de même en appelle à la compassion. Continuer la lecture