Archives par étiquette : linguistique

« Ne disez plus, méditez… »

Cather­ine GRAVET (sous la dir. de), Chroniques lan­gag­ières à la belge, pré­face de Jean-Marie Klinken­berg, Édi­tions uni­ver­si­taires de l’UMons, coll. « Travaux et doc­u­ment », 2025, 210 p., 24 €

gravet chroniques langagieres a la belgeQuel fil trac­er – à l’encre rouge, bien enten­du – entre des per­son­nal­ités aus­si con­trastées que le père Joseph Dehar­veng, pro­fesseur de rhé­torique au col­lège Saint-Michel à Brux­elles entre 1890 et 1930, le gram­mairien Mau­rice Gre­visse, auteur du célébris­sime Bon usage, son beau-fils et assis­tant André Goosse, le bédéaste de génie André Fran­quin, troisième pili­er du Neu­vième art en Bel­gique après Hergé et Jacobs, le Lié­geois que dis­sim­u­lait le pseu­do­nyme Cléante dans les pages du Soir, enfin l’universitaire Anne-Cather­ine Simon, doc­teure en lin­guis­tique et pro­fesseure à l’UCLouvain ? Un vol­ume dirigé depuis l’UMons par Cather­ine Gravet nous apprend que c’est un genre lit­téraire, ou du moins un type d’énonciation jour­nal­is­tique ayant fleuri dans la presse belge pour être, ici servie avec dévoue­ment, là par­o­diée avec imper­ti­nence, qui les fédère : la chronique lan­gag­ière. Con­tin­uer la lec­ture

Dialogues et dures à cuire

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence ROSIER, La riposte. Femmes, dis­cours et vio­lences, Pay­ot & Rivages, 2025, 336 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782228937689

rosier la riposteLau­rence Rosier est lin­guiste, pro­fesseure à l’ULB et spé­cial­iste des vio­lences ver­bales. Puisque sa pra­tique uni­ver­si­taire s’inscrit dans une per­spec­tive résol­u­ment fémin­iste, elle revendique le car­ac­tère situé du point de vue qui porte ses travaux. Com­mis­saire d’exposition, co-autrice et coor­di­na­trice de nom­breuses pub­li­ca­tions, elle est l’autrice du Petit traité de l’insulte (2006, réédité et aug­men­té en 2009), De l’insulte… aux femmes (2017), Cohab­i­tante l’égale (2023) et, en ce début d’année 2025, La riposte. Femmes, dis­cours et vio­lences, qui pose la parole des femmes comme acte de résis­tance. Con­tin­uer la lec­ture

Alez, hây èvôye !

MUSÉE DE LA VIE WALLONNE, Qué novèle ? Appren­dre le wal­lon lié­geois, Vol. 1 Lire le wal­lon lié­geois, avec ou sans accent ?, Édi­tions de la Province de Liège, 2024, 64 p., 14 €, ISBN : 9782390102229
MUSÉE DE LA VIE WALLONNE, Qué novèle ? Appren­dre le wal­lon lié­geois, Vol. 2 His­toire et cul­ture de la langue wal­lonne, Édi­tions de la Province de Liège, 2024, 64 p., 14 €, ISBN : 9782390102236

que novele vol 1Louable, très louable inten­tion de la part des Édi­tions de la Province de Liège et du Musée de la Vie wal­lonne que de pro­pos­er deux petits pré­cis de wal­lon lié­geois, afin de clar­i­fi­er les nom­breux ques­tion­nements qui sub­sis­tent à pro­pos de cet idiôme, jugé en dan­ger par l’UNESCO même. Si le pre­mier vol­ume est tout entier con­sacré à l’aspect phoné­tique de la maîtrise, avec appli­ca­tions et exer­ci­ces à l’appui, le sec­ond pro­pose de repar­courir l’histoire et la cul­ture de la langue wal­lonne, depuis ses orig­ines les plus pro­fondes jusqu’à ses illus­tra­tions lit­téraires du 20e siè­cle. Con­tin­uer la lec­ture

Splendeur et fragilité de la marge

Véronique BERGEN, Marolles. La cour des chats, CFC, coll. « La ville écrite », 2022, 178 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87572–054‑2

bergen marollesAlbums pour la jeunesse, livres d’art ou d’histoire : le cat­a­logue des édi­tions CFC regorge de vol­umes somptueux, riche­ment illus­trés. Sous sa mise plus mod­este, l’élé­gante sobriété de Marolles. La cour des chats con­firme le souci de la mai­son pour l’objet-livre. De sobriété, il n’est pour­tant guère ques­tion dans le pro­pos de Véronique Bergen. Les Marolles sont en effet pour elle surtout bigar­rure, diver­sité de pop­u­la­tion…, bref : “bifur­ca­tions ” et « fan­taisie ». 

Un tel objet échappe for­cé­ment à toute ten­ta­tive de le cir­con­venir, et l’essayiste priv­ilégie une approche par éclairages suc­ces­sifs. D’un chapitre à l’autre, elle évoque tour à tour le brus­se­leer, la zwanze, la toponymie, l’urbanisation, les artistes et habi­tants nota­bles, l’hospitalité, la sol­i­dar­ité, les chats… Con­tin­uer la lec­ture

Laurent De Sutter, pirate de la philosophie et du droit

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTER, Jack Spar­row. Man­i­feste pour une lin­guis­tique pirate, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2019, 128 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978–2‑87449–647‑9

Lau­rent de Sut­ter ouvre de manière ful­gu­rante et géniale la nou­velle col­lec­tion, inti­t­ulée « La fab­rique des héros », créée par Tan­guy Habrand et Dick Tomaso­vic aux Impres­sions Nou­velles. Son dévolu s’est porté sur Jack Spar­row, le héros de la série ciné­matographique Pirates des Caraïbes, inter­prété par John­ny Depp. Der­rière les aven­tures fan­tas­tiques de Jack Spar­row — ses com­bats avec les sol­dats, les zom­bies ou autres créa­tures sur­na­turelles —, der­rière son esthé­tique de l’ivresse, Lau­rent de Sut­ter met à jour son arme secrète : la parole. Non la déplo­ration du « words, words, words » for­mulée par Ham­let mais la parole comme sub­ver­sion. Les batailles entre la Couronne et la pira­terie ne sont que l’expression d’une lutte à mort entre deux mon­des, entre deux méta­physiques, le monde de l’ordre incar­né par la Couronne et le monde utopiste pirate réin­ven­tant les bases d’une société qui con­teste le pou­voir de la Couronne. Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’arène du langage

Lau­rence ROSIER,  De l’insulte… aux femmes, 180° édi­tions, 2018, 180 p., 17 €, ISBN 978–2‑930427–87‑4

rosier de l insulte aux femmesDéjà Jacque­line Harp­man vom­is­sait la qual­i­fi­ca­tion de “pis­seuse” décernée par son père à sa nais­sance, fût-ce dans un roman comme La Fille déman­telée. Pour elle, refuser l’assimilation à la flac­cid­ité ou à l’étron, c’est exis­ter et le dire. Con­tin­uer la lec­ture