Béatrice RENARD, Sauf quand elle danse, Murmure des soirs, 2025, 280 p., 22 €, ISBN : 9782931235287
Après son roman Cavales paru en 2021 aux mêmes éditions, Béatrice Renard, historienne de formation, dans son roman Sauf quand elle danse, n’hésite pas à nous faire descendre, avec un talent romanesque consommé, dans la terrible histoire d’un pianiste centenaire, abandonné à sa naissance par sa mère Suzanne. Celle-ci, détruite par le massacre de sa famille lors de l’occupation ennemie à Liège pendant la Première Guerre mondiale, est désarticulée, littéralement jetée hors d’elle par ces temps obscurs. Pour survivre, elle a choisi la danse comme façon de tenir debout, une manière de résilience pulsionnelle. Cet art premier, cet art sacré, cet art qui engage tout entier le corps et l’esprit de la danseuse. Continuer la lecture

Nous sommes dès l’entame du texte (nommée à dessein Équarrissages – dans une métaphore équine filée qui, dans le droit fil du titre polysémique, traversera tous les chapitres) le 3 novembre 1793, puis le 8 juin 1817 au plus près des corps et des esprits en souffrance. Aux moments-mêmes où se jouent tragiquement les vies d’Olympe de Gouges (née Marie Gouze) et de Théroigne de Méricourt (née à Marcourt, près de Liège), figures feux follets de la Révolution française. La première sera guillotinée sur ordre d’Antoine Fouquier-Tinville (homme de loi et accusateur public du Tribunal révolutionnaire… qui, ironiquement, finira par connaître le même sort), la seconde internée et traitée inhumainement jusqu’à sa mort – c’est donc à leurs dernières ruades contre l’ordre patriarcal établi et un certain obscurantisme de l’époque que nous convie l’autrice, une fois posés ces premiers tessons d’existence. Fascinée par la dame en bleu (Théroigne) et la femme aux affiches qui lui fera cadeau d’un livre de fables doré (Olympe), une gamine en haillons semblable à une Cosette va les croiser à plusieurs reprises.