Archives par étiquette : Laurent de Sutter

Les prix de l’Académie

Les auteurs et autrices récompensés en 2019 (c) Académie royale

Comme chaque année, l’Académie royale de langue et de littérature françaises a remis, ce samedi 9 mars, ses prix littéraires. Des récompenses qui couvrent des genres littéraires variés et saluent la création littéraire belge francophone dans son ensemble.

Continuer la lecture

Manifeste pour une pop’philosophie

Un coup de cœur du Carnet

Laurent DE SUTTERQu’est-ce que la pop’philosophie ?, PUF, 2019, 128 p., 7 € / ePub : 5.49 €, ISBN : 978-2-13-081634-8

Dans Qu’est-ce que la pop’philosophie ?, manifeste novateur, ambitieux, taillé dans la vitesse de la pensée, Laurent de Sutter fait un sort au grand partage entre choses dignes d’être interrogées et choses reléguées dans l’inintéressant. À ceux qui, ranimant l’interrogation socratique « Y a-t-il une Idée de la boue, du poil ? », tranchent par la négative, à ces excommunicateurs de réalités dotées d’une valeur ontologique et épistémologique moindre voire nulle, cet essai qui a la fulgurance d’une flèche oppose la pensée joyeuse d’une égalité absolue entre tout ce qui peut faire l’objet d’un branchement. Composition musicale en 25 fragments, assortie de dix thèses sur la pop’philosophie qui renversent les Dix commandements sous-tendant l’exercice ordinaire de la philosophie, l’ouvrage s’avance comme une machine de guerre prolongeant, incarnant le plan de la pop’philosophie que Deleuze appelait de ses vœux. Plus exactement, Deleuze, tout en l’ayant partiellement mis en œuvre, le situait comme un horizon à venir. Continuer la lecture

Laurent De Sutter, pirate de la philosophie et du droit

Un coup de cœur du Carnet

Laurent DE SUTTER, Jack Sparrow. Manifeste pour une linguistique pirate, Impressions nouvelles, coll. « La fabrique des héros », 2019, 128 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978-2-87449-647-9

Laurent de Sutter ouvre de manière fulgurante et géniale la nouvelle collection, intitulée « La fabrique des héros », créée par Tanguy Habrand et Dick Tomasovic aux Impressions Nouvelles. Son dévolu s’est porté sur Jack Sparrow, le héros de la série cinématographique Pirates des Caraïbes, interprété par Johnny Depp. Derrière les aventures fantastiques de Jack Sparrow — ses combats avec les soldats, les zombies ou autres créatures surnaturelles —, derrière son esthétique de l’ivresse, Laurent de Sutter met à jour son arme secrète : la parole. Non la déploration du « words, words, words » formulée par Hamlet mais la parole comme subversion. Les batailles entre la Couronne et la piraterie ne sont que l’expression d’une lutte à mort entre deux mondes, entre deux métaphysiques, le monde de l’ordre incarné par la Couronne et le monde utopiste pirate réinventant les bases d’une société qui conteste le pouvoir de la Couronne. Continuer la lecture

Regard sur Jeff Koons

Laurent DE SUTTER, Pornographie du contemporain. Made in Heaven de Jeff Koons, La Lettre volée, coll. « Palimpsestes », 2018, 64 p., 14 €, ISBN : 978-2-87317-516-0

L’indignation qu’a suscitée l’installation Made in Heaven en 1991, plus récemment Les Tulipes, les ires et condamnations que soulèvent les œuvres de Jeff Koons dans le monde des critiques d’art (mercantilisme, opportunisme, infantilisme, mauvais goût…), Laurent de Sutter les ausculte, les dissèque au fil de Pornographie du contemporain. Made in Heaven de Jeff Koons, un essai audacieux, décapant, incisif qui part du symptôme Koons pour livrer les attendus d’une esthétique contemporaine. Un mot condense à ses yeux l’anathème dont Koons est victime : celui de kitsch dont il montre que Clement Greenberg en a fait le repoussoir du modernisme. Pour Greenberg, le kitsch est au modernisme ce que l’arrière-garde est à l’avant-garde. Le rejet du kitsch (vu comme vulgaire, académique, culture standardisée, démocratisation de l’art…) que partagent Greenberg et Harold Rosenberg s’appuie sur l’épineuse question de la définition de l’art, à savoir le partage entre un « art vrai, authentique » et la sphère du non-art. La division entre « grand art » et « art populaire », la visée essentialiste chargée de produire les canons esthétiques, les critères transcendants départageant l’art du non-art ont, depuis lors, été réfutées. Derrière la volonté d’exclure ce qui relève du kitsch, des stratégies de domination sont opérantes. Continuer la lecture

Pas de quartiers dans la révolution

Marcel MARIËN, Théorie de la révolution mondiale immédiate, postface de Laurent de Sutter, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 224 p., 8,50 €, ISBN : 978-2-87568-138-6

marien theorie de la revolution immediate.jpgQuand Marcel Mariën publie en 1958, dans Les Lèvres Nues – revue qu’il a fondée en 1954 avec sa compagne Jane Graverol et Paul Nougé – la Théorie de la révolution immédiate, il en fait immédiatement imprimer un tiré-à-part, qu’il diffuse comme un petit volume, indépendant de la revue. Vaille que vaille, il assurera en Belgique et un peu en France, la diffusion de cet essai, qui se trouve aujourd’hui réédité sous cette forme dans la collection Espace Nord. Dès les premières pages, Mariën met en garde, non sans ironie, sur la portée de son texte. « Par révolution mondiale, il faut comprendre ici, très exactement, le renversement du capitalisme dans tous les pays du monde où ce renversement n’est pas accompli. » Et il ajoute, presque goguenard : « Par immédiate, il faut entendre que le programme que nous allons exposer s’inscrit dans une période fixée à un an (sic) ; délai approximatif au-delà duquel il serait oiseux d’escompter sa réussite, celle-ci étant obligatoirement tributaire d’une action intense et rapide. » Continuer la lecture

Après la loi de Laurent de Sutter

Un coup de cœur du Carnet

Laurent DE SUTTER, Après la loi, PUF, 2018, 272 p., 18 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-13-080144-3

de sutter apres la loi.jpgDans le sillage de Magic, Théorie du kamikaze, Laurent de Sutter signe avec Après la loi un ouvrage décisif qui révolutionne la pensée du droit. Au fil d’une érudition au service d’une inventivité conceptuelle, il démonte le règne du légalisme en Occident, analyse la corrélation étroite entre loi, ordre, raison, police et exhume ce que l’empire de la loi a dû étouffer pour triompher : l’invention du droit. Le réel que la loi a forclos a pour nom le droit. L’entreprise magistrale de Laurent de Sutter sépare deux régimes de pensée que l’on se plaît à confondre : celui de la loi qui, se tenant du côté de l’être, de la sanction, du châtiment, s’arc-boute au sujet humain doté de droits et de devoirs et celui du droit qui, se tenant du côté du devenir, de la casuistique, se fonde sur une personne humaine, animale, végétale… L’appel à frayer un au-delà de la loi entend retrouver le droit, c’est-à-dire la magie, la justice que le légalisme a bâillonnées. Le coup de force opéré par la loi consiste à affirmer que, sans elle, le monde sombre dans le chaos : seule l’hypothèse d’un désordre résultant de son absence donne « une justification à l’injustifiable ». Continuer la lecture